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ENGIE, leader de la transition charbonneuse

ENGIE, leader de la transition charbonneuse

ENGIE, leader de la transition charbonneuse

ENGIE, c’est 19 centrales charbon en activité, plus 5 fermées et 6 vendues… ENGIE prétend être un des leaders mondiaux de la transition énergétique. En octobre 2015, à la veille de la COP21, l’énergéticien annonçait ainsi qu’il n’ouvrirait plus de nouvelles centrales à charbon et entre- prendrait de réduire la part de charbon dans sa production d’énergie. Nous avions salué cette avancée historique alors qu’ENGIE détenait toujours 30 centrales au charbon dans le monde19.

Depuis, plusieurs centrales au charbon de l’entreprise ont fermé sous pression populaire, comme Hazelwood (Australie), Rugeley (Royaume-Uni) ou Vado Ligure (Italie).

Alors qu’ENGIE devrait organiser la fermeture de ses centrales au charbon pour réduire les émissions de CO2, l’entreprise cherche à se défausser de ses responsabilités, en revendant une partie de son parc.

Cinq centrales ont déjà été vendues : en Inde (Meenakshi), en Indonésie (Paiton), au Panama (Termoeléctricos Bahía Las Minas), ainsi que des parts de centrales au charbon aux États-Unis (Nepco, Tuscola Cogen, Colorado Energy ). ENGIE prévoit déjà la cession d’au moins trois autres centrales : en Australie (Loy Yang-B), aux États-Unis (Coleto Creek) et en Pologne (Polaniec). En ce qui concerne la centrale polonaise Polaniec, le principal acheteur intéressé n’est autre que… le tchèque EPH !

Les acheteurs des centrales à charbon d’ENGIE sont aussi à chercher dans les pays en développement : ENGIE a vendu sa centrale indienne pour une somme confidentielle à une entreprise locale, India Power Corporation, qui détient déjà 462MW d’actifs « charbon » ; en Indonésie, c’est à une famille locale qu’ENGIE a vendu la centrale de Paiton. Si à court terme les pays émergents et les pays en développement risquent de rester dépendants du charbon, il est essentiel que les pays développés, responsables historiques du changement climatique, prennent leurs responsabilités : d’une part, en se retirant le plus tôt possible du charbon et d’autre part en aidant financièrement les pays en développement à avoir accès à une énergie durable et propre. Les pays les plus pauvres, notamment en Afrique, ont la possibilité de sauter la case « énergies fossiles » s’ils bénéficient du soutien financier et technique nécessaire de la part des pays développés.

Pour le Président d’ENGIE, Gérard Mestrallet, « ces transactions illustrent parfaitement la mise en œuvre de notre plan de transformation pour réduire l’empreinte carbone d’ENGIE (…) et pour se concentrer sur deux de nos priorités : développer un mix énergétique faible en émission de CO2 et créer des solutions innovantes et intégrées pour nos clients. (…) Les cessions aux Etats-Unis, en Inde et en Indonésie nous permettent de réaliser un tiers de notre plan à 3 ans de rotation d’actifs (15 milliards d’euros) et de réduire de 20 % notre capacité installée de production d’électricité à partir de charbon ». Mais une telle politique ne change strictement rien pour le climat. Elle consiste ni plus ni moins à se déresponsabiliser des conséquences climatiques de ses investissements.

Rugeley au Royaume Uni :

ENGIE a annoncé la fermeture de la centrale de Rugeley, anticipant l’application définitive de la décision du gouvernement britannique de fermer toutes les centrales au charbon du pays d’ici à 2025. En ce sens, ENGIE est allé plus loin et plus vite qu’EDF, qui n’a toujours pas fermé ses deux centrales aux Royaume-Uni.

Les centrales nord-américaines :

Présent sur le territoire nord-américain avec 4 centrales à charbon, ENGIE a vendu trois d’entre elles (Colorado Energy, Nepco et Tuscola Cogen), et cherche à vendre la dernière, Coleto Creek, à l’entreprise nord-américaine Dynegy. Selon la presse, une fois l’acquisition faite, Dynegy pourrait se charger de fermer la centrale.

Après Hazelwood, stop à la revente des centrales au charbon par ENGIE !
L’une des centrales les plus polluantes au monde, celle d’Hazelwood en Australie, est en n sur le point de fermer. ENGIE, qui en le propriétaire à 72 %, a annoncé sa décision le 3 novembre 2016, décision qui devrait prendre e et dès avril 2017.

Il s’agit d’un nouveau tournant pour l’entreprise. Des mois de mobilisation populaire en France et en Australie ont permis de mettre sur le devant de la scène le scandale qu’aurait représenté la prolongation de la durée de vie d’une centrale responsable de près de 2 % des émissions australiennes.

