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Vendredi 20 juillet 2012 5 20 /07 /Juil /2012 08:10

Massif CanigoUn nouveau Grand Site, le massif du Canigou

Vigie maritime de la chaîne pyrénéenne, premier bastion d’altitude depuis la Méditerranée, le Canigó ou Canigou est la porte de deux mondes entre les hautes terres et la plaine du Roussillon. Visible du Languedoc, de l’Ariège et de la province de Gérone ; son histoire l’a élevé au rang de montagne sacrée du pays catalan. Fasciné et intrigué par sa silhouette imposante, l’Homme a tour à tour craint, respecté, admiré et conquis ses cimes émaillées de récits et de légendes. Avec sa stature et ses neiges printanières, le Canigó fut considéré jusqu’au XVIIIème siècle comme la plus haute montagne des Pyrénées. Terre du fer, terre de paix, terre des poètes, cette montagne constitue une authentique terre d’exception chère au cœur des pyrénéistes et toujours attachante pour ses visiteurs. Avec la pica d’Estats et la Pedraforca, le massif del Canigó s’affirme comme l’un des joyaux des Pyrénées. 

Massif du Canigou-3

Un joyau du paysage pyrénéen qui s’est vu attribué le 13 juillet la décision pour le label Grand Site de France

Inscrit au code de l’environnement depuis l’adoption de la loi du 12 juillet 2010, le label Grand Site de France reconnaît à la fois la valeur exceptionnelle du site, la qualité de son entretien et l’intérêt du projet de préservation, de gestion et de mise en valeur. Il récompense et encourage ainsi un travail approfondi et volontaire en faveur de l’accueil du public dans le respect de la préservation durable des sites.

A l’extrémité Est de la chaîne pyrénéenne, surplombant la plaine du Roussillon et la Méditerranée distante de 45 km, le massif du Canigou culmine à 2 785 mètres d’altitude. Visible du Languedoc, de l’Ariège, mais aussi de l’Espagne, c’est la « montagne sacrée du pays catalan », d’où la nouvelle écriture de son nom, le Canigó, reconnue pour désigner ce nouveau Grand Site de France.

Terre d’extraction du fer par le passé, cette montagne est désormais une terre de randonnée, avec ses 450 km de sentiers qui permettent de faire le tour du sommet et de parcourir les crêtes des vastes espaces du site classé, tout autant que de découvrir les villages du piémont qui cernent le massif.

Depuis le Roussillon, le Canigou s'impose et domine l'est des Pyrénées, il occupe une place exceptionnelle dans le paysage catalan. Il s’avance dans le paysage de plaine, se détachant de la masse montagneuse des Pyrénées en arrière plan, séparé de la chaîne par le Vallespir. Le pic culmine à 2 784,66 mètres et se distingue facilement depuis des distances parfois très éloignées (Sète, Montpellier et même Marseille!).

Il divise les eaux du département et les jette en deux grandes vallées parallèles où coulent le Tech et la Têt.

Formation géologique, géomorphologie : Le Canigou s'est formé en même temps que le reste du massif pyrénéen, c'est-à-dire sous la poussée de la plaque ibérique contre la plaque européenne. Les Pyrénées sont en fait le résultat de deux plissements datant de la fin de l'ère primaire et du début de l'ère tertiaire. Le massif se compose de roches métamorphiques, roches qui sont remontées à la surface à cause de l'échauffement important et de l'intense pression subis par les couches profondes. Le relief existant est le résultat de mouvements de surrection parfois très brutaux et d’une érosion incessante, symétrique, particulièrement représentative de la position méridionale du Massif.

Les contrastes des paysages sont forts, sous son apparente unité paysagère, le Canigou présente une riche variété d’entités paysagères faites d’unités géologiques contrastées. Gneiss, granite, schistes, calcaires dessinent tour à tour des reliefs très découpés, chaotiques, doux ou abrupts.

Cette grande variété de roches recèle une grande abondance de minerais, exploités par l’Homme dès l’époque gallo-romaine : la sidérite, la baryte, le fer, le quartz et l’or. Sur le massif ont été aussi exploités : le talc, le marbre, la fluorite, le tungstène. Le Canigou a donc été un lieu de ressources et de richesses très tôt exploitées par l’Homme.

