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Le Street Art au cœur de nos sociétés ….
L’art sous toutes ses formes représentent l’expression d’une réflexion captée par nos sens, nos émotions, notre esprit, il va puiser dans l’inconscience et la conscience humaine à travers les représentations existentielles, et comme le Henry Havelock Ellis, « la vie peut-être considérée comme un art ».
L’expression les plus courantes se retrouvent à travers des oeuvres portées sur la sculpture, la peinture, l’architecture, la danse la musique, l’écriture, mais aussi la photographie, le cinéma et le théâtre, et à l’aube du XXIe siècle l’art numérique.
L’art a évolué en fonction des époques et traduit l'arôme, le parfum, de la constance humaine à penser sur son environnement.
Certaines expressions artistiques laissent une trace historique et matérialisent les différentes époques, éteintes ou morte, certaines rejaillissent … Comme l’Art de la Rue ou le Street Art.
Une forme d’expression artistique qui remonte depuis les temps anciens, et Pompéi qui a révélé certaines représentations visibles sur des pierres retrouvées, et dans la Vallée des Rois en Egypte, traduisait des messages religieux, personnels ou autres. Notre époque contemporaine a laissé des espaces de liberté retrouvée pour cette expression artistique, nos villes offrent la liberté aux artistes de représenter leurs émotions souvent éphémères qui naissent et disparaissent à travers l’évolution de la ville. Un sujet irritant puisque que certains considèrent que cette forme de représentation est un acte de vandalisme et que d’autres le voit comme une œuvre picturale à part entière.
Pour mieux cerner cette expression artistique et sa notion urbaine, et son impact sur notre société, découvrons ses origines et sa renaissance …
Comme écris précédemment, l’art de la rue remonte déjà à l’antiquité et même plus loin à la préhistoire si l’on considère que l’art consiste en un tout, bâtir sculpter … Les représentations dans les grottes ornées qui regroupent peintures et gravures révèlent tant par leur qualité esthétique et le nombre une véritable conscience artistique tribale.
Mais dans notre ère, la renaissance de l’Art urbain est apparu de l’autre côté de l’Atlantique, et plus particulièrement à Philadelphie en Pennsylvanie.
Deux artistes, Cornbread et Cool Earl, laissent des traces sur les murs de Philadelphie, des traces visibles puisqu’elles mentionnent leurs pseudonymes ?. Une expression qui va s’étendre aux confins de la terre entière.
Aussi, à New York une expression sous forme de nuage de tags prend de l’ampleur. Notamment dans le Bronx et les banlieues laissées pour contre. Ainsi, l’apparition d'artistes précurseurs issus des quartiers pauvres de New-York tel « Taki 183 », « Tracy 168» ou «Stay High 149 » taguant sur les murs attire l’attention de la population. L'exemple de Taki 183 est sans doute le meilleur et la plus fameuse lorsque l'on parle des writers new-yorkais : le jeune grec nommé Demetrius découvre avec son ami Greg pendant l'été 1969, un adolescent écrivant son nom et le numéro de sa rue : JULIO 204. Ils trouvèrent cette représentation géniale et commencèrent comme cela à parsemer leurs noms dans toute la ville. Demetrius use de son surnom « Taki » et du numéro de sa rue pour imposer sa marque. Ainsi débute la légende.
« TAKI 183 » Spawns Pen Pals « TAKI 183 » a donc lancé une nouvelle mode
TAKI 183 était un adolescent de Manhattan qui écrivait son nom et son numéro de rue partout où il allait. Une sorte de pulsion nécessaire …
Son « TAKI183 » apparaissait dans les gares, les métros, sur les murs de Broadway, à l’aéroport international Kennedy, dans le New-Jersey, dans le Connecticut et dans les quartiers privilégiés de New-York.
Une représentation qui avait fait des émules puisqu’il avait de nombreux imitateurs dont Joe 136, Barbara 62, EEL 159, Yank 135 et Léo 13. Pour retirer ces inscriptions et d’autres graffitis des gares, la ville de New York avait consacré pas moins de 80000 heures de travaux aux hommes du service municipal et coûté environ 300000$ dans la dernière année selon « The Transit Authority »
« Je travaille, je paie mes taxes comme tout le monde et cela ne fait de mal à personne » dit TAKI durant une interview lorsqu’on lui annonce le coût pour retirer ses graffitis ? Puis il ajoute : »Pourquoi s’attaquent-ils aux êtres les plus petits ? Pourquoi ne s’attaquent-ils pas aux campagnes électorales qui mettent des stickers partout durant la période électorale » ? avait-il expliqué à l’époque.
