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Mardi 15 mai 2012 2 15 /05 /Mai /2012 08:04

ensignedevie « en signe de vie » Musée du Hiéron - du 20 mars au 30 décembre 2012

A Paray-le-Monial, le musée du Hiéron présente une riche collection de patrimoine religieux, tout en ouvrant la voie à la création contemporaine. Alors qu’appartenance et questions religieuses sont au cœur des débats, l’exposition en signe de vie interroge la représentation du “signe”, divin ou humain. Le sauvetage et la repose au musée en 2012 du Signe de Thomas Gleb, créé en 1979 pour l'ancien carmel de Niort, est ainsi l’occasion d’une rencontre entre art et patrimoine : parmi les collections, terres cuites et bronzes du sculpteur Georges Jeanclos seront présentés dans les galeries hautes tandis que les compositions lettrées de Max Wechsler se laisseront décrypter dans les cabinets bas du musée.

Le musée du Hiéron présente en signe de vie, une exposition réunissant Thomas Gleb, Georges Jeanclos et Max Wechsler. Au-delà de leur appartenance religieuse, les liens qui les unissent sont tantôt une évidence de par leur histoire personnelle commune – Jeanclos et Wechsler ont occupé dès 1984 un atelier au même numéro de la rue Popincourt à Paris – ou certaines de leurs réalisations – Jeanclos et Gleb ont tous deux répondu à des commandes artistiques pour des édifices chrétiens –, tantôt une mise à distance dans leur œuvre, comme par exemple le travail sur l’effacement – et non la disparition – que Max Wechsler développe depuis plus de 25 ans dans ses grandes surfaces abstraites questionnant l’origine de l’écriture.

Une quinzaine d'œuvres en bronze et en terre cuite de Georges Jeanclos dessinent un parcours dans les galeries du musée du Hiéron. Sont ainsi évoqués quelques figures bibliques et hébraïques – Moïse, Jacob, Rachi –, les commandes publiques des années 1980-1990 – l’église Saint-Ayoul à Provins, la fontaine Saint-Julien- l'Hospitalier à Paris, le portail de la cathédrale Notre-Dame-de-la-Treille à Lille – et de manière plus intimiste, le cheminement unique et si personnel du sculpteur.

ensignedevie1Thomas Gleb, Aménagement dans la chapelle des Carmélites de Niort (dont Le Signe), milieu des années 1980


Dans la salle Sous le signe de la croix, est exposé Le Signe de Thomas Gleb. Cette œuvre monumentale – le signe Y incisé dans le mur – fut réalisée en 1979 pour l’ancien Carmel de Niort et devait disparaître en raison d’un programme immobilier. Sous l’impulsion de sa conservatrice Dominique Dendraël, le musée du Hiéron et la Ville de Paray-le-Monial ont permis sa sauvegarde et sa présentation au public dans les collections permanentes du musée. En complément sont également exposés plusieurs dons de la famille de l’artiste : un livre d'artiste, Le Mystérieux, et un diptyque qui présente déjà en 1968 une incision – sorte de cicatrice – et la lettre Yod qui, doublée, peut signifier Adonaï, l'un des noms de Dieu, les deux parties de l'œuvre réunies évoquant la Fraction du pain.

Une salle et un cabinet intimiste sont consacrés à Max Wechsler qui (comme l’écrit Alfred Pacquement dans un texte de 1989) « “peint” avec des journaux photocopiés, découpés et collés bord à bord sans effet de composition, pour former des toiles compactes où le matériau rendu illisible est reconnu, dans sa picturalité ». Une œuvre abstraite, fondée sur la recherche de l’ombre et de la lumière, à partir de ce signe qu’est la lettre, à la base de notre culture et de sa transmission.

HOMAS GLEB (1912-1991)

Yehouda Chaïm Kalman dit Thomas Gleb est né à Lodz en Pologne en 1912. Il reçoit une éducation religieuse imprégnée de la lecture de la Bible et de l'hébreu. A partir de l'âge de dix ans, il pratique différents petits métiers : tisserand, comme son père Moïse Kalman, puis graveur, tailleur...

1929 : commence une véritable activité artistique et entre à l'atelier Start à Lodz où il dessine des modèles d'après nature et aborde la peinture à l'huile (portraits, natures mortes).

1932 : il arrive à Paris et devient Thomas Gleb : “Thomas, car je n'ai pas cru, Gleb, c'est un nom...” Il retouche des photographies et continue de mener ses recherches picturales. 1935 : il réalise des décors de costumes et de théâtre pour une troupe bruxelloise et fait la connaissance de sa future femme Maria à Amsterdam.

1939-1945 : sa famille restée en Pologne périt dans le ghetto de Lodz. Gleb entre dans l'armée française puis dans la Résistance. Arrêté, il parvient à s'échapper et se cache à Grenoble puis à Lyon.

