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La France a bâti de si beaux Châteaux que même les ruines pour certains nous en suffiraient… Celles du Château de Coucy

La France a bâti de si beaux Châteaux que même les ruines pour certains nous en suffiraient… Celles du Château de Coucy

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La France a bâti de si beaux Châteaux que même les ruines pour certains nous en suffiraient… Celles du Château de Coucy

Dans le cadre de sa politique de développement culturel, le Centre des monuments nationaux (CMN) s’attache à faire connaître au public les monuments de son réseau, qu’il ouvre à la visite et anime. Différentes manifestation culturelles, artistiques et pédagogiques à destination de tous les publics sont ainsi proposées au château de Coucy

Un geste de mémoire : le don Möller 

Le Centre des monuments nationaux a accepté le 10 décembre 2013 la donation d’un album de photographies consacrées au Château de Coucy, avant sa destruction pendant la première Guerre mondiale. L’album a été remis en 2014 par le petit-fils de son propriétaire, le major Hans Stach von Goltzheim. Christian Möller et sa femme Marianne ont souhaité, par cette donation et sa diffusion au château de Coucy, effectuer un geste symbolique de pardon devant les désastres de la guerre.

Le major Stach von Goltzheim faisait partie de l’armée d’occupation allemande installée à Coucy en 1916 ; mais son album parait avoir été constitué dans une démarche exclusivement patrimoniale, à la gloire du monument. L’album comporte 13 épreuves photographiques montrant le château à la veille de sa destruction. Prises pendant l’occupation allemande de Coucy, ces belles vues évitent soigneusement de montrer la présence militaire et n’évoquent que la splendeur de ces ruines imposantes, dont la restauration vient alors de se terminer. Seule, l’abondance de la végétation montre que le site n’est plus entretenu pour accueillir les touristes qui s’y pressaient avant la déclaration de guerre.

Hans Stach von Goltzheim, (1877-1922) appartient à l’ancienne noblesse prussienne ; il suit une formation d’officier dans l’infanterie. En 1901, il épouse Olga Alsen ; ils partent vivre un an à Paris. Puis il sert dans le 11e Régiment de Hussards à Krefeld.

C’est un aérostier remarqué, copilote du capitaine Hugo von Abercron lors de la 3e coupe aéronautique Gordon Bennett de 1908 à Berlin et de la 4e coupe de 1909 à Zurich.Avec leur ballon Dusseldorf, ils se classent 10e les deux fois. Les journaux français relatent un épisode incroyable : lors d’un vol d’essai le 28 septembre 1908, à 2000 m d’altitude, leur dirigeable s’écrase au sol devant la foule horrifiée… sans dommage pour les pilotes ! En 1909, Hans reçoit le brevet de pilote-aéronaute de l’Aéro-club de France. Jusqu’à la veille de la guerre, il multiplie ses participations à des compétitions. Il est nommé lieutenant en 1910.

Il entre en 1914 au service de l’armée de l’air, comme observateur dans une compagnie d’aérostiers. Capitaine, il mène des missions de reconnaissance aérienne au-dessus de la Belgique. La guerre déclarée, affecté sur le front ouest, il assure le commandement du ballon d’observation de la 5e division. En 1915, à la veille de la bataille de Champagne, il est basé près Chalons, qu’il surveille de son ballon. En 1916, il est à Coucy. Il est déplacé l’année suivante sur le front de l’Est, à Brest-Litovsk, en Biélorussie, puis à Riga. Il est nommé major.

Le château de Coucy, sur son éperon, est un parfait poste d’observation : du haut du donjon, la vue s’étend sur 40 km à la ronde. Une gare de triage à 500m de la ville, permet de joindre Chauny et Laon. La région est occupée dès septembre 1914 par la 7e armée allemande. Coucy, à 12 km du front de l’Aisne, tombe sans combat dès le 1er septembre et devient siège de l’état-major de l’occupant. Le château va constituer un lieu de visite pour hauts dignitaires allemands.