Paysages : Trois grands étages paysagers peuvent être définis sur le Canigou : - Paysages de crêtes : Depuis le Pic du Canigou se dessine une crête Nord-Sud avec vers le sud le Puig Sec et le Puig des Très Vents et vers le Nord le Pic Joffre. Une autre crête, cette fois ci orientée Est-Ouest dessine une succession de Pics s’élevant de 2100m à 2730m d’altitude. Les crêtes se poursuivent ainsi hors du site classé. - Paysage de vallées : Le piémont de la montagne est très nettement marqué, accidents topographiques, gorges, défilés ouvrent sur des vallées étroites et encaissées(vallée de la Rotja, vallée du Mantet, vallée du Cady, vallée de Fillols, etc.). C’est à ce seuil que se délimite également les paysages de montagne. - Les balcons : d’une morphologie très particulière, les balcons dominent les vallées et joignent les crêtes adoucies des principaux sommets du massif. Ce sont en réalité des surfaces d’érosion , témoins de phases climatiques locales.

De la plaine au Pic, du Nord au Sud, d’est en ouest, le Canigou offre différentes facettes et chemins menant à son Pic de manière plus ou moins spectaculaire. Deux grandes entités naturelles marquent le paysage de la montagne : le Vallespir au Sud, depuis la vallée du Tech et le Conflent au Nord depuis la vallée de la Têt.

Au Nord, la rupture entre paysages de vallées et de crêtes se fait de façon très brutale en piémont. Les gorges étroites, profondes et sinueuses caractérisent les vallées et bassins spectaculaires de cette face nord du Canigou (Haute Vallée du Cady, bassin de la Rotja, etc.).

Côté sud se forment de puissants contreforts montagneux avant d’arriver sur les hauts versants du Vallespir, ses crêtes en continuité directe avec le cœur de la montagne. Le Haut Vallespir est quant à lui composé d’un paysage encaissé de montagne boisée et sauvage entre les hautes crêtes reliant le Pic du Canigou au Pic de Costabonne, dans la Chaîne Pyrénéenne.

A l’Est le Massif se termine par les contreforts des Aspres constitués de collines d’altitude coupées de vallées encaissées, d’un climat généralement plus sec que le reste du Canigou, cette zone fait transition entre la Haute Montagne et le cœur des Aspres.

Le site classé du Massif du Canigou correspond aujourd’hui à 7820 ha, sur la partie sommitale du massif et ses plus hautes crêtes. Le site se développe autour du Pic du Canigou, au sud ouest il suit la crête jusqu’au Pic des Hommes et comprend le Puig Roja. Au Sud-est il suit une autre crête jusqu’au Pic de la Galinasse, et au Sud, côté Vallespir, le site se délimite par le Puig de la Gallinas et le Puig dels Sarrais. A l’Ouest la crête mène au Pic Quazemi, au Nord, une crête mène jusqu’au Pic Joffre et la limite se dessine au Nord-est et à l’Est par le Mas Del Rey et le village de Valmanya.

Massif du Canigou-

Le Canigou c’est une vaste entité paysagère et culturelle :

Les paysages actuels du Canigou sont le résultat de phénomènes naturels (géologiques, climatologiques, biologiques) mais aussi la conséquence de siècles d’histoire où l’Homme a empreint le massif des traces laissées par ses activités, ses croyances et ses modes de vie. Le Canigou a été de tout temps une terre nourricière pour la région. Le Massif a été peuplé jusqu’à l’entre deux guerres. Mais l’occupation date d’il y a bien particulièrement longtemps. Au Néolithique déjà, les Hommes ont laissé leurs traces, dans les grottes, au travers de constructions (dolmens, mégalithes)et sur des roches gravées. C’est donc tout naturellement que les Hommes sont venus s’installer sur le Massif et y exploiter dès l’Antiquité le minerais de fer. La période du Moyen Age marque une exploitation plus massive de la Montagne, avec l’installation sur le site de plus en plus d’habitants. Les successions d’invasions au Haut Moyen Age engendrèrent un replis des populations dans les montagnes, proche des monastères. L’apogée des édifices religieux au XIe siècle et de l’installation des abbayes entraînent une mise en valeur importante des terres à but agricole depuis les piémonts jusqu’aux crêtes. Du Moyen Age au XIXe siècle la montagne est très anthropisée, avec par exemple la présence de nombreux moulins, l’exploitation pastorale, forestière et minière et le développement des villages et habitations.