L’adolescent de 17 ans vivait sur la rue 183 entre Audubon et l‘avenue Amsterdam. Il demandait à ce que son nom ne soit pas cité. Cependant il expliquait que TAKI etait un diminutif de Démetrius. « Je ne me sens pas célèbre, disait-il, mais mes amis me donnent cette impression quand ils me présentent ».
Une forme d’expression qui s’est propagée et qui a vu se former des groupes appelés « crews » pour frapper encore plus fort et de manière spectaculaire ; « The Nation’s Top », « The Magnificent Team », « Crazy Inside Artists » ou encore « Soul Artists » étaient les groupes les plus connus. Ces « crew » étaient très organisées, en effet tous les membres étaient répartis selon le travail qu'il devait faire : le king élaborait le projet tandis que le « toy » remplissait les surfaces et préparait les bombes. A l'intermédiaire, on avait les « writers » qui apportaient de l'aide au « king ».
Ces groupes de graffeurs étaient finalement très hiérarchisés et le simple fait d'appartenir à une « crew » était toujours un signe de reconnaissance. La ville de New-York se recouvre très vite de ces graffitis et la concurrence s'installe. Tant bien que le graffiti s’intensifie en s’inspirant d’autres formes d’art telles que la bande dessinée ou la publicité.
Une culture née avec la musique du Hip-Hop, le rap, celle de la rue qui traduit non seulement un langage mais aussi un état d’esprit, et des signes de reconnaissance. Mais également exprimée par l'apparence dont la coiffure et les tatouages et le style de vie dans des quartiers comme Harlem ou le Bronx.
Le Hip-Hop est révélateur des fonctionnements et des blocages de la société (comme la violence qui faisait encore partie du quotidien) et de la formidable force créative des arts de la rue. Mais on peut aussi citer le sport avec le breakdance (danse caractérisée par ses aspects acrobatiques et ses figures au sol).
On associe beaucoup le graffiti à la célèbre association du Hip-Hop Zulu Nation visant à proposer des alternatives pacifistes entres les différents gangs violents qui dirigeaient souvent les quartiers défavorisés de New-York. Elle a été créée et dirigée par le musicien Afrika Bambaataa.
Durant les années 1975, les graffeurs deviennent de plus en plus compétitifs, on assiste même à des « guerres de style » et ils cherchent à taguer leurs noms au Bronx, à Queens, sur Staten Island, à Manhattan, et à Brooklyn. Le train et le métro qui étaient déjà très mal entretenus à l'époque s'imposent comme un moyen de support et surtout de diffusion. Très vite les graffeurs se rendent compte qu'ils peuvent accéder aux souterrains du métro pour bomber beaucoup plus de wagons en même temps avec moins de chance de se faire attraper. Toutes les normes avaient donc été fixées, et une nouvelle école était sur le point de récolter les avantages des bases artistiques,établies par les générations antérieures, dans une ville au milieu d’une crise fiscale. La presse, les sociologues et les intellectuels de l'époque commencent à s'intéresser à ce moyen d'expression.
Par exemple, Henry Chalfant, photographe autodidacte s'est très vite intéressé aux graffitis et pris par cette volonté de montrer ce qu'il voit tous les jours en prenant le métro, s'est peu à peu introduit dans ce milieu. Ainsi en 1984, il publie avec Martha Cooper, également photographe Subway Art qui se révèle être un des premiers livres qui parle du graffiti et qui le reconnaît . Pour de nombreuses personnes, n’ayant jamais été à New York, cette forme d’art présentée leur était inconnu.
