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CELLULE DE CRISE : DE PARIS À FUKUSHIMA, LES SECRETS D’UNE CATASTROPHE

CELLULE DE CRISE : DE PARIS À FUKUSHIMA, LES SECRETS D’UNE CATASTROPHE – DIMANCHE 12 FEVRIER 2017 à 22H45 SUR FRANCE 2

CELLULE DE CRISE : DE PARIS À FUKUSHIMA, LES SECRETS D’UNE CATASTROPHE – DIMANCHE 12 FEVRIER 2017 à 22H45 SUR FRANCE 2

11 mars 2011, c’est l’accident nucléaire à Fukushima, le plus important après Tchernobyl. Dans un Japon doublement ravagé par un séisme et un tsunami, les opérateurs de la centrale de Fukushima perdent le contrôle de 4 réacteurs. La peur d’une contamination radioactive met la planète en alerte… Depuis le cœur de la centrale jusqu’aux couloirs de Matignon, Cellule de crise raconte l’histoire secrète de la catastrophe de Fukushima grâce aux récits et aux révélations de ceux qui en ont été directement les témoins.

Cellule de crise, au cœur de la machine d’État

Comment se prennent les décisions quand la pression monte brusquement, quand les enjeux deviennent vitaux ? Qui sont les hommes et les femmes de l’ombre ? Quels sont les enjeux de pouvoir, les stratégies de communication ?
Cellule de crise invite le téléspectateur à revivre, comme s’il y était, les événements les plus marquants de notre histoire récente. En pénétrant les rouages de la machine d’État, en doublant le récit chronologique d’une enquête rigoureuse, le magazine décrypte l’exercice du pouvoir et la gestion de crise.

Fukushima sombres réalités…

Même trois ans après ce triste jour du 11 mars 2011, la situation à Fukushima paraissait très compliquée. Même si les autorités du Japon ont tenté de mettre tout en œuvre pour traiter les suites de l’accident, il n’en demeure pas moins qu’il reste encore beaucoup de zones sombres notamment sur les problématiques sanitaires et environnementales.

Une situation paradoxale contrastant avec d’un côté un discours lissé et une réalité beaucoup plus frappante. Même si pour l’IRSN, Institut de radioprotection et de Sûreté Nucléaire, le point de situation révèle d’importants dispositifs employés par l’opérateur TEPCO, il relève néanmoins que ces opérations se déroulent dans un contexte difficile lié notamment à une connaissance encore limitée de l’état des installations et à une accessibilité réduite dans les bâtiments accidentés. Trois an après… !!!

Il est donc raisonnable de penser que la situation semble loin d’être maîtrisée. En effet, car même si l’échéancier de TEPCO prévoit une reprise du combustible dans les piscines des réacteurs 1, 2, 3 et 4 d’ici à la fin 2014 jusqu’à 2017, les réacteurs, trois ans après doivent toujours être refroidis ; près de 400 000 tonnes d’eau remplissent des cuves construites pour l’occasion, dont un grand nombre fuient. Les phénomènes naturels qui ont provoqué le 11 mars 2011 l’accident à la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, ont entraîné une inondation du site, ce qui a généré une accumulation d’eau dans les sous-sols des bâtiments de la centrale. En outre, depuis l’accident, l’eau qui assure le refroidissement des cœurs dégradés des réacteurs s’écoule dans les sous-sols des bâtiments d’où elle est pompée pour assurer à nouveau, après traitement, le refroidissement de ces réacteurs. Par ailleurs, l’eau de la nappe phréatique pénètre dans les sous-sols contribuant à l’augmentation du volume d’eau présent. Des incertitudes plus prégnante encore avec la localisation du corium, risques liés aux assemblages combustibles de la piscine du réacteur N°4 sur certains desquels TEPCO a détecté des fissures, découverte de nouvelles fuites (par exemple dans la chambre de surpression du réacteur N°2, ou au rez-de-chaussée du réacteur N°3).

Même si sur le site la situation critique concernant ces eaux contenues dans les sols sous-sols des bâtiments et les volumes ajoutés quotidiennement pour refroidir les réacteurs est apparue comme l’enjeu prioritaire, le traitement et leur entreposage paraissent inefficace puisque ces fuites hautement radioactives relevées sur site ont déjà atteint la nappe phréatique et l’océan, contaminant gravement le milieu marin.

La CRIIRAD restant très attentive à ce qui se passe révèle que des fuites permanentes dans les eaux souterraines (plusieurs millions de becquerels par litre mesurés dans certains puits) et dans l’océan, difficultés pour la mise en place de la station de traitement des eaux (ALPS) qui n’est toujours pas au point alors que l’entreposage des eaux contaminées dépasse les 400 000 m3, etc…

Une situation plus qu’alarmante car la contamination du milieu marin est présente. Le lessivage des sols contaminés sur plusieurs centaines de kilomètres le long des côtes japonaises et les fuites qui se poursuivent en mer à partir de la centrale accidentée constituent des apports permanents de substances radioactives dans le milieu marin. Sans compter les mécanismes d’accumulation des rejets de 2011 dans les sédiments, la flore et la faune marine.

Certains poissons restent fortement contaminés. Parmi les contrôles effectués par les laboratoires indépendants de CRMS, on notera des saumons à 2 456 Bq/kg en césium radioactif (avril 2013 à Iitate, préfecture de Fukushima).