C’est ainsi que le Canigou revêtit son visage actuel, reflet des différentes occupations et exploitations au fil des siècles :

-            Pastoralisme L’élevage a été très tôt l’une des activités principales pratiquées sur le massif du Canigou. Dès le Chalcolithique (3e siècle avant J.-C.) des circuits de transhumance se dessinent, favorisés ensuite par l’ouverture de chemins pour l’exploitation du fer dans la montagne. Au Moyen Age de nombreux droits d’usage vont favoriser le développement de l’activité pastorale sur le Canigou. L’élevage et le pâturage sont favorisés par rapport aux réserves sylvicoles. Ces mesures ont des conséquences désastreuses sur les milieux montagnards fragiles et vont accentuer l’érosion de la montagne. Ces droits d’usages vont se perpétuer durant des siècles, et certains d’entre eux sont encore d’actualité de nos jours. Le pastoralisme connaîtra son apogée sur le massif à la fin du XVIIe siècle, début XVIIIe, pour connaître ensuite un déclin durant la seconde moitié du XIXe qui connaît de nombreuses restructurations industrielles et économiques.

-            Exploitation des minerais Dès le 1e siècle avant. J.-C. le fer est exploité sur le Canigou mais Il faut attendre le Moyen Age pour voir apparaître les premières forges. L’exploitation du Minerais, va tout comme le pastoralisme contribuer à la surexploitation de la forêt ici utilisée comme combustible ou défrichée pour les cultures. L’apogée de l’industrie du fer se situe aux XVe et XVIe siècle. Mais au XVIIIe siècle, une politique de reboisement est mise en place et prive les forges catalanes de combustible, les petites forges disparaissent au profit de plus grosses industries. L’exploitation minière survivra ainsi jusqu’au XXe siècle qui connu la fermeture de la dernière entreprise à Batère, en 1981. Il en reste aujourd’hui un important patrimoine industriel marquant le paysage.

-            La gestion de la forêt L’exploitation forestière a été importante jusqu’à la disparition quasi totale des forêts du massif. Le développement massif des forges nécessitant en permanence des ressources en combustible, les défrichements importants pour la culture et l’élevage sont venues à bout du couvert forestier. Droits de propriété et d’usages des bois ne sont pas facilement abandonnés. Il faut attendre 1940 et 1942, années marquées par d’importantes crues qui ruinèrent la vallée pour que soient pris au sérieux les problèmes de déforestation et de dégradation des sols par les riverains. Les pluies exceptionnelles et dévastatrices qui s’abattent sur le Canigou sont appelées les aiguats. L’Aiguat de 1940 engendra un déversement de plusieurs dizaines de millions de tonnes d'alluvions sur le Roussillon, encore peu urbanisé. Il causa la mort de nombreux réfugiés espagnols, qui s'étaient construit des abris de fortune le long du Tech lorsque la déferlante d'eau arriva. Un couvert forestier dense a du être reconstitué en Vallespir et en Conflent. En 1943 a été mis en place un service de Restauration des Terrains en Montagne pour lutter contre l’érosion de la montagne, pour cela des travaux sont rapidement mis en place (enherbements, reboisement, renforcements, création de barrages de protection pour les berges, etc.), le service RTM est toujours d’actualité (surveillance, travaux, etc).

-            Edifices militaires : appropriation d’une limite territoriale

Le Canigou, en situation frontalière depuis toujours est une zone de conflits et de tensions perpétuelle dans l’histoire. Cette situation lui conféra un rôle défensif, c’est pourquoi furent érigés deux types d’édifices militaires sur le massif : les tours de gué et les villes fortifiées. Aujourd’hui dans le paysage subsistent plus d’une dizaine de tours sur l’ensemble du site du Canigou, tours dont l’organisation s’est développée à partir du XIe siècle. Treize villages fortifiés ou présentant des châteaux sont aussi comptabilisés ainsi que deux villes fortifiées Villefranche de Conflent (XIe siècle) et Prats de Mollo (Xve siècle), toutes deux restructurées par Vauban.

-            Edifices religieux : l’empreinte du sacré sur le Canigou Dès la préhistoire, le Massif du Canigou est utilisé comme espace sacré (dolmens, mégalithes, sépultures, etc.). Le Haut Moyen Age confirme cette tendance avec la construction de nombreux édifices religieux tout autour de la montagne, dans les vallées et sur les crêtes. Petites églises rurales ou grands monastères, la montagne se christianise. Naît alors un Art Roman Catalan aux influences hispaniques et lombardes que l’on retrouve notamment à St Michel de Cuxa et Saint Martin du Canigou, deux sites classés. Cette architecture romane catalane influencera les autres constructions religieuses du Massif.