Hans Stach Von Goltzheim est lui-même un photographe amateur. Mais les prises de vues réunies dans son album sont l’œuvre d’un professionnel, probablement faites sous sa direction. C’est certainement l’un des photographes de sa division de reconnaissance aérienne, qui signe « K. Klemm ». Il travaille avec un équipement lourd : une chambre photographique et certainement un pied, les clichés sont parfaitement redressés. Les négatifs ont été parfois très retouchés, certaines traces de l’occupation militaire soigneusement grattées (silhouette de soldat, barbelés) pour les faire disparaitre.

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Les épreuves contrecollées dans l’album ne concernent que le corps central du château-fort. Aucune ne montre l’enceinte qui entoure la basse-cour et la ville. Ce sont des vues artistiques, mettant en valeur le patrimoine architectural, mais limitées à l’enveloppe du château-fort, sans s’attacher aux volumes intérieurs ou au décor sculpté du château qui en permettrait l’étude. Il semble manquer des points de vue, comme une vue d’ensemble du logis des Preux, avec ses ouvertures spectaculaires. Les photographies n’ont en tout cas aucune vocation documentaire sur le plan stratégique.

Doit-on y voir un lien avec la politique du Kuntschutz, le service de préservation des œuvres d’art ? Avec la venue à Coucy de l’architecte Bodo Ebhardt – le restaurateur du château de Pierrefonds – et la visite de Guillaume II pendant son séjour, en avril 1915 ? Le gouvernement allemand a encouragé les missions de recherches et les reportages photographiques sur le patrimoine des régions occupées. En 1915, le Kaiser a confié à son architecte favori une étude des régions occupées du nord de la France et de la Belgique. La passion pour le Moyen-Age de Guillaume II, qui rêve de ressusciter l’ancien empire germanique, la notoriété du château de Coucy, son importance historique, stratégique et politique, les amènent à se rencontrer à Coucy.

Il ne semble pas que les photographies réunies dans l’album du Major aient été publiées. Auraient-elles pourtant été conçues pour des cartes postales, pouvant rivaliser avec les vues de Mieusement ou des frères Neurdein par exemple ? L’armée allemande a déjà fait appel, dès 1915, à plusieurs éditeurs pour une nouvelle couverture photographique de Coucy en vue de la réalisation de cartes postales destinées à la correspondance militaire. C’est le cas de Georg Stilke, basé à Berlin, ou l’éditeur Ernest Thill, à Bruxelles, ou encore le photographe-héliograveur Knackstedt & cie, à Hambourg, et bien d’autres.

Un peu à l’écart du feu menaçant du front du Chemin des Dames, la ville jouit d’abord d’une relative sécurité. Pourtant, des avions français survolent Coucy, pour localiser l’aérodrome allemand ou le gros canon, établis à quelques km du château. L’armée d’occupation est très présente, comme le montrent les cartes postales éditées après-guerre par Lévy et Neurdein réunis. En 1916, les attaques françaises se multiplient dans la région et, le 2 août 1916, les abords du château sont bombardés.

En septembre, l’armée allemande adopte une nouvelle stratégie, consolidant ses lignes de défenses autour de la ligne Hindenburg qui s’étend de Lens à Reims, sur plus de 160 km. A partir de février 1917, le retrait des troupes s’opère dans l’Aisne. C’est la politique de la terre brulée : lignes téléphoniques et machines électriques sont démontées, transportées derrière les nouvelles lignes. Pont, passerelles, écluses sur le canal de l’Oise et de l’Aisne sont détruits. La région de Coucy est évacuée.

