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Mercredi 18 avril 2012 3 18 /04 /Avr /2012 08:14

GLOBAL-AWARD-FOR-SUSTAINABLe-ARCHITeCTURe-2012-.jpg GLOBAL AWARD FOR SUSTAINABLe ARCHITeCTURe 2012 consacre Philippe Madec

Le Global Award for Sustainable Architecture distingue chaque année cinq architectes qui partagent les principes du développement durable et d’une approche participative de l’architecture aux besoins des sociétés, au Nord comme au Sud de la planète.

Le Global Award a été créé en 2006 par l’architecte et professeur Jana Revedin, avec le soutien de la Cité de l’architecture & du patrimoine, responsable de la valorisation culturelle du Prix, et des membres du Comité Scientifique international. Le travail effectué depuis six ans a permis une reconnaissance internationale indéniable du Global Award. En 2010, Jana Revedin a créé le Fonds LOCUS pour porter le Prix, assurer son indépendance scientifique et fédérer les lauréats dans le Global Award College, pour mener avec eux des projets de renouvellement urbain et de développement.

Est-il possible au bout de six ans de révéler l’agenda caché du Global Award ? Le voici : il a été conçu pour être, plutôt qu’un Prix, un instrument d’observation et de fédération.

Le Global Award est une étape dans un processus de long cours. Il consiste d’abord à poser de nouvelles questions à l’architecture mondiale, afin de repérer des architectes qui répondent de façon innovante et de les rassembler, année après année, en une scène d’architecture, qui devienne bien visible dans le débat global et offre à ses membres leur propre espace de débat, de transmission, d’expérimentation.

Il était courant, dans les années post-modernes, d’évaluer l’architecture comme un produit, selon l’effet qu’il produit. Le Global Award observe l’architecture comme un processus, en regardant si et comment le concepteur aborde les grands enjeux de l‘avenir – la gestion des ressources, l’équité dans l’accès au développement, la définition du progrès, les migrations urbaines, le destin de l’habitat populaire. Le Global Award fait l’hypothèse qu’un architecte n’est vraiment contemporain que s’il pose ces questions et cherche à leur répondre.

Des questions qui, parce qu’elles sont propres à ce siècle, ne renvoient ni à une hyper ni à une post-modernité mais à une altermodernité.

Les premières de ces questions - par lesquelles le Global Award se définit - ont été posées en 2007. Sur l’écologie : « quel usage des ressources ? » Sur la globalisation: « dans quels espaces culturels se déploie un projet ? ». Sur le progrès: « comment le définir aujourd’hui ? »..D’autres interrogations ont été ajoutées, et c’est une belle surprise du Global Award, par les lauréats –qui avancent sous l’aiguillon de leur propre questionnement et l’ont apporté au débat :

- «L’architecture peut-elle, après qu’on ait tout détruit, contribuer à rendre aux peuples leur culture ? » Wang Shu, 2007.

- « Comment construire, dans les 20 ans qui viennent, une ville de1 million d‘habitants chaque semaine, avec 5 000 $ par cellule ? » Alejandro Aravena, 2008.

- « Est-ce que            l’Occident est l’exemple qu’il faut suivre ? » Francis Kéré, 2009.

- « Qu’est ce qu’une bonne croissance ? » Snøhetta, 2010.

- « Comment transposer l’auto-développement résilient des favelas en tactiques innovantes d’intervention urbaine?» Teddy Cruz, 2011.

Les lauréats du Global Award 2012 poursuivent ce travail de réflexion. Les démarches de certains approfondissent des débats déjà ouverts, d’autres creusent de nouveaux sillons.

Le débat sur la globalisation du XXIe et ce qui la distingue de l’occidentalisation du XXe est poursuivi cette année, non plus seulement par des architectes du Sud ayant acquis la culture occidentale mais par des architectes qui, comme Anne Feenstra, ont quitté l’Europe pour acquérir une autre culture - démarche rare, peut-être anticipatrice d’un renversement des échanges.

La recherche d’un nouvel équilibre entre l’établissement humain et les ressources est poursuivie aussi par des architectes pour qui, comme Philippe Madec et Suriya Umpansiriratana, c’est à l’architecture de créer un nouveau rapport de confiance entre l’homme et la nature.

