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La Cour d’honneur Louis XIV de l’Hôtel Carnavalet retrouve son éclat…

La Cour d’honneur Louis XIV de l’Hôtel Carnavalet retrouve son éclat…

Depuis le deuxième semestre 2015, la cour Louis XIV s’offre à nouveau au regard des visiteurs du musée Carnavalet – Histoire de Paris. Les sculptures de Jean Goujon ornant les façades de la cour révèlent l’éclat et la finesse de leurs traits que les années avaient ternis.

Situé dans le 3ème arrondissement de Paris, le musée Carnavalet, dédié à l’histoire de Paris, est l’un des musées les plus fréquentés de France. Dans un cadre architectural unique, le visiteur, à travers une centaine de salles, peut y suivre l’évolution des intérieurs parisiens, se plonger dans l’histoire des révolutions et s’immiscer dans l’intimité de Parisiens illustres tels que la marquise de Sévigné.

Afin de préserver et de valoriser ce lieu d’exception, la Mairie de Paris a décidé de lancer des travaux de grande envergure. La première phase s’est portée sur la rénovation de la cour d’honneur Louis XIV, classée monument historique, point d’entrée du musée, qui a nécessité une véritable restauration : travaux de maçonnerie, de pierre de taille, de couverture, de menuiserie et de réfection des peintures. Les quatre figures en bas-relief de Jean Goujon représentant les saisons, qui ornent la façade sur cour, œuvre d’art majeure, et les statues des éléments des façades latérales ont été aussi restaurer.

L’aboutissement d’un an et demi de travail, les restaurations effectuées ont porté sur les points suivants :

– Les sculptures et le ravalement des murs de façades réalisées par micro-gommage. Les fers apparents et les fissurations des pierres ont été traités ; le remplacement des éléments en pierre de taille altérés par des éléments de même nature ;

– La réparation ou le remplacement des éléments endommagés de couverture et de canalisation des eaux pluviales ;

– La réfection de la peinture de la face externe des menuiseries extérieures après décapage des anciennes peintures ;

– La remise en état des éléments métalliques de type garde-corps ;

– La restauration des vitraux ;

– La création d’une barrière étanche au droit du soubassement des murs par injection d’une résine ;

– La remise à niveau du pavement de la cour.

Les travaux de restauration de la cour Louis XIV s’inscrivent dans le cadre d’une opération plus globale de rénovation complète du musée pour laquelle un programme est en cours de désignation. Les travaux consisteront à rendre le site entièrement accessible aux personnes à mobilité réduite, à proposer de nouveaux services au public (cafétéria, boutique), à restaurer l’ensemble des façades et toitures, à remettre aux normes les installations techniques et à repenser le parcours des visiteurs avec une muséographique plus attractive et lisible pour tous les publics.

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HISTORIQUE DU MUSÉE

L’hôtel Carnavalet est l’un des rares témoins de l’architecture Renaissance à Paris avec la cour carrée du Louvre. Il s’agit d’un des plus anciens hôtels du Marais, construit de 1548 à 1560 pour Jacques des Ligneris, président au parlement de Paris. C’est en 1578 que l’hôtel prit son appellation actuelle, par déformation du nom de sa propriétaire suivante, d’origine bretonne, madame de Kernevenoy.
L’hôtel primitif était différent de celui que l’on voit aujourd’hui : il comprenait un rez-de-chaussée seul sur trois côtés et un grand corps de logis avec étage en fond de cour. Les sculptures qui ornent ses façades sont attribuées à Jean Goujon, auteur des décors du Louvre de François Ier et de la fontaine des Innocents. L’entrée, avec ses bossages puissants et ses allégories en fort relief (lions, trophées à l’antique avec armes et cuirasses), fait forte impression. Dans la cour, les figures des quatre saisons, représentées par des personnages sur la façade principale, sous les traits de Flore, Cérès et Bacchus et d’un vieillard emmitouflé, allégorie de l’hiver ; tandis que l’arc du portail sur cour présente un décor allégorique : l’Autorité à la clef, deux Renommées aux écoinçons. Entre les fenêtres du premier étage, sont surmontées des signes du zodiaque correspondants (le bélier pour le printemps, le cancer pour l’été, la balance pour l’automne et le capricorne pour l’hiver). Des masques grimaçants et portant des cornes, appelés mascarons, ornent les arcades du rez-de-chaussée. C’est justement par les arcades des anciennes écuries, à droite, que l’on entre aujourd’hui dans les salles du musée.

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7 – Détails des saisons de la façade Ouest de la cour d’honneur : Bélier, Cancer, Balance et Capricorne. © Jean-Baptiste Woloch / musée Carnavalet

Les travaux de Mansart et les reliefs du XVIIIe siècle

A partir de 1655, l’hôtel fut complété par le célèbre architecte François Mansart qui suréleva l’entrée sur rue à la demande du nouveau propriétaire, Claude Boislève pour atteindre la hauteur du corps de logis en fond de cour et ajouta un étage au-dessus du portail sur rue. Un siècle après la construction de l’hôtel, il sut marier l’art de la Renaissance avec celui de l’âge classique.

Des sculptures de Gérard van Obstal, représentant des figures de vertus et des quatre éléments, vinrent orner les étages ajoutés sur les côtés et en façade, le tout s’harmonisant avec les quatre saisons du fond de la cour, des allégories des quatre éléments au premier étage de l’aile gauche, et les quatre déesses Junon, Hébé, Diane et Flore surmontées des symboles des quatre vents, au premier étage de l’aile droite. C’est cet état qu’a connu Madame de Sévigné, locataire des lieux de 1677 à 1696.