À présent, les citoyens restent vigilants sur les conditions de fermeture de la centrale, exigeant notamment qu’ENGIE prenne ses responsabilités par rapport aux salariés du secteur, à la réhabilitation du site et à la transition écologique locale.
L’exemple d’Hazelwood révèle qu’il est possible, pour l’énergéticien français, de fermer ses centrales à charbon, et non pas de les vendre. Et c’est bien la fermeture de ses centrales qu’ENGIE doit décider, si elle veut véritablement être un champion de la transition énergétique au niveau mondial.

Mongolie, la nouvelle centrale à charbon cachée d’ENGIE

Comme bien souvent dans les discours et les engagements officiels, le diable se cache dans les détails. C’est le cas dans la nuance apportée par Gérard Mestrallet, alors encore PDG d’ENGIE lors de son annonce de ne plus investir dans de nouveaux projets de centrales au charbon : les projets de centrales pour lesquels des engagements fermes avaient été pris par ENGIE seront eux honorés.

C’est ainsi qu’ENGIE, aveugle face à l’urgence climatique et au déclin du marché du charbon, souhaite faire passer entre les mailles du let la construction d’une nouvelle centrale à charbon aux abords de la capitale mongole Oulan-Bator.

Une nouvelle centrale d’ENGIE à Oulan-Bator ?

La centrale CHP-5 est un projet de centrale au charbon (lignite) située aux abords d’Oulan-Bator, d’une capacité électrique de 463,5 MW associée à un système de chauffage de 587 MW. Son coût total est estimé à 1,2 millions de dollars. Sa construction nécessite le développement de nouvelles infrastructures comme un chemin de fer, un barrage, une ligne de transmission, un pipeline pour la distribution de chaleur.

Le consortium retenu pour la construction de cette centrale est composé du coréen Posco Energy, en joint-venture avec le japonais Sojitz, le Mongol Newcom Group et le français ENGIE.

Cette centrale cumule les hérésies climatiques :

  • un approvisionnement en lignite – la forme la plus polluante et la moins efficace de charbon – produit par des mines en Mongolie. 10 187 tonnes de ce charbon seraient consommées par jour par la centrale.
  • Une technologie dite « sous-critique ». Pour produire la même quantité d’électricité, ces centrales sous-critiques consomment une quantité de char- bon et d’eau supérieure aux centrales disposant de technologies plus efficaces. Et elles émettent plus de dioxyde de carbone.

Ce cas révèle à la fois l’incohérence de l’énergéticien, qui se fait le chantre de la lutte contre le changement climatique, et celle du gouvernement français, qui n’a pas hésité à lui apporter un soutien financier via la Banque asiatique de développement.

Mongolie : le nouveau terrain de jeu d’ENGIE

Alors que les capacités de production d’électricité à partir des énergies renouvelables viennent de dépasser les capa- cités de charbon au niveau planétaire, d’après l’AIE (2016), la Mongolie est encore loin de cette tendance mondiale. Près de 85 % des capacités de production électrique dans le pays reposent sur le charbon, contre seulement 5 % d’éolien et 0,62 % d’énergies renouvelables de petite taille. L’activité minière dans le secteur du charbon occupe une place importante de l’économie, puisqu’elle représente 80 % des exportations du pays. 70 % du charbon extrait de Mongolie est ainsi exporté.

Le pays dispose d’une politique assez faible en matière de diversification des sources d’énergie, pour pouvoir réduire la part des énergies fossiles. Parmi les priorités identifiées par le parlement mongol en 2015 : la sécurité énergétique, l’efficacité énergétique ainsi que le développement d’un secteur de l’énergie « respectueux de l’environnement ». Pourtant, à l’horizon 2023, l’objectif d’énergies renouvelables du pays se cantonne à 20 % du mix énergétique global, avec une prédominance de l’hydroélectricité. En parallèle, le pays poursuit le déploiement du charbon avec notamment la construction de deux centrales à charbon, CHP-5 et Tavan Tolgoi, le développement des mines de lignite et d’infrastructures afférentes. En outre, les déchets miniers ne sont toujours pas considérés comme toxiques en Mongolie.

Les énergies renouvelables, elles, peinent à voir le jour.

Ces retards sont non seulement dus à l’absence de volonté politique de l’Etat mongol, qui se traduit dans les soutiens publics qu’il apporte au secteur du charbon, mais aussi au manque cruel d’investisseurs, notamment étrangers.

Une nouvelle centrale à charbon, dans l’une des villes les plus polluées au monde

La capitale mongole Oulan-Bator figure, selon un rapport de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en 2016, parmi les villes les plus polluées au monde. La population locale sou re ainsi de nombreuses maladies liées à la mauvaise qualité de l’air : respiratoires, cardio-vasculaires, pneumonies, cancers. Selon des chiffres de l’Unicef, entre 2000 et 2004, le nombre de maladies respiratoires aurait doublé. De nombreuses études ont démontré de hautes concentrations de poussière, dioxyde de soufre, dioxyde de nitrogène, monoxyde de carbone, ainsi qu’une augmentation des quantités de plomb dans le sang des enfants.

