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14 juin 2013 5 14 /06 /juin /2013 06:46

Paris la nuit - Chroniques nocturnesParis la nuit - Chroniques nocturnes…

Jusqu’au 6 octobre 2013. Une exposition créée par le Pavillon de l’Arsenal.

Photo 1 : Dernière phase de l’illumination de la tour Eiffel par Citroën, en 1925. Fernand Jacopozzi, ingénieur. © Roger-Viollet

« Paris la nuit » révèle la ville, la part du jour et l’œuvre de la nuit, une histoire fantôme masquée dans l’obscurité, jamais retracée, pourtant constituée de figures emblématiques, d’architectures singulières et d’usages pluriels. «Paris la nuit» prend l’état nocturne comme le matériau originel de la cité, un territoire urbain rêvé, surprenant, métissé, libéré et mystérieux.

Des nuits aristocratiques aux raves parties, des guinguettes aux discothèques, des allumeurs de réverbères aux agents de maintenance du métro, du Palais-Royal aux parcs d’attractions, des expositions universelles aux salons professionnels, des drugstores, bowlings et cinémas de la modernité aux showrooms contemporains, la nuit métropolitaine a évolué dans ses lieux et dans son vocabulaire. Aristocrates, chiffonniers, dandys, architectes, surréalistes, futuristes, Apaches, ouvriers, fêtards, tagueurs, visiteurs ou salariés... Chaque génération a réinventé ses pratiques nocturnes, faisant de cet espace de liberté le miroir de la société.

Plus de deux années de recherches ont été nécessaires à la conception, par Marc Armengaud, philosophe et urbaniste, de cette exposition et de l’ouvrage qui l’accompagne. Deux années pour agréger un ensemble unique et singulier, méconnu ou familier, mais aussi pour tenter, grâce aux données récoltées et à l’analyse sensible du territoire, de cartographier la réalité, les usages et les possibles de notre métropole nocturne.

Paris-la-nuit---Chroniques-nocturnes5.jpgCinéma Etoile-Lilas, 2012. Hardel & le BiHan, architectes ; Frédéric Namur, architecte d’intérieur ; Pena & Pena, paysagiste ; SAS Cinelilas, maître d’ouvrage. Place du Marquis-du-Vercors, Zac Porte-des-Lilas, 75020 Paris. © Vincent Fillon

Abritée sous une installation spectaculaire conçue par l’architecte et ingénieur Daniel Vaniche, l’exposition « Paris la nuit » propose à chacun la découverte de cette richesse peu connue au travers de deux cent cinquante œuvres, de films historiques, de scenarii prospectifs et d’une centaine de cartes. Cet atlas inédit rend visible et compréhensible la nuit d’aujourd’hui à la grande échelle avec ses usages et usagers, ses réseaux et infrastructures, ses spatialités singulières, pensées ou non. Pour la première fois cartographiée, cette métropole nocturne se révèle comme un horizon de développement et d’attractivité qui redistribue les cartes de l’emploi, de la culture ou du tourisme.

Du 23 mai au 6 octobre 2013, le Pavillon de l’Arsenal se met à l’heure de la nuit ! Promenades nocturnes pour découvrir le réseau du métro pendant sa maintenance, visites guidées du marché de Rungis au levé du jour, exploration de nuit des sous sol de l’esplanade de la Défense, promenades fluviales, visites guidées nocturnes hebdomadaires de l’exposition, street food au Pavillon, conférences et colloques : pendant tout la durée de l’exposition, le Pavillon de l’Arsenal se met à l’heure de la nuit jusqu’à la Nuit Blanche 2013 !

 Paris la nuit - Chroniques nocturnes1dessin Henri Meyer (1844-1899) « L’avenue des Champs-Elysées pendant l’Exposition Universelle, le jour de la fête nationale », Paris, 30 juin 1878 © Roger-Viollet

Le devenir métropolitain des grandes villes d’Europe et d’Amérique du nord aux XIXè et XXè siècles peut se décrire comme un processus d’aménagement du territoire avec pour objectif la création de continuités d’échanges, d’accès, de ressources, de services à une échelle territoriale nouvelle. Un processus où la ville se déplie comme un grand mécanisme dont la fiabilité est vitale. Mais on peut aussi la lire comme une étape d’un processus d’artificialisation culturelle qui, en particulier à Paris, s’est incarné et reterritorialisé dans une temporalité spécifique : la nuit. Le temps nocturne comme concentré de métropole, expérience de l’intensité et des contradictions d’une nouvelle configuration territoriale. La solidarité historique entre le projet métropolitain et la nuit n’est pas seulement liée aux possibilités d’aménagement de l’espace public par la lumière. Elle est surtout le double résultat de la pression sociale qui s’exerce brutalement dans ces grandes villes (suscitant un besoin de soupapes), et des nouveaux dispositifs infrastructurels et économiques qui organisent le territoire pour soutenir l’existence de la centralité. D’un côté les loisirs gagnent sur le temps de sommeil et deviennent une économie en soi, à l’échelle d’une société de production qui va se restructurer autour de la consommation. De l’autre, le temps nocturne devient une réserve pour les opérations d’entretien et d’alimentation du système qui sont impossibles le jour. La métropole est un processus d’expansion qui affecte donc l’espace mais aussi le temps. Les nuits vont devenir un marqueur d’identité distinctif pour chaque métropole, à la fois côté lumière et côté organisation métaterritoriale, avec ses rentabilités, ses populations, ses lieux, ses usages et ses conflits. Une ville dans la ville ? Nul n’y fait de projet, ni ne s’en revendique citoyen ou élu. C’est un état de la ville, pas une structure de plus, c’est une sensibilité plus qu’une conscience. Une somme d’actions et de valeurs qui dressent un portrait intense voire extrême de la réalité. Ce n’est pas tant l’envers du jour qu’une étrange ombre portée qui ne fait pas l’objet d’une pensée urbanistique spécifique dont nous aurions gardé la mémoire. Et pourtant ...