Cependant à partir du milieu des années 1980, le maire de l'époque Ed Koch et la MTA (Metropolitain Transportation Authority), une entreprise chargée de la gestion et la municipalité déclarent une guerre sans merci aux graffitis des trains et métros. La MTA surpasse les artistes en entraînant un fort recul des graffitis illégaux a la suite de ces contrôles de nettoyages renforcés et devenus systématiques. Ces artistes étaient également contraints par la réglementation de la vente du matériel (les bombes, les marqueurs,..) et pouvaient avoir des amendes ou la sanction de travailler pour la communauté. On peut également rajouter que les trains les plus tagués étaient même destinés à la destruction. Quelques graffeurs de l'époque se sont mis à peindre ces épaves en raison de leur passion pour les wagons d'acier ou bien juste pour avoir la photographie de leur nom sur un wagon de métro ou encore simplement pour faire revivre sa mémoire. De plus, les parents d’auteurs de graffitis pouvaient être tenus responsables et si des citoyens connaissaient de tels artistes, ils devaient les dénoncer. A partir de là, le graffiti disparaît presque car les writers sont pour la plupart découragés. Alors de nombreux graffeurs ont commencé à ouvrir leur propre galerie, tels que Jean Michel Basquiat et Keith Haring.
En parallèle, dans les années 80 le graffiti arrive et se diffuse en Europe.
Ce qui a permis au graffiti de s'imposer en Allemagne est sans doute la sortie des films Wild Style et Style Wars tout deux sortis au début des années 80. Cependant, il n'y a qu'une partie de l'Allemagne qui a eu droit à l'émergence du graffiti : l'Allemagne de l'Ouest notamment dans des villes telles que Munich, Hambourg et Berlin bien sûr. Effectivement Berlin déjà considérée comme la « capitale du style », de l'art et de la liberté a joué un rôle important dans le graffiti grâce au mur de Berlin par exemple. En effet, en Allemagne le mur de Berlin submergé par des slogans, des graffitis et des affiches est même classé graffiti historique tant il a été peint et annoté, de ce fait de nombreux artistes ont été attiré par le lieu pour graffer. En revanche, l'Allemage de l'Est n'a pas connu ce mouvement dû à l'interdiction de la vente et de l'utilisation de bombe.
Comme beaucoup d'autres pays européens on peut voir que le Royaume-Unis à d'abord réalisé des pieces très influencée par l'école new-yorkaise, cependant à partir de 1983, une importante communauté de graffeurs s'est constituée en particulier à Bristol et Londres. Néanmoins, il est rapidement devenu difficile de graffer dans la capitale puisque qu'elle est extrêmement surveillé et de manière absolument constante. Cela n'a pas empêché le développement de l'affiche et du pochoir avec le fameux Banksy notamment.
L'Espagne a connu un développement du graffiti un peu plus tardif que les autres pays d'Europe. Cela ne l'a pourtant pas empêché d'accueillir un très grand nombres de graffitis exubérants et exceptionnels. En effet, d'innombrables graffeurs de personnages se sont répandus dans tout le pays bien que les points stratégiques restent les grandes villes comme Madrid ou Barcelone. Par exemple l'artiste Muelle s'est vite imposé à Madrid comme une véritable légende du graffiti et à fortement contribué à son développement.En France, le graffiti apparaît aussi dans les années 80 avec des artistes comme Bando, Blitz, Lokiss, Scipion, Skki. Bien qu'on ait déjà pu voir en mai 68 les premières esquisses de cet art urbain avec l'apparition de nombreux slogans sur les murs ainsi que les nombreuses affiches collées dans Paris par les étudiants des Beaux-Arts.
Vers 1986-87, le graffiti « new-yorkais » trouve définitivement sa place à Paris. où il « envahit » des lieux privilégiés comme Stalingrad (terrain vague fondateur dans le graffiti) les quais de la Seine, les palissades du Louvre ou du Centre Georges Pompidou, les Halles ou le terrain vague de la Chapelle, puis s’étend progressivement aux cités des banlieues où la culture Hip-Hop trouve son deuxième souffle en devenant de plus en plus populaire.
On voit également beaucoup de peintures collectives, en effet de nombreux artistes travaillaient en groupe et menaient des actions collectives tels que les frères Ripoulin ou les VLP. Dès cette époque, Paris attirait de nombreux graffeurs européens (Shoe, Mode 2) mais aussi américains (Jonone, Futura 2000, T-Kid, A-One) et vice-versa, de nombreux graffeurs français se rendaient dans la ville considérée comme la Mecque du graffiti, New-York.
On est presque en 1990 et Paris est clairement envahi de graffitis, on en arrive à appeler ça « l'épopée graffiti », tous les jeunes de dix à vingts ans ont leur propre insigne et le montrent autant que possible. Bien entendu ces jeunes writers s'attaquent au support historique, le métro. Même la presse s'en mêle, beaucoup d'articles paraissent sur le graffiti.
