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Le stade Jean Bouin s’agrémente
d’une nouvelle enveloppe
Situé dans le 16e arrondissement de Paris, au pied du Parc des Princes. Construit en 1925, puis rénové en 1970 dans sa configuration actuelle, en 1975, un gymnase lui a été adjoint, et un terrain de hockey sur gazon a été construit en 1982. Le Stade Jean Bouin subit donc une grande opération de rénovation, découlant initialement du dossier de candidature de Paris aux J.O. 2012, a subi de vives contestations notamment une forte opposition locale rassemblée dans un collectif de boulonnais et de riverains du 16e arrondissement, notamment mené par les députés-maires UMP du 16e arrondissement et de la ville de Boulogne Claude Goasguen et Pierre-Christophe Baguet, par les riverains qui sont également ceux du Parc des Princes et par l'association du Paris Jean Bouin, dont la concession renouvelée par la ville de Paris le 11 août 2004 pour 20 ans a été résiliée par la ville de Paris, le 19 janvier 2009. À l'inverse, un collectif de soutien2 s'est également formé pour porter ce projet qui offre à une équipe de rugby professionnel évoluant dans l'élite du sport national et européen, un outil digne de ses ambitions.
Le stade Jean Bouin occupe donc une parcelle d’une superficie de 5,5 hectares, située entre les rues Claude Farrère, Nungesser et Coli ainsi que les avenues de la Porte Molitor et du Général Sarrail et à proximité immédiate du Parc des Princes. Le stade dans sa forme actuelle peut accueillir 10000 places.

La Ville de Paris a souhaité se doter d’un stade adapté au rugby de haute compétition, tout en disposant d’une polyvalence d’usage, il est envisagé, après démolition partielle des installations sportives existantes, de reconstruire un stade pouvant accueillir 20 000 spectateurs et répondant aux conditions d’homologation d’un stade de rugby de catégorie A.
Le programme comprend en outre la création de tribunes, de loges, vestiaires, locaux de surveillance, billetterie ainsi que des locaux destinés à des activités annexes telles que club House, animation pour enfants... Il est également prévu la réalisation d’un parc de stationnement de 500 places et la création de surfaces commerciales et d’activités tertiaires, livrées brutes.
La surface hors œuvre de plancher à créer est de l’ordre de 38 000m2 et les surfaces extérieures à traiter de l’ordre de 27 000m2.
La réalisation de ce projet implique, pour le maître d’œuvre, la prise en compte de l’ensemble des éléments urbains particuliers de ce site complexe.
La réalisation de ce programme, en raison du volume de travaux, a nécessité l’organisation d’un concours d’architecture pour la mission de maîtrise d’œuvre. Il s’agit d’un concours restreint sur esquisse.
A la suite d’un avis d’appel public à la concurrence transmis aux publications en mars 2007 65 candidatures avaient été reçues et déclarées conformes lors de l’ouverture des plis.
Le 8 novembre 2007, le projet de Rudy Ricciotti (grand prix national d'architecture 2006) est retenu par le jury désigné par la ville de Paris. la capacité assise du stade sera portée à 20 000 places, toutes couvertes. Le stade comprendra en outre des loges (absentes dans la configuration actuelle), un parking de 500 places et une galerie commerciale. Une enquête publique a été menée par la Mairie de Paris à la fin de l'année 2009 afin de pouvoir présenter aux riverains et aux différents acteurs locaux le projet du nouveau stade Jean-Bouin, mais également le projet d'aménagement du quartier Auteuil. Malgré les oppositions et les recours judiciaires, les travaux ont débuté, à l'été 2010. L’enceinte rénovée doit être inaugurée en août 2013, pour un coût prévisionnel de 110 millions d’euros.
Le stade est recouvert d'une enveloppe de 20000 m² pour la façade et la couverture en béton fibré à ultra haute performance (BFUP), comprenant 3543 panneaux préfabriqués. La couverture, disposée en auvent au-dessus des tribunes, est supportée par une charpente métallique de 74 fléaux jusqu'à 40 mètres de portée.