TEPCO a installé des filets dans le port devant la centrale pour que les poissons les plus contaminés ne puissent aller au large. Les mesures de TEPCO montrent une très forte contamination de certaines espèces. Pour la campagne de décembre 2013, 21 échantillons sur 67 dépassent 10 000 Bq/kg en césium 134 et 137; 5 dépassent 100 000 Bq/kg avec un maximum de 244 000 Bq/kg.

Outre l’aspect environnemental, le volet sanitaire est lui aussi fortement préoccupant, en effet, Cecile Asanuma-Brice, chercheuse au centre de recherche de la Maison Franco-Japonaise de Tôkyô a indiqué, à la CRIIRAD, que le nombre de réfugiés est de 150 000 à 160 000 (dont 100 000 à l’intérieur du département de Fukushima). Même si il faut considérer ces chiffres avec prudence « car le système d’enregistrement des réfugiés nécessite que les personnes aillent s’e registrer à la préfecture de Fukushima avant de partir, ce que peu d’entre elles ont fait, cela engendrant la perte de droits divers ». La CRIIRAD avait fait état en décembre 2012 des attentes de la population concernant la mise en œuvre de la loi de juin 2012 appelée « Child Victim’s Law ». Elle introduisait le concept de “Target support areas”, territoires où les habitants pourraient recevoir une aide en fonction de leur choix entre 3 possibilités : évacuer, rester ou revenir. Mais de nombreux aspects restaient à clarifier. Un des plus importants était de préciser à partir de quel niveau de dose un territoire pourrait être classé “Target support area”.

Selon les informations transmises par Wataru Iwata (CRMS) le Ministère de la Construction japonais a annoncé que seulement 33 communes du département de Fukushima seraient concernées en dépit des requêtes de ceux qui ont conçu cette loi et qui demandaient qu’elle couvre tous les territoires où la dose additionnelle excèdait 1 milliSievert par an, ce qui serait le cas de nombreuses autres communes y compris dans d’autres départements. Une situation préoccupante, d’autant plus que, parmi les personnes concernées, nombreuses sont celles qui ont déjà subi une forte irradiation et contamination interne, en particulier au cours des premières semaines après la catastrophe. Les laisser vivre en territoire contaminé augmente encore chaque jour la probabilité qu’elles souffrent un jour de graves conséquences sanitaires. Autre conséquence, le gouvernement japonais inciterait davatange les citoyens à revenir vivre en territoire contaminé. Cécile Asanuma Brice témoigne: « Une incitation au retour est mise en place via une politique de communication impressionnante, notamment sur l’expression d’une nécessité du retour au pays natal, l’éloignement de celui-ci étant déterminé comme cause des dépressions conduisant au suicide des personnes dans les logements provisoires (ce qui est en grande partie faux, la cause de leur suicide provenant essentiellement du fait qu’ils sont enfermés dans ces logements depuis trois ans sans espoir de pouvoir aller vivre ailleurs car rien ne leur est proposé, sinon le retour dans des zones invivables (une grande partie de l’ancienne zone d’évacuation ayant été réouverte en mai 2013) ».

Par ailleurs, de nombreuses questions demeures sans réponses quant aux salariés engagés dans les travaux d’urgence à Fukushima Daiichi sur la période mars 2011 à novembre 2013. Même si TEPCO a procédé au suivi dosimétrique sur 30 904 travailleurs, dont 26 839 sous-traitants, les données, qui montrent que 6 travailleurs de TEPCO ont reçu plus de 250 milliSieverts (la valeur maximale annoncée est de 678,8 milliSieverts) restent à prendre avec beaucoup de précaution puisqu’ils émanent de l’entreprise elle-même. Entreprise qui brille par les dissimulations et autres approximations. Il est avéré par exemple que TEPCO a sous-estimé les débits de dose mesurés à proximité des réservoirs d’effluents contaminés du fait de la non prise en compte des rayonnements X. De nombreuses questions se posent également sur l’évaluation de l’exposition interne (par exemple par inhalation des gaz rares radioactifs et du tritium).

On peut être inquiets pour l’avenir de ces travailleurs d’autant que certaines entreprises en charge de la décontamination de la zone interdite n’hésitent pas à faire appel à des SDF et à des déficients mentaux.

Enfin, ce qui reste le plus dérangeant dans le fil de cette catastrophe et qui jalonne l’histoire du nucléaire Theree Miles Island, Tchernobyl) c’est l’opacité notamment sur l’évaluation des conséquences sanitaires. Il se passe à Fukushima ce qui s’est passé pour Tchernobyl, la prise en main des données sanitaires par le lobby nucléaire à travers l’AIEA (Agence Internationale de l’Energie Atomique) qui a signé en fin d’année 2013 un protocole d’accord avec l’Université Médicale de Fukushima. Ce protocole précise en son article 8 que les 2 signataires vont garantir « The confidentiality of information classified by the other Party as restricted or confidential ». Si l’AIEA décide que des données ne doivent pas être publiées, elles ne le seront pas.

Le pire reste-t-il à venir, il est regrettable que l’on ne dispose toujours pas sur place d’un réseau de balises indépendant et fiable facilement consultable par le public, lorsque l’on s’inquiète par exemple des dégagements de vapeur constatés au dessus du réacteur N°3 en fin d’année 2013.

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