A l'époque on considérait cela plus comme un phénomène de société que comme un fait artistique. C'est la fin des années 1980 et Paris sature : le graffiti a atteint un niveau qualitatif et surtout quantitatif jamais envisagé. Psychoze témoigne « Il y avait tellement de tags qu'on ne pouvait plus rien voir à travers les vitres »en parlant du métro. En effet on le constate lorsqu'on lit cela " au début des années 90, 85 % du matériel de la ligne 13 était tagué » écrit Mr.Dubois, personnel de la RATP.
Comme à New-York avec la MTA, la RATP commence à sévir et on voit se mettre en place une véritable lutte anti-graffiti. Cette explosion du graffiti était due aux bombes qui commencaient à se vendre et au fait que de plus en plus de personnes avaient accès au graffiti. La sortie de Subway Art ou Spraycan Art les premiers livres sur le graffiti new-yorkais sont également responsables de cet engouement car ces livres ont donné envie aux jeunes de faire comme les writers de New-York et sont devenus de véritables références.
L'art de rue est donc libre, il n'y a pas de ligne de conduite, pas d'unité si ce n'est celle de la rue. Les murs se mêlent de techniques les plus variées. Certaines comme le pochoir ou l'affiche qui existe pourtant depuis des siècles renaissent et d'autres comme le sticker émergent.Le graffiti reste et continue de prospérer. Cependant, le street-artiste n'a plus les mêmes buts même si l'essence reste la même c'est-à-dire le refus du système. On voit donc de nouvelles motivations apparaître. Le Street Art avec ses nouvelles techniques et motivations transforme les rues de la ville en de véritables musées à ciel ouvert accessible et gratuit à tous.
Au début des années 80, lorsque les murs de Paris étaient saturés de graffitis le pochoir apparaît comme une nouvelle forme d'expression urbaine. En effet, des artistes de l'époque comme Blek le Rat, Nemo, Mosko et associés ou encore Miss.Tic voulant se différencier des fameux graffitis New-yorkais se mettent à utiliser cette technique.Le pochoir également appelé « Stencils » est un moyen de reproduction de logos, dessins et messages très pratique et efficace. Il prolifère et devient très vite à la mode. Néanmoins, le pochoir était déjà utilisé en typographie dès le XIIe siècle en particulier pour l'impression des textes liturgiques et également employé comme un outil de communication publicitaire sauvage ainsi qu'il a longtemps été le moyen privilégié des militants politiques.
Sa technique assez simple consiste à découper dans un matériau rigide comme du carton, du plastique, du bois, du métal ou même des radiographies. En tout cas, le pochoir doit être assez robuste pour survivre au transport et à l'utilisation qu'en fait le pochoiriste. A partir du moment où le support est choisi, l'artiste dessine ou décalque le motif provenant d'une image, d'une photographie, etc avec lequel il « bombera » par la suite les murs de la ville.
Il est également possible d'utiliser les deux parties du pochoir : la partie découpée et le contour de la partie découpée afin d'obtenir deux effets distincts. Même si la pose dans la rue est rapide, la préparation est longue et minutieuse. Le plus souvent, les pochoiristes utilisent l'aérosol ou la bombe pour la mise en couleur car c'est le médium le plus rapide. Cependant, il peut aussi arriver qu'ils emploient le pinceau, l'éponge ou le stylo. On comprend bien que les usagers du pochoir réalisaient la première partie c'est à dire la découpe de celui-ci avant de se retrouver dans la rue.
Un pochoir s'il est bien fait peut être réutilisé plusieurs fois et pour une même réalisation on peut employer plusieurs pochoirs afin d'ajouter différentes formes, couleurs et finitions plus évocatrices. De plus il nécessite moins d'expérience que le graffiti et est donc plus accessible puisqu'il permet de réaliser de belles compositions sans savoir forcément dessiner. Dès qu'il est dans la rue, il suffit donc au pochoiriste de reproduire son modèle un peu partout pour marquer son territoire de la même façon que le fait le writer avec le tag.