-            Les villages Le contraste entre le Conflent, le Vallespir et les Aspres, se fait non seulement par ses paysages mais aussi par l’occupation que l’Homme en a fait au fil du Temps. Alors que le Vallespir et les Aspres connaissent une occupation assez dispersées (hameaux, mas, montagne totalement occupée par l’Homme), le Conflent était occupé par une série de villages plus denses en pied de pente et fond de vallées montagneuses. Les vallées encaissées et les reliefs marqués ont entraîné le dessin de routes sinueuses et l’installation de villages et hameaux isolés, situation qui contribue à la naissance d’une identité propre aux habitants du massif vis à vis de la plaine des Pyrénées Orientales. Ces villages et hameaux, surtout ceux d’altitude ce sont petit à petit désertés à partir du début du XXe siècle avec le déclin de l’activité minière et les crises successives que connurent le tissu rural et ses activités en ce début de siècle.

-            Le développement du tourisme : A la fin du XIXe siècle, le Canigou va radicalement changer de visage avec son ouverture massive au tourisme. C’est Le président du Club Alpin Français de Paris, Charles Durier, conquis par le site qui confie alors " tout l'avantage qu'il y aurait à ouvrir un passage qui faciliterait l'accès au pic". S'engagea ainsi une phase de destruction du milieu naturel sauvage pour satisfaire les besoins de loisir des bourgeois citadins. Le 18 août 1886 trois charges de dynamites sont nécessaires pour créer la brèche Durier. C'est l'époque du tourisme bourgeois, né au début du siècle du thermalisme à Vernet , Prats-de-Mollo. Le chalet des Cortalets est achevé en 1899 et marque le début de la domestication du massif. Suite à ces dégradations causées au Massif durant des années, la politique est aujourd’hui de réduire les impacts du tourisme sur le Canigou au travers de l’Opération Grand Site.

 Massif du Canigou-2

Le Syndicat Mixte a pour missions essentielles la protection du milieu naturel montagnard et la mise en valeur des patrimoines culturels et bâtis du site classé, étendu sur 8000 hectares. A cet égard, le Syndicat Mixte a fait reculer la voiture en site classé et mis en place - avec le Conseil général des Pyrénées Orientales - un vaste plan de randonnées pédestres et équestres à travers 750 km de sentiers dans le cadre des Tours & Rondes du Canigó. Le Syndicat Mixte est opérateur du programme Natura 2000. Au cœur de son objet statutaire, le Syndicat Mixte œuvre à la réalisation de la démarche grand site et se porte garant du label Grand Site de France, attribué par le Ministère de l'Ecologie le 13 juillet 2012. Dans cet élan, la concrétisation d’une politique de préservation du milieu naturel montagnard et d’une politique d’amélioration de l’accueil de différents publics permet une valorisation harmonieuse et durable du massif. Pour le visiteur local comme pour le touriste, le Canigó constitue un authentique pôle vert d’altitude admirablement situé entre le Parc Régional des Pyrénées catalanes et la côte Méditerranéenne.

Il permettra à l’avenir de renforcer sa protection, une extension prochaine de la zone classée vers les parties les plus sauvages du Grand Site devant le porter à plus de 23 000 hectares. Il deviendra ainsi le troisième plus Grand Site classé de France, après le Mont-Blanc et la Vallée de la Clarée.

Gardiens de refuge, hôteliers, gestionnaires des réserves, forestiers, éleveurs, commerçants : tous les acteurs locaux se mobilisent pour ce projet fédérateur qui vise un tourisme en phase avec l’esprit du lieu, actif tout au long de l’année et moteur d’une vitalité locale renouvelée.

39 communes sont impliquées dans le projet Grand Site de France du Canigó, aux côtés du Conseil général des Pyrénées orientales et de l’Office National des Forêts, avec le soutien de la Région Languedoc-Roussillon, de l’État et des fonds européens.

Tous ensemble, ces acteurs participent à la volonté de sensibiliser le public à la préservation de nos richesses naturelles et de lui permettre de se les approprier de manière responsable.

10 autres sites ont reçu le label Grand Site de France depuis 2004 : l’Aven d’Orgnac, la Sainte-Victoire, la Pointe du Raz, le Pont du Gard, Bibracte Mont-Beuvray, le Puy de Dôme, le Marais Poitevin, Saint-Guilhem-le-Désert les Gorges de l’Hérault, les Deux Caps Blanc-Nez Gris-Nez et la Baie de Somme.

Massif du Canigou-1

Par Lucvieri - Publié dans : Sites Classés - Communauté : Humanité et environnement
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