Le bâtiment est sa propre clôture. Il est en contact direct avec l'espace public. » Bâtiment prototype Autre choix de l architecte : envelopper l édifice d'une
résille légère en béton fibré ultra-performant (BFUP) se retournant en toiture. « Outre sa compacité, le bâtiment se caractérise par sa légèreté visuelle et sa géométrie complexe », décrit
Christophe Kayser, le chef de projet. Ce voile de béton blanc ondulant de manière aléatoire, l équipe de maîtrise d'œuvre a dû imaginer un système constructif approprié. Conséquence de cette
courbure permanente, la hauteur variera de 17 m en bordure de la rue Nungesser- et-Coli (notamment devant l'immeuble qui abrite l'atelier-appartement de Le Corbusier) à 31 m, au nord, où le
bâtiment ne fait face à aucune habitation. La toiture accueillera 2 800 m2 de panneaux solaires photovoltaïques.
Paré de résilles en Béton Fibré à Ultra Hautes Performances, le stade Jean Bouin utilisera quelques 3600 panneaux de résilles pour l’habillage extérieur favorisant ainsi le filtrage de la
lumière, la résistance aux agressions climatiques et donc de réduire la facture énergétique du bâtiment, tout en apportant une esthétique originale.
Les moucharabiehs, dans les pays arabes, sont, depuis longtemps, une barrière protectrice entre le monde extérieur et l’intérieur des bâtiments : à la fois filtre lumineux permettant de réguler les apports énergétiques du soleil et filtre d’intimité permettant de voir sans être vu.

Aujourd’hui déclinés en résilles ou panneaux ajourés, ils sont de plus en plus utilisés pour améliorer la performance énergétique des bâtiments neufs comme anciens, tout en soignant l’esthétique et l’habillage des façades. Les architectes multiplient ainsi les formes, les tailles et les matériaux utilisés. Dans tous les cas, les résilles se doivent d’être légères, esthétiques et résistantes aux agressions climatiques ou humaines.
Les résilles traditionnelles souvent fabriquées en métal, acier peint, fonte, acier inox ou fonte d’aluminium, nécessitent un lourd entretien (notamment celles qui sont peintes), ou, requièrent un coulage à chaud, gourmand en énergie. Les BFUP offrent désormais une alternative au métal pour créer des décors originaux, moulés à froid, qui sont à la fois esthétiques et durables.
Cependant le coulage de résilles de grande taille et comportant un pourcentage de vide important (jusqu’à 50% de vide) impose la mise en œuvre de moyens adaptés : dimensionnement soigneux, moules étudiés, inserts adéquats, inclusions permettant de gérer le retrait du béton, procédures de productions répétables et maîtrisées, le tout sans aucun compromis quant à la qualité esthétique.
Issue de la technologie du BFUP Ductal®, ce béton permet lorsqu’il est associé à la précontrainte, le matériau permet d’atteindre des élancements inédits en béton armé et réduit en général, d’un facteur 3 les quantités de matériaux utilisés par rapport aux méthodes traditionnelles.
En plus d’une enveloppe architectonique et structurelle, les résilles en BFUP peuvent aussi devenir une toiture étanche, lorsque, bien sûr, les percements sont fermés par un matériau transparent. C’est par exemple le cas du futur Stade Jean Bouin à Paris. La couverture du stade sera constituée de panneaux ajourés, de forme triangulaire, en BFUP. Les percements seront remplis par des pavés de verre inclus au moment du coulage. Le BFUP, de par sa nature étanche, ne requiert pas la mise en place d’une membrane imperméable, contrairement à un béton ordinaire.