De nos jours on peut évidement citer le phénomène Banksy à propos du pochoir. Le street-artiste anglais Banksy est aujourd'hui une des nouvelles légendes du Street Art. Originaire de Bristol, en Angleterre, l'artiste utilise son art comme un medium de communication afin de déclarer son mécontentement envers la société et les hommes politiques. Ce mythe qu'il a créé est sans doute dû à une oeuvre absolument subversive, ironique et provocante et surtout au mystère de son identité restant inconnue et qui lui permet ainsi de duper la justice.
Le mot « sticker » est anglais et vient du verbe « to stick » c'est à dire « coller ». On traduit donc ce mot en français par le mot « autocollant ».
Déjà connu dans les années 80 par les célèbres stickers « Hello my name is » empruntés aux autocollants américains permettant de se présenter à des colloques, les stickers, graffiti papier ou encore le Stick Art est en fait un autocollant qui marche énormément ces derniers temps. Ce succès est sans doute dû à sa technique la plus simple et discrète qu'il soit dans l'univers du Street Art. Il n'y a rien de plus facile que de sortir de son sac une pile d'autocollants qu'on a conçu chez soi, de les coller rapidement là où il nous semble le mieux vu sans pour autant prendre trop de risque.
En plus il ne nécessite pas vraiment de pratique ni de matériel complémentaire pour la pose contrairement au collage d'affiches (pinceau, colle, sceau) et on peut être garanti qu'il restera collé des mois si ce n'est des années. Le Sticker peut donc être utilisé par n'importe qui. De nombreux artistes urbains, en plus de leur activité principale, s'en servent pour poser leur tag ou graff beaucoup plus facilement et l'utilisent comme un moyen différent de communiquer avec l'espace urbain. Il peut aussi servir de « carte de visite » aux street-artistes. Son prix relativement bas montre également son succès grandissant. Ce tout, c'est à dire sa rapidité, son coût peu onéreux et sa facilité de création montre donc l'impact qu'il a sur les murs de la ville. De nos jours, on peut parler des fameuses mosaïques autocollantes de Space Invader : les petits hommes verts d'un des premiers jeu vidéo d'arcade, Space Invaders des années 1980 sont la source d'inspiration de cet artiste parisien. Ses mosaïques envahissent, comme leurs noms l'indiquent, les villes du monde entier...même la petit ville de Pau. Mais également du collectif montant le 9eme concept.
Après le pochoir ou le sticker, les street-artistes ont également recours à l'affiche ou le poster. Déjà ancré depuis longtemps dans la tradition populaire elle est un moyen de communication simple mais efficace reconnue comme un art dès le XIXe siècle grâce à des artistes peintres comme Chéret, Bonnard ou encore Toulouse-Lautrec. Enfin les graffeurs ou les artistes urbains des années 80 se la réapproprient pour renouveler leurs méthodes : le plus souvent sauvage ou illégale, l'affiche est un autre moyen artistique de revendiquer. Préparer au préalable sa pose se révèle plus compliquée que celle du sticker mais tout de même rapide. Puisque pour la plupart du temps, il faut deux personnes pour pouvoir la coller à cause du seau de colle à transporter et du pinceau. Par contre l'impact visuel dû à sa taille est incomparable à celui du sticker. L'intérêt de l'affiche est qu'on peut la travailler comme on travaillerait un tableau c'est à dire la soigner, faire de la « vraie peinture » comme le dit Alëxone. Ce moyen d'expression est finalement un intermédiaire entre ce qui est illégal, comme le tag ou le graffiti c'est-à-dire quelque chose d'éphémère et en même temps d'aborder le format du tableau et de faire quelque de peut-être plus parfait. Pour certains artistes c'est même un moyen de remplacer d'une certaine manière le pochoir ou le graffiti ou plutôt de les rendre plus facile : ils réalisent leur pochoir ou graffiti sur une affiche qu'ils colleront par la suite. Dans ce cas-là, on peut bien sûr parler des Frère Ripoulin, un collectif d'artistes parisiens des années 80. Mais aussi d'Atlas, un artiste adepte de l'affiche apparu au début des années 2000, c'est un exemple de la nouvelle génération des artistes de rue français. Son style unique et parfaitement reconnaissable où les lignes et les formes calligraphiques représentant des mots se confondent, caractérisé par l'omniprésence du noir et du blanc.