Le champ de l’« emergency architecture » apparaît pour la première fois, défendu par des architectes, Andreas Gjersten et Yashar Handstad, pour qui l’intervention d’urgence n’est plus un incident dans l’histoire mais un enjeu récurrent, global, crucial pour protéger les peuples et leurs cultures. Urgences de l’abri minimum, urgence aussi, explique Salma Samar Damluji, de sauver le patrimoine architectural et urbain de ces mêmes peuples, parce que c’est lui qui maintient vivante leur civilisation.

Le Global Award for Sustainable Architecture a reçu en 2011 le patronage de l’UNESCO.

La Fondation d’entreprise GDF Suez soutient le Fonds LOCUS.

En France, Philippe Madec est du petit nombre des architectes ne craignant pas de s’affirmer écologistes dans leur art. Il a démontré en 20 ans qu’il connaît son sujet, par une architecture à la fois savante et bienveillante aux usagers.

Son agence jouit d’un crédit réel, ce qui ne veut pas dire que son chemin est facile. La gouvernance française continue de se méfier de l’écologie. Le rationalisme d’État hérité des années 60 est sur ses gardes, face à une vision politique et à des méthodes qui le mettent en question par leur nom même: Interactions, Processus, Médiations... Le pays de la Raison se convertit à la Complexité de façon crispée, secouée par les stop-and-go des Plans Verts de l’État, qui les lance puis freine, recule, change de direction... au motif que le peuple a d’autres soucis, sous la pression aussi de puissants lobbys qui, eux, savent durer. Alors reprenons: Ph. Madec partage avec F.H. Jourda ou P. Bouchain, une reconnaissance réelle mais distante et qui les écarte toujours des « premiers rôles ».

Mais l’homme a plusieurs cordes à son arc. Il défend sa cause, l’éco-responsabilité, en occupant tous les terrains, du plus petit chantier au grand territoire. Il la défend aussi par la production théorique et l’enseignement. Ce praticien est aussi chercheur, lanceur de passerelles entre l’architecture et la pensée contemporaine. Ce n’est pas le moindre de ses apports.

La théorie précède la pratique :

Il faut parfois pour se construire ne pas construire. Le jeune diplômé Madec ne devient pas architecte en 1980. La dernière vague des Trente Glorieuses annonce pourtant une commande abondante. Mais « Personne ne m’avait appris à faire de l’architecture au sens où je l’entendais (...) : la relation au lieu, certes, mais aussi à une culture, à un quotidien et à une société »2.

La quête d’un autre savoir commence, avec la découverte des thèses de Kenneth Frampton, qui publie Pour un régionalisme critique en 1983. Les Modernes tardifs y lisent une manière renouvelée de «projeter» l’Architecture Moderne sur le territoire. Philippe Madec le lit autrement, y décèle « la question du rapport de l’architecture à la nature, du rapport des bâtiments au site et au climat»2. Cette lecture «pré-écologique» guide sa recherche et va orienter ses Lehr und Wander Jahre jusqu’en 1989.

Devenu visiting scholar en 1983 à l’Université de Columbia, il entame le dialogue avec Frampton, explore «l’une des plus belles bibliothèques d’architecture»2, relit les grands Traités. Il part vivre au Maroc, mène des recherches, revient en France enseigner, repart à Harvard en 1991 et y découvre les premiers travaux sur la «soutenabilité». Columbia - Harvard: deux points définissent une droite, et sa direction. L’architecte a trouvé sa ligne théorique: «une appropriation et un dépassement du Régionalisme critique vers le Développement durable. »

Un laboratoire à soi :

Il crée son atelier en 1989. En 1991, la plus petite de ses commandes va être déterminante. Ph. Madec ne sait pas quand il signe son premier contrat avec le bourg de Plourin-les-Morlaix (2000 habitants, Bretagne), qu’il rencontre une chance rare: disposer pour longtemps d’un lieu-laboratoire. À Plourin, une chaîne de micro-projets va permettre en effet au jeune théoricien de construire peu à peu sa pratique : « Il s’agissait de donner un centre à ce territoire aux trois visages de campagne, de bourg et de banlieue. Une mairie et une médiathèque installèrent d’abord les places et les jardins du centre. » Puis            « d’autres lieux publics furent aménagés, des rues, des venelles, le parvis de l’église et le cimetière où nous avons réalisé un columbarium et un abri pour les cérémonies civiles. Nous avons avancé pas à pas avec la population, les élus et les agents des services techniques (...), mis en place tout un processus de travail avec des ergonomes et les gens du village pour poser les bases d’un partage des raisons et des moyens du projet.»2 L’expérience a duré jusqu’en 1996. « Cette démarche éco-responsable engagée à Plourin et basée sur le dialogue ne me quitte pas »2.