Le tandem Rudy Ricciotti et le BET Lamoureux & Ricciotti, qui n’en est pas à son premier coup d’essai dans l’utilisation du Béton Fibré Ultra Haute Performance, s’est tourné vers le CSTB pour évaluer au plus tôt la faisabilité de l’ouvrage dans le cadre d’une ATEx d’un genre un peu particulier. A partir du projet de l’architecte et des procédés constructifs innovants définis par le BET, le CSTB s’est penché sur les hypothèses et les techniques en présence. Pour la maîtrise d’ouvrage comme pour la maîtrise d‘œuvre, ce type d’Appréciation Technique d’Expérimentation, dite "ATEx de conception", présente l’avantage de cerner les difficultés et de décrire les procédés à mettre en œuvre avant même l’appel d’offre aux entreprises. En pareil cas de figure, la démarche volontaire d’ATEx ne se limite plus à une procédure de validation assortie de rectifications ou de recommandations, mais devient un outil de recherche appliquée à part entière.

« La position du stade est sensible à l’échelle de son quartier – celui du 16ème arrondissement de Paris – en complétant un dispositif de complexes sportifs de haut niveau très prégnant (Parc des Princes ; Hippodrome de Longchamp ; Roland Garros...). La place du stade Jean Bouin questionne de fait son environnement. Dans ce contexte, quelle attitude adopter ? Un parti mettant à distance le stade ? Une symétrie parfaite du complexe sportif – allégorie naïve de la rigueur sportive – au risque d’être en inadéquation avec un contexte urbain de qualité ?
Le parti architectural préfère la poésie et le corps au dictat du fonctionnalisme et de l’effort. L’asymétrie, l’ondulation et le fruit des façades sont synonymes de mouvement, d’effort qui ne sauraient prendre corps au sein d’une enveloppe figée. La vocation de notre proposition est de transcender le geste architectural en proposant un statut urbain au stade Jean Bouin au sens noble du terme. Le projet s’affranchit d’une forme ovale – éloge du banal et de l’ordinaire pour un stade – préférant un durcissement de la courbe en façades Est et Ouest et à contrario un adoucissement de la ligne en toiture. Afin de ne pas céder au consumérisme foncier, le bâtiment est sa propre clôture. L’absence de grille libère le stade d’une frontière physique et mentale en réconciliant complexe sportif de haut niveau et son espace public.
Le parti architectural et urbain tend ainsi à rétablir un équilibre entre le réseau viaire et les façades du stade. Cette option permet de ne pas limiter ou mésestimer le rôle du bâtiment sportif dans son contexte urbain. Il ne s’agit pas d’une pièce rapportée au sein du maillage urbain sans corrélation entre tramage et bâti. Par ce biais, le parti architectural instaure un dialogue, un respect mutuel entre front urbain d’immeuble d’habitation et les façades du projet. L’approche paysagère du stade ne se limite pas à une lisibilité au sol du complexe mais également à son impact sur les logements voisins.
Le contraste élégant entre volume bâti et délicatesse de la résille en béton laisse apparaître un véritable paysage de toiture garant d’une relation sereine avec son environnement immédiat. Tous les arbres de haute tige sains – d’alignement ou non – sont conservés et généralisés afin de ne pas perturber la compréhension du quartier. La densification du stade ainsi que son positionnement en extrémité Sud-Est de la parcelle constructible permet de libérer un généreux parvis arboré du côté de l’avenue du général Sarrail. Ce retrait par rapport à l’alignement de l’avenue génère une générosité des accès en créant l’évènement sur un des principaux axes de communication du quartier.
Les prospects, les gabarits, les accès, les services, ont identifié une nouvelle typologie de stade à des altitudes variées... et constituent un corps. La maille enveloppe le corps, en épouse la forme juste; sans emphase. La forme n’est donc pas inspirée mais révélée; comme la fameuse photographie de Man Ray d’un corps nu enveloppé d’un textile translucide révèle un érotisme légitime.
Dès lors le stade Jean Bouin serait légitimement sexy ! »
Rudy Ricciotti
Maître d’ouvrage : Ville de Paris ; mandataire maîtrise d’œuvre : Rudy Ricciotti (architecte); entreprise macrolot «structure»: Léon Grosse; montant macrolot « structure » : 57,5 millions d’euros HT.
Crédits photographiques © Leon Grosse

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