Lorsqu'on parle de peinture ou fresque murale, on pense tout de suite graffiti pourtant ce n'est pas tout a fait ça. La définition du graff, au sens strict du terme dans le monde du graffiti, c'est un mot ou un assemblage de lettres très sophistiquées mélangeant les formes et les couleurs. La peinture murale est une forme de graffiti, on peut même dire que c'est l'héritière la plus proche simplement ce ne sont pas des lettres qui sont représentées mais plutôt une réalité narrative qui va interpeller le spectateur. Par exemple, les personnages sont un élément fondamental du Street Art. Comme le graffiti ils sont le plus souvent réalisés à la bombe mais aussi beaucoup à la peinture acrylique ou au marqueur et peuvent représenter toutes formes de personnages c'est à dire des animaux, des monstres, des personnages comiques, des méchants, des héros, des personnages célèbres, des hommes politiques...De nombreux artistes utilisent leurs personnages comme marque pour en faire leur sorte de propre tag, c'est bien pour cela qu'on peut tout de même parler de graffiti. Plus le personnage sera simple, plus il sera facile pour l'artiste de le reproduire le plus que possible. Dans le même esprit que le graffiti, le but de l'artiste n'est autre que de montrer avec répétition son tag ou logo. Dans ce cas là on peut parler de Miss Van et ses fameuses poupées réalisées à la peinture acrylique à partir des années 1990. Cette artiste toulousaine a su marquer l'imaginaire de toute une génération avec ses créatures sensuelles et troublantes. Comme autre exemple, on peut citer l'artiste italien Blu qui est une véritable pointure de la fresque urbaine au style plutôt macabre caractérisé par des personnages aux semblants assez bizarres et goinfres. Enfin on ne peut oublier les Os Gemeo, une paire d'artistes jumeaux Brésiliens avec leurs personnages reflétant tout ce qu'ils voient, entendent et ressentent dans la ville chaotique qu'est Sao Paulo.
Aux traditionnels messages politiques, expressions sexuelles et réalisations ludiques s’adjoignent des stratégies de communication, des opérations de promotion artistique. Si l’art urbain est réalisé dans la rue à proprement dit, c’est pour que le message soit lisible par tous et pour que tout le monde puisse avoir une réflexion, une opinion, un avis dessus. La ville doit être un support artistique comme les autres avec ce bonus qui est de toucher directement la population urbaine, les passants.
L’un des sujets les plus communs à tous les passants est la politique. Quoi de mieux pour exprimer son avis que de l’imposer aux passants. Durant la propaganda (campagnes municipales), les rues étaient un espace de révolte et de révolution où les murs et les trottoirs tenaient lieu de politique et les cocktails Molotov de programme. Lors des élections municipales, l’alignement de grands panneaux métalliques avec les affiches des candidats collées, n’est-ce pas la même chose ? Hormis le principe fondamental de la « légalité » leprincipe reste exactement le même. Les messages/inscriptions politiques sont apparues en France avec mai 68. 30 jours durant lesquels la France s’embrase.
Malgré la fermeture des usines et des universités, la meilleure attaque reste encore les mots. Ainsi, la jeunesse s’exprime, dévoile au grand jour les injustices et les problèmes, les graffitis et les affiches principalement prolifèrent. Un des slogans les plus connus est celui-ci : « Professeurs vous êtes aussi vieux que votre culture ». Les artistes les plus courageux créent eux-mêmes des affiches, ainsi les 600 modèles différents sont passés à 600000 en quelques semaines. Paris était revisité d’affiches. Pour en revenir à la propaganda, Pencartes qui est à l’effigie du « Chat » défilait conte Le Pen et la guerre en Irak. Les artistes urbains se font médiateurs sans savoir si l’art se mêle de politique ou l’inverse. Enfin, les références politiques sont lourdement parodiées, comme lorsque Mr.A se présente aux municipales. Il posa des affiches sur des panneaux électoraux sans pour autant y ajouter un programme. Certaines personnes ont même voté pour lui sur son site internet sur lequel ils ont laissé des messages.