1945 : de retour à Paris, il participe à plusieurs expositions. Il est d’abord peintre, sculpteur, puis il se tourne vers la tapisserie à partir de 1958.

1970 : aménagement de l'oratoire de la Sainte Baume (Var) puis conception de l'architecture du couvent des dominicaines de Saint-Mathieu-de-Tréviers (Hérault). 1979 : aménagement de la Chapelle du carmel de Niort

1987 : une grande exposition Thomas Gleb est organisée au Musée Jean-Lurçat et de la tapisserie contem- poraine à Angers.

1991 : décès de Thomas Gleb à Angers.

2012 : commémoration du centenaire de sa naissance : Angers, Paris, Sainte Baume, Paray-le-Monial...

Ses œuvres dans les collections publiques et privées

Musée Jean-Lurçat et de la tapisserie contemporaine à Angers : rétrospective de ses œuvres sur plusieurs salles d'exposition permanente | Les Gobelins, Paris | Musée de la Tapisserie, Aubusson | Centre Pompidou, Paris | Oratoire de la Sainte Baume, à vocation œcuménique | Conception de l'architecture du couvent et de l'hôtellerie des dominicaines à Saint-Mathieu-de-Tréviers, près de Montpellier.

« Je ne saurais expliquer avec des mots la signification d'une création.

* Je marchai dans la nuit qui enfanta la lumière.

* Si je savais expliquer je ne créerais pas.

* Comme la présence de tabernacle, une présence mystérieuse, au pouvoir supérieur au nôtre, nous habite, elle ne se manifeste à travers nous que si nous écartons notre savoir, notre pouvoir, notre volonté, qui ne

sont que des bornes, et orgueil. Et que si nous savons créer le vide.

* “Dieu créa l'homme à Son image” signifie qu'Il le créa CREATEUR, que par là même définissait sa raison d'être, sa mission : créatrice. »

.../...

Thomas Gleb, extrait d’un texte écrit pour l'inauguration de la chapelle de Niort en 1979

Le Signe de Thomas Gleb

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Cette œuvre a été conçue par Thomas Gleb en 1979 pour la chapelle des Carmélites de Niort. Dans ce lieu de prière datant du XIXe siècle, Gleb propose d’intervenir sur l’autel, de placer entre la sacristie et la chapelle une porte transparente destinée à recevoir le tabernacle dans laquelle il insère des éléments sculptés formant les lettres du nom de Yahvé. Il pose, à proximité, une croix d'une hauteur de 3,70 mètres en forme de Y – de l’initiale du nom de Dieu, Yahvé, et du nom du Christ, Yeshoua, Jésus – incisée dans le mur et badigeonnée de couleur rouge sang comme une blessure. Cette œuvre fut perçue par l’une des moniales comme une “œuvre de réconciliation“ ouvrant un espace de dialogue entre judaïsme et christianisme.

Lorsqu’elle apprend en 2010 que l’œuvre est menacée par un projet immobilier – le couvent étant réhabilité en logements de standing –, Dominique Dendraël, conservatrice du musée du Hiéron, décide d’orchestrer l’opération de sauvegarde du Signe. L’œuvre de Thomas Gleb a en effet toute sa place au sein d’une collection d’art sacré comme celle du Hiéron. Ce Signe dû à un artiste juif, qui a échappé à la Shoah, est en même temps chrétien puisqu’il a été créé pour une église catholique. Enfin, par sa forme peu courante en Y, sa composition née du geste de l'artiste qui creuse le mur, et l'utilisation de matériaux très simples, l’œuvre accède à un statut très contemporain et représente en somme la croix du XXe siècle.

Grâce au soutien de la Ville de Paray-le-Monial et au mécénat privé, l’œuvre rejoint aujourd’hui la collection du musée du Hiéron. Une place d’honneur l’attend dans la salle Sous le signe de la croix, qui fait la synthèse du signe de la croix dans l’histoire du christianisme en présentant des crucifix et des œuvres du XIIe siècle à nos jours. Comme un ultime hommage, la présentation du Signe au Hiéron coïncidera avec plusieurs expositions en 2012, à Angers, à Paris et à la Sainte-Baume, pour célébrer le centenaire de la naissance de Thomas Gleb.

Le multiple engendre l'original - Terres et bronzes chez Georges Jeanclos

Pour un sculpteur, modeleur, utilisant la terre cuite comme médium, quel sens prend la réalisation d’un bronze ? C’est à la fois la capacité de multiplier son travail mais aussi et surtout une opération qui consiste en une transcription, transcription en un autre matériau que celui qui l’a vu naître, mais c’est aussi la volonté de retrouver quelque chose qui se serait perdu. Cette transcription est une aide au surgissement de quelque chose qui a été et qui a disparu au cours du processus céramique.