D’emblée, la lecture des territoires nocturnes confronte à des contradictions d’approche : qu’il s’agisse de fonctions, de flux, ou de sociabilité, et les mêmes sites peuvent se comprendre différemment. Cette richesse polysémique des états nocturnes n’est pourtant pas une évidence. Ce qui frappe d’abord c’est la tendance à la réduction fonctionnelle et aux regroupements de pôles thématiques (quartiers, zones), comme un processus de spécialisation accentué par la condition nocturne. Car elle s’appréhende par des effets de contrastes (vide/saturation, silence/nuit, obscurité/ éclairage) ... Extrême aussi par la nature des activités nocturnes : les métiers les plus durs d’une part et la fête de l’autre, les plaisirs de la haute et des bas fonds, les infrastructures et le paysage. État sensible moléculaire qui contredit la dimension de continuité du projet métropolitain. C’est aussi un miroir de l’histoire des techniques (réseaux, énergie, transports ...), y compris de la construction puisque les chantiers des grands boulevards fonctionnaient de jour et de nuit. Alors que la nature suspend sa croissance la nuit, la ville s’intensifie de manière parfois spectaculaire, souvent imperceptible.

Paris la nuit - Chroniques nocturnes2Le quartier de la Défense, perspective sur la Grande Arche, 1989 © Georges Fessy

Enfin, c’est une entrée sur l’évolution de la sociologie et des luttes pour des identités, car elles s’expriment la nuit comme liberté et différence. Liberté d’être soi, et ne pas être celui qu’on croit : thème romantique par excellence. Les nuits de Paris sont des espaces de perméabilité entre les mondes que le jour sépare strictement. Quel rôle culturel la nuit a-t-elle joué pour l’architecture, le paysage et l’urbanisme de la région parisienne ? C’est une sorte d’archéologie urbaine que propose la relecture des débuts de la métropole la nuit, qui fait apparaître des épaisseurs effacées comme les Halles, les berges de la Marne ou la Petite Ceinture, qui étaient des situations nocturnes majeures, dont on imagine mal la puissance d’attraction collective dans un monde sans télévision, radio ni cinéma, sans téléphone ni internet. La nuit comme fil rouge pourrait permettre de relire sous un angle différent les deux siècles précédents et peut-être contribuer à l’effort de prospective métropolitaine de notre époque en prenant de la distance ou un biais qui permettra peut-être de remettre en cause certaines évidences du jour. À sa façon, ce voyage dans les âges de la métropole nocturne essaie de faire émerger un « manifeste rétroactif » selon l’expression forgée par Rem Koolhaas pour New York Délire, dont la valeur serait avant tout prospective. Là où il voyait dans le parc d’attraction de Coney Island l’anticipation de Manhattan, et dans les projets de skyscrapers interrompus par la crise de 1929 la matrice d’une pensée urbaine qui n’eut plus le temps (ni la volonté) de se théoriser ensuite, on peut voir les étapes de la nuit de la ville lumière prendre une consistance technique, sociale et économique, qui propose un autre rapport à l’objet culturel qu’est devenu la métropole.

Paris la nuit - Chroniques nocturnes4 « Les gardiens du trésor », Nuit Blanche 2012, installation lumineuse de Cédric Verdure et Timothé Toury au Crédit municipal, Paris 4e © Sophie Robichon/Mairie de Paris

Atlas de la métropole nocturne :

L’exposition réunit deux modes d’approche de la dimension nocturne du Paris métropolitain : après le récit historique des strates qui ont fait (et défait) ces nuits de la grande échelle, vient la découverte sensible et critique de la réalité de ces territoires explorés. Révéler l’existant et le faire parler : composer un atlas de la métropole nocturne.

La nuit constitue un état de fait qu’il faut explorer pour en prendre la pleine mesure et en tirer des enseignements nouveaux. Cette seconde partie de l’exposition cherchera à rendre visible la nuit d’aujourd’hui à grande échelle, ainsi que son potentiel fonctionnement, usages et usagers, et surtout spatialités singulières, pensées ou non. Cet atlas sensible et analytique confronte plusieurs modes de captation et de représentation, de la photo à la cartographie animée, en passant par la vidéo, ou les propos restitués. Il n’y a pas de documentation existante, il faut donc la créer, et ainsi développer des outils de restitution sur mesure.

Pour réunir ce matériau original, AWP a créé « l’Atelier de la Métropole fantôme », qui consiste en un dispositif d’explorations collectives et de recueil de propos des acteurs de la nuit, afin de les analyser et de nourrir la mise en perspective des explorations.

Paris la nuit

 

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Published by LV_RM - dans Expo-Archi
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