Depuis la fin du XXème siècle en France, une nouvelle vague d’artistes a fait surface : grapheurs, taggeurs, affichistes, pochoiristes dont les premiers furent Ernest Pignon-Ernest et Jérôme Mesnager. Le concept est de montrer que l’art mural est « in sito » ; il devient impossible de déplacer une œuvre de nature urbaine. La rencontre des passants avec l’artiste est souvent agréable et admirative, mais lorsque la rencontre se fait avec un agent de la sécurité ou la Police, le courant passe souvent mal. Nicolas, jeune grapheur palois nous dit « Graffer en bande à la gare, sentir les cameras derrière son dos, entendre les chiens de la Police aboyer, voir des policiers nous excite d’avantage ! Le graff illégal est comme une drogue ». Mesnager l’exprime lui-même « Peindre sur les murs, c’est un besoin vital comme respirer, manger, boire, une drogue ? Peut-être... Un épanouissement sûrement. » La pochoiriste MissTic a dû renoncer à utiliser la rue comme support d’art après avoir reçu deux amandes d’environ 2000 euros. Sa mairie lui a mis à disposition une salle d’exposition où elle peut exposer légalement ses pochoirs. Hormis les graffitis et les expressions en tout genre sur les murs, certains artistes veulent détourner le sens premier des panneaux publicitaires, ils sont anti-pub. Le but est de donner une nouvelle signification à la publicité, « d’aller aux bornes de l’univers publicitaire et de le mettre en connexion avec un univers plus vaste ». Ainsi, de nombreuses pubs affichées dans les métros ont été détournées, voire arrachées. La chanson de Daniel Powter « bad day » met en scène un couple qui jour après jour commente une affiche publicitaire du métro parisien à l’aide de feutres indélébiles. Le clip a été diffusé sans problème pendant plusieurs mois. Après avoir montré ceclip et un « détournement de pub » pour Apple à deux femmes du troisième âge, elles ont toutes les deux trouvé le clip touchant et artistique et le détournement de pub sans intérêt, voir pour l’une d’entre elles : « sans but, juste pour amuser la galerie et leurs petits copains. »
« En ce qui concerne le mouvement graff, les graffeurs sont des exclus qui usent du graff comme d’un artifice pour se conférer l’identité que la société leur refuse ». Le graffeur moderne est jeune de toute évidence, sans identité, il cherche son chemin dans la société qui jusque là le refuse. Cet argument n’est pas trop difficile à trouver, puisqu’en somme, le jeune ne fait rien d’autre que peindre sur les murs de la ville.
La relation entre l’artiste et son œuvre se fait par la signature. Le graff semble être une signature plus élaborée [cf. méthodes/techniques des artistes II)1)] : signature d’une œuvre ? De l’espace ? De la vie en tant qu’œuvre d’art ? Il est ainsi préférable de voir l’art urbain comme un moyen d’expression et non comme un regroupement de jeunes désœuvrés dans les rues.
De plus, un graffiti n’est jamais seul sur un mur, d’une part parce qu’il ne le restera pas très longtemps et d’autre part parce qu’il est d’emblée entrainé dans un réseau. A Pau, les graffs « 2035 », « YMPA », sont aussi bien présents dans les rues du centre ville, dans les bâtiments délabrés qu’à l’Université.
L’œuvre et sa signature sont un pseudonyme « un blaze » qui donne à l’artiste une identité. Seulement cette identité n’a pas une portée universelle ; seuls une minorité, un groupement en connaissent la signification. Le pseudonyme n’est connu que par les autres graffeurs. Nicolas nous l’a confirmé. Le graffeur est « reconnu » par ses pairs, c’est-à-dire que chaque graff est assigné à un auteur. Le tag et le graff c’est « se faire connaître », « se faire reconnaître ». En d’autres termes c’est être pour le paraître. Il s’agit de donner de la valeur à des productions urbaines, en particulier le graffiti dont l’œuvre imposante suscite forcement des commentaires.
L'essence même du Street Art est la rue. Cependant depuis une vingtaine d'années, de plus en plus d'artistes s'affichent dans les galeries ou expositions temporaires. Par exemple, l'exposition « Street Art » qui s'est déroulée de mai à août 2008 à la Tate Modern à Londres avec des oeuvres des Os Gemeos ou encore Blu. On peut aussi parler de l'exposition récente « Né dans le rue » présentée à la fondation Cartier à Paris. A première vue ce marché artistique est une totale contradiction puisque la rue est d'abord censée toucher un large public, avoir un impact bien plus fort tandis que la galerie est un espace beaucoup plus élitiste où seule une minorité s'y rend.