Plourin fut la matrice d’une démarche de projet urbain que Philippe Madec explore avec ses concepts d’ÉcoQuartier, d’Éco- Cité, de Territoire durable. Il s’agit de conjuguer la réponse a la crise environnementale avec une considération accrue pour l’usage, la collectivité, l’équité. L’agence s’intéresse au logement « très social » - sujet ingrat, abandonné - pour l’intégrer aux éco-quartiers - synthèse complexe..., engagement rare en France.

Plus à l’aval, il y a l’éco-construction, introduite en France par de nouveaux règlements (HQE, BBC...) qui font polémique. Philippe Madec participe souvent comme expert à l’élaboration des politiques publiques. Il tient des propos nuancés sur leurs «contraintes»: «Je n’aime pas ce mot d’ailleurs. (...) Si l’enjeu de votre vie est de rendre le bâtiment durable, vivable, désirable, équitable, tout ce qui vous aide n’est pas une contrainte mais un outil supplémentaire »2.

Architecture et complexité :

Ce débat sur l’éco-construction sera tranché in fine par l’architecture. Alors Philippe Madec utilise aussi son «talent » pour la défendre. Les années 2000 l’ont vu livrer de grands ouvrages. Ce qui nous frappe avec le recul est leur complétude. L’architecture est étudiée en toutes ses parties : les parcours sont polis jusqu’à être fluides, l’éco-construction est didactique –le premier venu comprend de quoi lui parle cette architecture. Les détails, soignés comme des anecdotes dans un récit, achèvent de la rendre accessible.

Se vouloir éco-responsable, c’est ajouter des exigences, accepter la complexité. Face à son choix, Philippe Madec réveille un art de la composition qu’il a trouvé sans doute dans les Traités d’architecture d’avant les Modernes. Elle ne réduit pas la complexité mais la déploie.

Le Musée archéologique du Château de Mayenne, aménagé en 2008 dans un site millénaire, composait le thème de la mémoire avec une démonstration apaisée d’écologie, soignant chaque ajustement entre les vieux ouvrages et les inscriptions neuves.

Le pôle ViaVino de Saint-Christol, qui valorisera le vignoble méridional de l’Hérault, constituera une œuvre maîtresse. Vingt ans après Plourin, l’architecte y a retrouvé les conditions qu’il préfère: des élus engagés, un métier du vin tout de technique et de culture, un projet mûri dans le dialogue. Le gros programme qui écrasait les site a été déplié en 7 lieux : accueil, exposition, cave... Ils formeront une collection d’éco-architecture, bien orientés, construits avec science, déployés au milieu d’un jardin ampélographique... Un message dense, délié par la composition.

M.H. Contal

Philippe Madec, né en 1954 à Brest en Bretagne, est architecte diplômé de l’UPA 7 à Paris (1979). Chercheur, il a été visiting scholar à Columbia University en 1983-84. Professeur, il a d’abord enseigné le projet de paysage, de1985 à 1991, à l’ENS du Paysage de Versailles et à Harvard University. Devenu professeur en architecture en 2000, il a fondé à l’ENSA Lyon le premier Dpt d’architecture durable et en 2010 à l’ENSA Rennes un enseignement de l’Aménagement du territoire: «L’invention du territoire durable».

Théoricien et auteur, Philipe Madec publie ses conférences et articles sur son site. Parmi ses ouvrages: Boullée, Ed. Hazan 1986 et Birkhaüser 1989 - L’indéfinition de l’architecture, avec Benoit Goetz et Chris Younès, Ed. de la Villette Paris, 2009. Paru en 2012: L’architecture et la paix aux Nouvelles Editions Jean-Michel Place, Paris.

Philippe Madec a été expert du processus Grenelle de l’Environnement (Comop 9), membre du jury national EcoQuartiers/ecoCités. Il a reçu en 2001 le Prix du Projet Citoyen pour le centre-bourg de Plourin; il est membre du Club de Rome depuis 2010 (Chapître Europe).

GLOBAL-AWARD-FOR-SUSTAINABLe-ARCHITeCTURe-2012-1.jpg

Par Lucvieri - Publié dans : Lauréat - Prix - - Communauté : Naturellement écologique
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