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92 % des points de surveillance font état de la présence de pesticides dans les cours d’eau français

92 % des points de surveillance font état de la présence de pesticides dans les cours d’eau français

Telle est la première conclusion de l’étude publiée par le Service de l’observation et des statistiques (SOeS) du Commissariat général au développement durable(CGDD), des pesticides présents dans la quasi-totalité des cours d’eau français. En 2013, 92 % des points de surveillance font état de la présence d’une au moins de ces substances, les rares bassins exempts de pesticides se concentrant dans les zones montagneuses ou dans les zones dont l’agriculture est peu intensive. la contamination est le fait d’une grande diversité de substances, avec, dans plus de la moitié des cas, au moins 10 pesticides différents retrouvés. les teneurs restent globalement faibles mais des pics importants sont relevés localement, en lien avec les zones de grande culture. Les pesticides incriminés sont souvent les mêmes d’année en année, principalement des herbicides en France métropolitaine et plutôt des insecticides dans les départements d’outre-mer. Certains, utilisés de longue date mais interdits depuis, persistent dans les milieux aquatiques des années après leur retrait. 2013 se démarque des bilans précédents par la présence plus marquée dans les cours d’eau de France métropolitaine d’imidaclopride, insecticide néonicotinoïde.

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Très peu de cours d’eau français ne contiennent pas de pesticides, surtout en France métropolitaine

L’étude du SOeS observe qu’en 2013, la présence de pesticides est avérée dans 92 % des 2 950 points de surveillance de la qualité des cours d’eau français (tableau 1). Les points de surveillance exempts de pesticides sont principalement situés dans les régions à agriculture peu intensive ou à proximité des zones de relief, dans le quart sud-est de la France métropolitaine à proximité des Alpes, en bordure du Massif central, massifs vosgiens et jurassiens et dans les départements d’outre-mer (DOM), à l’exception des Antilles (carte 1).

Au total, plus de 400 substances ont été retrouvées au moins une fois en 2013 sur les 670 recherchées. Toutes ne sont pas présentes partout, néanmoins, les points touchés font état d’une grande variété de substances : plus de 10 pesticides différents ont été retrouvés dans près de 60 % des cas.

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Les teneurs en pesticides restent globalement faibles mais posent problème localement

L’étude montre également qu’en France métropolitaine, les points de surveillance permettent de couvrir près des trois quarts des petits bassins constituant le réseau hydrographique, ceux non couverts correspondant pour partie aux zones de relief, a priori peu susceptibles de faire l’objet de contamination par les pesticides. Les trois quarts des petits bassins hydrographiques surveillés présentent des teneurs moyennes en pesticides dans les cours d’eau faibles à modérées (moins de 0,5 microgramme par litre (μg/l) – carte 2). La couverture est moins bonne en outre-mer, notamment en Guyane. Néanmoins, au regard des résultats, la Guyane, Mayotte et dans une moindre mesure l’île de La Réunion semblent peu concernées par les pesticides.

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Ainsi, le rapport précise que les bassins très touchés correspondent aux zones de grande culture, de type céréales et assimilées, à l’instar de la Beauce, du Bassin parisien, du Nord-Pas-de-Calais ou du centre de la région Midi-Pyrénées. Sont aussi concernés les secteurs viticoles, à l’image du pourtour méditerranéen, ou encore les territoires à filières spécifiques, comme en Martinique, qui subit une pollution historique au chlordécone employé dans les bananeraies, insecticide interdit d’usage depuis 20 ans (carte 3).

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Les pesticides sont essentiellement des herbicides en métropole et plutôt des insecticides dans les DOM

La note du SOeS mentionne que le profil des pesticides incriminés dans la contamination des cours d’eau diffère entre la France métropolitaine et les DOM, reflet des usages et pratiques agricoles.

En France métropolitaine, les pesticides retrouvés dans les cours d’eau sont majoritairement des herbicides : ils cumulent à eux seuls plus de 80 % des détections (graphique 1) alors qu’ils ne représentent que 44 % des analyses menées au départ. Les insecticides, plutôt bien recherchés également, sont moins détectés en proportion : 34 % des analyses et à peine 6 % des détections. Quant aux fongicides, s’ils ne représentent que 19 % des analyses, ils sont responsables de 10 % des détections.