C’est dans ce contexte de retard sur la transition énergétique, de dépendance au charbon, de pollution extrême, qu’ENGIE prévoit d’ouvrir sa nouvelle centrale. Alors que la multinationale pourrait dès aujourd’hui renoncer au projet, pour que des alternatives renouvelables soient offertes aux habitants, ENGIE préfère sans hésiter enfermer la Mongolie dans une trajectoire hautement carbonée en construisant une centrale à charbon dont la durée d’existence sera d’au moins 25 ans, avant de transférer la centrale au gouvernement mongol.

Les arguments des défenseurs d’une nouvelle centrale au charbon à Oulan-Bator

Trois centrales enfument déjà la ville d’Oulan-Bator sous les fumées toxiques. Parmi les arguments allégués pour la construction de CHP-5 se trouve justement l’âge des centrales en activité : 40 ans pour CHP-2 et 3, et 30 ans pour CHP-4, cette dernière étant la plus grosse en Mongolie. Mais le premier argument avancé pour la construction de la centrale est celui de l’augmentation des besoins en électricité et en chaleur. Selon l’étude d’impact du projet, la demande en chaleur et en électricité devrait se maintenir à 4-5 % d’augmentation annuelle jusqu’en 2020, projection contestée par les détracteurs du projet.

De plus, l’argument d’ENGIE, selon lequel la centrale d’Oulan-Bator ne peut être abandonnée car des « engagements fermes » avaient été pris avant la décision du groupe de ne plus investir dans de nouvelles centrales à charbon, ne tient pas. En e et, ENGIE a déjà renoncé à l’abandon de son projet de centrale à charbon en Turquie (Ada Yumur- talik). Projet pour lequel un accord avec le gouvernement avait pourtant été signé avant l’engagement climatique d’ENGIE en 2015 !

Biodiversité, respect du consentement des peuples : les ingrédients d’un scandale environnemental

La nouvelle centrale d’Oulan-Bator aura non seulement un impact climatique, mais risque aussi de nuire à la biodiversité locale. En e et, la zone pressentie pour la centrale n’est qu’à 2 kilomètres de l’aire protégée du Bogd Khan National Park, site également considéré comme sacré. Déchets et émissions de la centrale constituent des menaces pour la rivière, les animaux et les bergers de la zone. En fonction de la saison, la poussière de charbon et les émissions toxiques se dirigeront soit vers la capitale, soit vers l’aire protégée.

Le processus d’élaboration du projet s’avère également entrer en contradiction avec les normes internationales, ainsi que la législation du pays concernant le respect des populations locales. Le consortium d’énergéticiens et le gouvernement mongol auraient ainsi découragé les activités économiques dans la zone depuis l’année dernière, et entamé le processus de relocalisation des habitants. Les habitants concernés, rencontrés lors d’une étude de terrain, ont témoigné avoir été informés du projet par une lettre et une consultation publique, mais sans qu’aucun plan de relocalisation ne leur ait été communiqué. Or, la nouvelle loi mongole sur les études d’impact environne- mental requiert des consultations publiques et l’engagement des personnes affectées à toutes les phases du projet (conception, mise en œuvre et suivi). Les politiques de sauvegarde de la Banque asiatique de développement, qui finance le projet, nécessite également qu’un plan de relocalisation et une compensation financière soient présentés avant toute restriction d’usage du site. Or, mal informée, la population de bergers et de commerçants présents sur place a déjà vu ses droits bafoués.

Le soutien de l’État français

L’exemple de la centrale CHP-5 est illustratif des incohérences du gouvernement français en matière climatique. En e et, ce dernier n’a jamais manifesté son opposition à ce projet : ni au siège d’ENGIE où l’État dispose de plusieurs administrateurs et d’un Commissaire au gouvernement qui auraient pu se prononcer contre le projet, ni au sein de la Banque asiatique de développement, auprès de laquelle une demande de prêt a été déposée. Pourtant, la France, via Michel Sapin, Ministre de l’économie et des finances, siège au Conseil des Directeurs de la Banque asiatique de développement, qui décide des axes stratégiques de l’institution, et se fait représenter au sein du Conseil des Gouverneurs, qui décide des prêts.

Il est encore temps de renoncer à construire cette centrale…. Aujourd’hui, la centrale à charbon CHP-5 d’Oulan-Bator, déjà en retard par rapport aux prévisions, n’est pas prête de voir le jour. En e et, le consortium et le gouvernement ne s’accordent pas sur les tarifs d’électricité, trop élevés selon le gouvernement. Quant au prêt, il est toujours en examen auprès de la Banque asiatique de développement. Pour le gouvernement français, c’est l’occasion de faire preuve de son engagement en matière climatique, et d’agir sur le conseil d’administration d’ENGIE ainsi qu’au sein de la Banque asiatique de développement, pour mettre fin à ce projet afin que les habitants d’Oulan-Bator puissent enfin bénéficier d’une énergie durable, basée sur les renouvelables.

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