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9 – Détails de la façade Nord de la cour d’honneur: Junon, Hébé, Diane et Flore. © Jean-Baptiste Woloch / musée Carnavalet

L’ancien portail de Lescot ne fut pas détruit, mais intégré dans une composition plus vaste. « Il semble, admire Félibien, que l’ancienne sculpture soit comme un précieux joyau qu’il ait richement enchâssé dans ce qu’il a fait de neuf ». Dans Les Hommes illustres, paru en France pendant ce siècle, Charles Perrault note que Mansart « n’eut point cette maligne envie de plusieurs architectes qui ne manquent point de faire abattre les morceaux d’architecte dont la comparaison avec les leurs pourraient leur être désavantageuse ». L’hôtel Carnavalet avait désormais l’aspect qu’il a conservé, pour l’essentiel, jusqu’à nos jours.

C’est en 1866, à l’instigation du baron Haussmann, que l’hôtel Carnavalet est acheté par la municipalité parisienne pour abriter les collections de son nouveau musée d’histoire qui ouvre ses portes au public en 1880.

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8 – Détails de la façade Sud de la cour d’honneur. © Jean-Baptiste Woloch / musée Carnavalet

La transformation en musée

Resté demeure privée jusqu’à la fin de l’Ancien Régime, l’hôtel fut occupé, durant la première moitié du XIXe siècle par diverses institutions d’enseignement, comme l’école des Ponts et Chaussées (1814-1829) ou l’institut Verdot. En 1866, il fut racheté par la Ville de Paris afin d’être transformé en musée consacré à l’histoire de la capitale. C’est Victor Parmentier, jeune architecte dont c’est la seule réalisation connue, qui fut chargé par le baron Haussmann des travaux de restauration et d’aménagement. Il rendit au corps de logis son aspect d’origine en restituant les hautes toitures pentues, les meneaux des fenêtres, les grandes cheminées, mais conserva les modifications apportées aux ailes latérales par Mansart, tout en remplaçant leurs toitures à doubles pentes par des terrasses.
En raison des incendies de la Commune (1871), qui avaient détruit les collections destinées au musée, celui-ci ne put ouvrir ses portes qu’en 1880. Entre temps (dès 1872), une partie des locaux avaient été investis par la bibliothèque historique, nouvelle institution destinée à remplacer la bibliothèque de l’Hôtel de Ville disparue dans les flammes.

Les agrandissements de l’hôtel Carnavalet

La présence de cette bibliothèque, non prévue à l’origine, imposa de construire des ailes autour du jardin pour y installer les collections du musée. On y intégra des éléments de divers édifices voués à la démolition : l’arc dit de Nazareth (1552), enjambant autrefois la rue du même nom dans le quartier englobé par les agrandissements du Palais de justice ; la façade du Bureau des Marchands Drapiers (1660) provenant de la rue des Déchargeurs ; l’avant corps central de l’hôtel de Choiseul (1710), qui se trouvait rue Saint-Augustin. On remonta aussi, à l’intérieur des nouveaux bâtiments, les décors, dus à Charles Le Brun (1619-1690), provenant de l’hôtel de l’abbé La Rivière, au 12, de l’actuelle place des Vosqes.
Le déménagement de la bibliothèque vers l’hôtel Le Peletier, à partir de 1896, permit aux collections de s’étendre quelque peu, mais d’une manière insuffisante et, dès 1907, on entreprit des travaux qui allaient doubler la surface du musée et qui ne furent achevés, en raison de la Grande Guerre, qu’en 1920. C’est alors que furent construits les bâtiments autour de la cour Henri IV – qui tire son nom de l’effigie équestre du roi, due à Henri Lemaire (1798-1880), provenant de l’ancien Hôtel de Ville, où elle avait été placée, au dessus de la porte principale, en 1834 –, et autour de la cour dite de la Victoire – où a été installée en 1950 la Victoire de Louis Boizot (1743-1809), provenant de la fontaine du Palmier (1807), place du Châtelet, où elle est remplacée par une copie. C’est également en 1950 que furent redessinés les parterres des jardins, dans un esprit classique en accord avec le cadre monumental qui les entoure.

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La cour d’honneur de l’hôtel Carnavalet

La cour d’honneur de l’hôtel Carnavalet a été baptisée cour Louis XIV en raison de la célèbre statue de Coysevox placée au centre en 1890. C’est actuellement le point de sortie du musée, passage obligé pour les visiteurs.

Remontée en 1890, la statue en bronze de Louis XIV trône au milieu de la cour de l’hôtel Carnavalet. Cette statue en pied est l’une des rares effigies monumentales du Roi-Soleil qui aient échappé aux destructions révolutionnaires. Elle provient de l’Hôtel de Ville de Paris, où elle ornait, entourée d’une riche décoration, l’arcade du fond de la cour.

On avait placé là en 1654 une première statue, en marbre, de Gilles Guérin, représentant Louis XIV victorieux de la Fronde. Invité à un festin offert le 30 janvier 1687 par la municipalité de Paris, le roi déclara que cette image « n’était plus de saison ».

Le bureau de la Ville fit alors retirer la statue de Guérin, qui est aujourd’hui dans le domaine de Chantilly, et dont le musée Carnavalet possède une réduction en bronze. Il commanda aussitôt à Coysevox une nouvelle statue, d’esprit plus pacifique, qui fut inaugurée le 14 juillet 1689. Selon le compromis adopté par les artistes du temps, le roi porte la cuirasse et les jambières de l’imperator romain. La statue est accompagnée de deux bas-reliefs allégoriques en bronze, également de Coysevox, qui ornent les faces de son piédestal : l’Ange de la France expulsant l’Hérésie, à droite ; Distribution d’aliments aux pauvres, à gauche.

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