La rue est avant tout un espace public, un lieu de passage ou encore un lieu de vie. Pour le graffeur elle représente plus que ça : un espace infini de liberté et de découvertes multiples. Mais elle est aussi un espace d'interdits et de possibilités ce qui attire d'autant plus les graffeurs qui finalement recherchent avant tout l'affranchissement. Afin de pouvoir dire que le Street Art détient un public il faut d'abord considérer qu'il y a autre chose que du vandalisme dans l'art de graffer. Il est certain que cet art de rue s'exprime de manière plus évidente lorsque l'on parle de fresque ou de pochoir plus élaboré qu'un simple tag (bien qu'on ne puisse écarter complètement le tag). La rue est un support qui permet de toucher tout le monde c'est à dire toutes les classes sociales, tous les âges. C'est donc l'endroit le plus vivant qui soit. Beaucoup d'artistes utilisent le mot « interaction » pour parler du rapport qu'ils ont avec le passant. Cependant ce lien est difficile à admettre puisque cet art est à la fois éphémère, intemporel et résolument non officiel et le public ne le reconnaît pas toujours. En effet les street-artistes nous offrent à voir un art brut et hors des frontières et finalement nous imposent leur art. La rue, « c'est la confrontation avec un public éclectique, hétérogène, non averti, non complaisant et surtout très réactif » écrit même l'artiste urbain Gil Bensmana. Ce public composé de la foule quotidienne des passants pose deux problèmes majeurs lorsque l'on veut savoir s'il reconnaît l'art urbain comme un art. D'une part, la plus grande partie de ce public n'est pas initiée et c'est sans doute pour cela qu'il n'y prête pas attention pour la plupart du temps. Le graffiteur palois Nicolas nous disait que seuls les « artistes, créateurs, graffeurs et peut-être quelques personnes assez ouvertes d'esprits » c'est à dire pour la plupart des connaisseurs, prêtent attention à cet art. D'autre part le fait que cet art soit soumis à l'usure du temps ou au service de nettoyage municipal le rend éphémère et le spectateur lambda n'est pas habitué à cela. Le rapport qui se fait entre ce public potentiel (qu'on pourrait presque considérer de non-public) et les artistes est donc assez spécifique et on peut le qualifier d'immédiat.
La galerie, elle, est fermée, pleine de conventions et de contraintes et dans un sens elle fait perdre inéluctablement le sens et la spontanéité du Street Art . Néanmoins elle donne l'occasion aux graffeurs ayant toujours travaillé dans la rue de pratiquer d'une manière différente, de s'appliquer sur le fond et la forme sans compter sur l'espace urbain et peut-être de le faire de façon plus approfondie. En effet Jay écrit « C'était plus un travail de recherche ». L'artiste va aborder l'intérieur comme un exercice indépendant, il ne va pas transposer machinalement son style de rue dans la galerie. Et puis bien sûr exposer, ça rapporte et il est souvent nécessaire pour les artistes de le faire lorsque cela est possible afin de pouvoir être rémunéré et pouvoir continuer le travail de rue. Mesnager écrit « L'un nourrit l'autre, dans tous les sens du terme d'ailleurs, l'un paye l'autre. Tantôt c'est la commande d'un mur qui va financer tout un tas de tableaux, tantôt c'est la vente des tableaux qui finance la peinture que je vais utiliser dans la rue gratuitement ». Il est vrai que ces dernières années les recettes en galerie des artistes urbains sont montées en flèche. Certains artistes pensent même que le travail dans la rue et celui dans les galeries est complémentaire Il faut aussi ajouter que la mise en galerie d'œuvres permet la longévité de celle-ci.
Cependant on ne peut oublier de dire que le retour à l'officiel de ces artistes de l'illégalité modifie la force de leurs œuvres malgré le fait qu'elles soient plus ou moins adaptées aux les galeries. Le passage de la rue à la galerie fait perdre aux œuvres leur illégalité et change leurs rapports avec le passant. En effet ce ne sont plus des actes vandalistes ni des dégradations mais enfin des œuvres d'art. Le public est donc bien plus attiré : c'est largement remarquable lorsque l'on prend l'exemple du succès de l'exposition « Né dans la rue » présentée à la Fondation Cartier. Ce comportement du public reste donc assez paradoxal.
Tiré du courrier international ...

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