Après le départ des habitants de Coucy fin février, la ville est pillée. Sur ordre du général Ludendorff, le château est dynamité le 20 mars : 28 tonnes de cheddite sont placées dans le donjon, 10 tonnes dans chacune des quatre tours d’angle. En 1919, Paul Clemen, chargé par le gouvernement allemand de la protection des biens artistiques des régions occupées, défend cette nécessaire destruction du château de Coucy, poste d’observation beaucoup trop favorable à l’ennemi. Il rappelle que les plus hautes autorités – le Kaiser en personne – se sont déplacées pour vérifier la décision à prendre, qui n’a fait que parachever ce que Mazarin avait commencé sur l’ordre de Louis XIV en 1652.

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Vue de la grosse tour ou Donjon du château de Coucy Klemm K. (photographe actif durant le 20e siècle) © Reproduction Philippe Berthé / CMN

Le château de Coucy

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Le modeste château édifié en 920 par l’archevêque de Reims pour protéger son territoire de Coucy est agrandi dès 1079 sous la dynastie des sires de Coucy.
Ces derniers marquent l’histoire du château durant trois siècles : en 1220, Enguerrand III de Coucy, guerrier à la bataille de Bouvines et dans les expéditions contre les cathares, fait clore la ville d’une enceinte et construit le château actuel et son gigantesque donjon.

Un siècle et demi plus tard, Enguerrand VII, grand diplomate, transforme l’édifice en un somptueux palais.
Il meurt sans descendant mâle et en 1400, le domaine de Coucy est acheté par Louis d’Orléans pour renforcer son duché de Valois.

A la suite de la Fronde, au XVIIe siècle, le château est démantelé et abandonné. Devenu bien national à la Révolution, il sert de carrière de pierres jusqu’à son achat par Louis-Philippe en 1829, puis par l’Etat en 1848.

Plusieurs architectes, dont Viollet-le-Duc, se succèdent alors pour préserver les ruines. Mais en 1917, l’armée allemande détruit les quatre tours et le donjon.

Posé au sommet d’un éperon calcaire, le château de Coucy est protégé par trois niveaux de défense successifs : celui de la ville, celui de la basse-cour, et enfin les défenses mêmes du château.

Le château de Coucy est ouvert au public par le Centre des monuments nationaux. En 2015, le CMN y a accueilli 14 340 personnes.

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Informations pratiques

Château de Coucy

Rue du château
02380 Coucy-le-château – Auffrique 03.23.52.71.28 www.monuments-nationaux.fr www.chateau-coucy.fr

Dates et horaires

Ouvert :
Du 2 mai au 4 septembre
Tous les jours de 10h à 13h et de 14h à 18h30 Du 5 septembre au 30 avril
Tous les jours de 10h à 13h et de 14h à 17h30

Fermé le 1er janvier, 1er mai et 25 décembre Tarifs

Plein tarif : 5,50 €
Tarif réduit et groupes adultes (à partir de 20 personnes) : 4.5 €
Groupes scolaires : 20 € (15 € pour les ZEP) ; 35 élèves maximum ; 1 accompagnateur bénéficie de la gratuité par tranche de 15 élèves (8 élèves pour les écoles maternelles) ; pour tout accompagnateur supplémentaire, le tarif « groupes adultes » s’applique, sauf pour les titulaires du Pass Education (gratuité) ou d’une carte professionnelle de l’Education nationale (tarif réduit).

Gratuit pour les moins de 18 ans (en famille et hors groupes scolaires)
18-25 ans (ressortissants des 28 pays de l’Union Européenne et résidents réguliers noneuropéens sur le territoire français)
Personne handicapée et son accompagnateur
Demandeur d’emploi, sur présentation d’une attestation de moins de 6 mois

Visites commentées proposées par les agents du monument. Se renseigner à l’accueil.

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Le chemin de ronde extérieur

Les visiteurs peuvent compléter leur visite du château par la découverte du chemin de ronde faisant le tour extérieur des murailles.

Ils profitent alors de jolis points de vue sur l’impressionnant ensemble de tours du château et de la basse-cour et se promènent au milieu des chèvres.

Accès libre 24 heures sur 24. Gratuit, durée : 20 minutes, en plus de la visite du château.

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