Lorsque l’on entrait dans l’atelier de Georges Jeanclos, on était accueilli par la douce lumière zénithale qui enveloppait le lieu et venait déposer sur les sculptures en terre crue encore humide, une luisance toute particulière. Lieu matriciel comme tout atelier, mais ce mot ici prend tout son sens. Le matériau c’est la terre, travaillée humide, étirée par des gestes amples et justes, mise en forme lorsque la consistance le permet. Quand une partie de l’eau contenue dans la terre s’évapore, on dit qu’elle prend la consistance du cuir. La terre à cet instant puise visuellement une densité toute particulière de son nouvel état et “prend” la lumière autrement, elle décuple sa présence. Sa couleur même change et se densifie. C’est cet instant, qui très précisément dicte la logique de la transcription en bronze. En effet le bronze une fois patiné nous restitue cet instant, cet état d’être de la terre. La ”peau“ du bronze nous donne à voir cette consistance de cuir que la sculpture en terre nous avait offert pour quelques instants au cours de son élaboration.

Il faut aborder la question du multiple dans le travail de Georges Jeanclos pour comprendre le lien étroit qui lie les terres cuites et les bronzes. Cette idée du multiple est reliée à la volonté de synthétiser l’idée des visages par le moulage. C’est la multiplicité de ces têtes issues, créées, par le biais du moulage qui tisse ce lien sous-jacent avec les bronzes.

C’est donc deux principes qui organisent la cohérence de la démarche conduisant des terres cuites aux bronzes. Le désir, de retrouver, de faire resurgir ce qui s’est produit durant l’élaboration primordiale, et dans un même temps par un biais formel, technique, soutenir, affirmer que le multiple, finalement engendre paradoxalement l’original.

Jean-Luc Degonde, 2008, sculpteur

ensignedevie2Georges Jeanclos, Dormeur (détail), non daté, terre cuite, 15 x 45 x 27 cm, collection familiale © Jean-Pierre Gobillot

 

Est-ce là le sacré ?

Question incongrue... Qui veut faire l'ange fait la bête ! Lorsque je travaille, je désire ardemment “parler” de nos désirs, de nos sentiments, de notre terrible difficulté d'être. Ce qui me préoccupe, ce n'est justement pas ce qui est “mis de côté, à part”, mais ce qui “est avec”, dedans. Il s'agit d'investir la glaise, de charger l'argile d'une passion.

Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Saint Julien, c'est toi, c'est l'autre, dans un rapport de tendresse, d'affection. Tu me portes, tu me soutiens, tu m'enlèves, tu me sauves ; ce n'est pas le Christ mais toi qui regardes ce que j'ai fait, face à face, moi, par mes gestes, qui modèle l'argile et te donne à voir ce que nous sommes. Miroir de nos passions, de nos déchirements, de nos angoisses, de nos espoirs, cette démarche, cette vocation ne serait-elle pas un rapport au sacré ? Je ne sais... Il ne s'agit pas, pour moi, de donner former à l'invisible, mais de rendre visible, de donner corps, de faire surgir, dans la matière, le corps et le visage de l'amour.

Mon propos n'est pas de parler de Dieu, mais de l'homme, de nos rapports, de notre difficulté d'être en harmonie ; ce sont des problèmes de distance, de proximité ; il y a ce qui sépare et ce qui rapproche, le vide entre les êtres, la plus juste distance qui permet à l'autre d'exister...

Du bout des doigts, rapprocher ou écarter en figures modelées, quelquefois travailler de l'intérieur pour redonner la parole à la sculpture, est-ce cela le sacré ?

Donner forme à la matière, faire parler la matière, pareille à un miroir qui nous renvoie une image où chacun se retrouve et s'implique.

Georges Jeanclos, lettre à Bernard This, août 1996

ensignedevie3Georges Jeanclos, Le Cœur (détails), 1991, bronze, 2/8, fondeur Clementi, 35 x 35 x 12 cm, collection familiale © Jean-Pierre Gobillot


Musée du Hiéron

13 rue de la Paix 71600 Paray-le-Monial Tél. 03 85 81 79 72 musee.hieron@mairie-paraylemonial.fr

Horaires

Tous les jours (sauf lundi) de 10h à 12h et de 14h à 18h En juillet et août, tous les jours de 11h à 18h

Tarifs

4 b plein tarif | 3 b tarif réduit Gratuit pour les moins de 18 ans Accueil de groupes sur réservation

Accès

en voiture : RN7 direction Nevers puis Mâcon ou autoroute A6/E15 sortie Mâcon, direction Charolles

en train : à 2h15 de Paris en TGV, arrêt Le Creusot-Montchanin, correspondance assurée par navette jusqu’à la gare de Paray-le-Monial (à prendre avec le billet SNCF) | à 1h15 de Lyon par TER

ensignedevie4Max Wechsler, Détail à échelle réelle du “module de départ” pour la série Epreuves, 1994

Par Lucvieri - Publié dans : Expositions-Décoration - Communauté : Naturellement écologique
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