Dans les DOM, l’effort de recherche par usage est comparable à celui consenti en métropole. Mais les détections sont en premier lieu liées aux insecticides, puis aux herbicides et enfin aux fongicides (graphique 2).

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En France métropolitaine, le glyphosate est toujours en tête des pesticides les plus détectés dans les cours d’eau

Les 15 pesticides les plus détectés en 2013 dans les cours d’eau de France métropolitaine représentent la moitié des détections de pesticides. Il s’agit quasi exclusivement d’herbicides ou de produits de dégradation d’herbicide, à deux exceptions près (graphique 3). Un tiers sont d’ores et déjà interdits d’usage ou proviennent d’une substance interdite.

La composition de ce classement est relativement stable ces dernières années. Les deux tiers des substances les plus détectées en 2013 l’étaient déjà en 2012 et 2011. En outre, les trois pesticides arrivant en tête sont systématiquement depuis 2009, le glyphosate, l’AMPA, principal produit de dégradation du glyphosate et l’atrazine déséthyl, produit de dégradation de l’atrazine.

Le cas de l’AMPA reste à part, car il ne provient pas uniquement de la dégradation du glyphosate. Ses détections sont plutôt stables, alors que celles de sa molécule mère, le glyphosate, sont en hausse constante depuis 2011. Les détections d’atrazine, pourtant interdite d’usage depuis dix ans, et de ses produits de dégradation augmentent, notamment la 2-hydroxy atrazine et la DEDIA.

Les détections d’herbicides à usage plus spécifique comme le métolachore, employé sur le maïs, ou la bentazone et le métazachlore, augmentent ces 2-3 dernières années. Enfin, la progression du boscalid et de l’imidaclopride, les deux seules substances non herbicides de ce classement, est également due à une surveillance accrue. Le boscalid est un fongicide à large spectre. L’imidaclopride est un insecticide systémique employé aussi à titre préventif dans l’enrobage des semences. Ces deux substances viennent ainsi supplanter deux herbicides à large usage jusque-là présents dans ce classement, à savoir le 2,4 D et le 2,4 MCPA, relégués respectivement aux 22e et 17e rangs.

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À l’exception de l’AMPA, les teneurs de ces 15 pesticides les plus fréquemment détectés dans les cours d’eau de France métropolitaine sont en moyenne inférieures à 0,1 μg/l, seuil de potabilité par pesticide (graphique 4). Ces valeurs moyennes cachent parfois une forte variabilité à l’image du glyphosate, de l’AMPA, du métolachlore et de l’isoproturon, en raison de pics localisés importants en valeurs. Néanmoins, les dépassements des seuils d’écotoxicité vis-à-vis des milieux aquatiques, généralement plus élevés que pour l’eau potable, se concentrent sur le chlortoluron et le métazachlore (tableau 2).

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Dans les DOM, les détections de pesticides dans les cours d’eau se font sur moins de substances, mais leurs propriétés sont plus variées qu’en métropole

Les détections de pesticides dans les cours d’eau des DOM en 2013 se font sur un éventail de substances plus restreint qu’en France métropolitaine ; ainsi les 15 pesticides les plus détectés représentent 86 % des détections. Autre différence, ce « top 15 » est constitué à parts quasi-égales de fongicides, d’herbicides et d’insecticides (graphique 5). 6 sont d’ores et déjà interdits d’usage ou proviennent de substances interdites.

Ce classement établi pour les DOM reflète toutefois plus la contamination en Martinique, qui représente 66 % des analyses des DOM et plus de 80 % des détections, que celle des DOM dans leur ensemble. Ainsi, à côté des insecticides historiques persistant dans les milieux aquatiques, chlordécone et HCH bêta, on trouve des fongicides typiquement utilisés dans les Antilles dans les traitements post-récolte appliqués sur les bananes, à l’image de l’imazalil, du thiabendazole et de l’azoxystrobine. Le glyphosate et son principal métabolite l’AMPA sont présents, mais moins qu’en métropole.

Depuis 2009, les détections de fongicides montrent une tendance plutôt en hausse. En revanche, il est plus difficile de dégager une tendance pour les herbicides et les insecticides.

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Les niveaux de concentration des 15 pesticides les plus détectés dans les départements d’outre-mer sont très hétérogènes, avec un groupe de 6 substances aux teneurs en moyenne 10 fois plus élevées que les autres, chlordécone en tête, largement supérieur à 0,1 μg/l (graphique 6). Ce dernier, avec un de ses métabolites et résidu le chlordécone 5b hydro, est source de nombreux dépassements des seuils d’écotoxicité (tableau 3).

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En 2013, les teneurs d’imidaclopride dans les cours d’eau métropolitains sont en hausse

L’imidaclopride apparaît pour la première fois dans la liste des 15 pesticides les plus fréquemment détectés dans les cours d’eau de France métropolitaine en 2013. Ce pesticide fait partie de la famille des néonicotinoïdes, insecticides de type neuro-toxiques, caractérisés par une forte toxicité pour les insectes, un spectre d’action large et une forte persistance dans les différents compartiments de l’environnement (air, eau, sols). Ces insecticides ont la particularité de se diffuser dans toute la plante et sont également utilisés à titre préventif comme insecticides d’enrobage des semences.

Selon la littérature, ils recouvrent une liste de 7 substances actives. L’imidaclopride est la substance la plus vendue et la plus emblématique des néonicotinoïdes.

Depuis 2007, l’imidaclopride se classe en moyenne au 30e rang des pesticides les plus fréquemment détectés dans les cours d’eau mais son rang ne cesse de monter au fil du temps, jusqu’à faire partie des 15 les plus détectés en 2013 : il est le néonicotinoïde le plus présent dans les cours d’eau (graphique 7).

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L’augmentation des détections d’imidaclopride est liée à une amélioration des performances analytiques. Mais abstraction faite de ces biais analytiques, les teneurs moyennes sont en hausse en 2013. Ainsi, entre 2012 et 2013, la part de points avec des teneurs moyennes en hausse est plus importante que celle des points en baisse (carte 4). Ces teneurs restent toutefois faibles et ne dépassent que rarement les normes actuelles d’écotoxicité en vigueur. Les résultats ultérieurs seront à examiner de près, afin de confirmer ou non cette tendance préoccupante au regard des effets délétères soupçonnés de cette substance sur les pollinisateurs.

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Une interdiction d’usage peut être suivie rapidement d’effet : cas du diuron

Outre les usages et l’influence des conditions climatiques, l’évolution des teneurs des pesticides dans les cours d’eau dépend également de leurs caractéristiques physico-chimiques, propres à chacun. Ainsi, certains persistent des années après leur interdiction, à l’image de l’atrazine, substance rémanente qui reste fixée sur la matière organique des cours d’eau. Mais dans certains cas, un retrait peut être suivi d’effet, illustré par l’exemple du diuron.

Le diuron est une substance herbicide, très couramment utilisé par le passé comme désherbant en zones agricoles et non agricoles, pour l’entretien des voies ferrées notamment, jusqu’à son interdiction, prononcée en 2007 et entrée en vigueur à la fin de l’année 2008. L’effet de cette interdiction a été rapide dans les cours d’eau, avec des teneurs chutant jusqu’en 2009 puis se stabilisant depuis, passant de 0,08 μg/l à 0,02 μg/l en moyenne (graphique 8), illustrant ainsi une certaine réactivité des milieux aquatiques vis-à-vis de cette substance.

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Glyphosate et AMpA

Le glyphosate est un herbicide foliaire non sélectif, ayant une action généralisée. Peu efficace seul, il est combiné à des additifs de type tensio-actifs, lui permettant d’adhérer aux feuilles. Ce désherbant total est le pesticide le plus vendu en tonnage en France en usages agricoles et non agricoles, il est également très utilisé partout dans le monde.

Le glyphosate est a priori peu mobile dans les sols, mais soluble dans l’eau. Du fait de son utilisation généralisée sur le territoire, il est fortement présent dans les cours d’eau.

Le glyphosate se dégrade dans l’environnement sous forme d’acide aminométhylphosphonique, dit AMPA, et de glyoxylate. L’AMPA est très présent dans les cours d’eau, dans des proportions supérieures à celles du glyphosate. Toutefois, l’AMPA ne provient pas exclusivement de la dégradation du glyphosate. Il peut également résulter de la dégradation des phosphonates utilisés comme agents anti-tartre dans de nombreuses applications industrielles et domestiques. Les recherches à ce jour ne parviennent pas à différencier la part provenant de la dégradation du glyphosate de celle des phosphonates, d’où une certaine prudence à observer vis-à-vis des teneurs d’AMPA relevées dans les cours d’eau.

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