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L’entrepôt Macdonald : un condensé de Paris

L’entrepôt Macdonald : un condensé de Paris

Julien Gracq, Autour des sept collines, Corti, 1988 « Les ruines du béton, aussi difficiles à anéantir qu’à habiter, ne se prêteront guère au réaménagement : on reconstruira plutôt à côté, comme faisait le quartier britannique à l’écart de la cité hindoue. et peut-être verra-t-on pendant des siècles de vrais cadavres de villes – plus hideux encore de vieillir debout – rebutant même la ronce et l’ortie de toutes leurs semelles cimentées, répandre à la face du ciel leurs tripailles de fer rouillé. »

L’économie de la ressource foncière et la limitation des processus de démolition-reconstruction, doublement consommateurs d’énergie et producteurs de gaz à effet de serre, font partie des exigences premières du développement durable appréhendées dans une perspective urbaine. L’opération de l’entrepôt Macdonald constitue une réponse immédiate à ces préoccupations. Elle réemploie le bâtiment originel dont la structure est largement conservée et renforcée. Le coût environnemental de la démolition est donc marginal. Elle utilise ce bâtiment comme socle de nouvelles constructions plutôt que de consommer des terrains déjà très rares dans la capitale. Elle concilie enfin, les impératifs de l’évolution de la ville et de la conservation d’un élément de patrimoine emblématique de l’histoire du nord-est parisien et de son identité.

Bien évidemment, depuis des décennies, d’innombrables reconversions de sites industriels ont été opérées en France comme à l’étranger. Mais, le plus souvent, elles ont visé une réaffectation en équipement public, culturel, social, sportif ou plus récemment en programme résidentiel… Une vocation simple dans un volume relativement limité — sans rien retirer à l’exigence de l’exercice conceptuel — quand l’entrepôt Macdonald se voue à la multiplicité des usages et à la grande échelle, autrement-dit, à la ville. Même si ce type d’opportunité est rare dans ces proportions, elle invite à reconsidérer certains aspects de notre environnement urbain et de ses évolutions. Elle interroge notamment notre conception de la densité, une caractéristique consubstantielle à la ville qui mobilise aujourd’hui l’attention de tous les analystes spécialisés.

Elle invite également à se pencher sur la destinée des grands bâtiments à structure de béton armé qui prédominent depuis la deuxième moitié du XXe siècle, progressivement désaffectés, et dont la démolition s’avère coûteuse à tout point de vue. Partout dans le monde se pose la question de leur seconde vie.

PARIS NORD-EST, UNE IDÉE DE LA MÉTROPOLE

une forte densité bâtie, doublée de la rareté des terrains constructibles, a conduit la Ville de Paris dès 2001, à s’interesser aux perspectives d’évolution de ses marges. et à inventer de nouveaux rapports avec ses communes riveraines. elle a ainsi développé des approches urbaines inédites de secteurs de la capitale jugés jusqu’alors peu propices au projet car dominés par les emprises ferroviaires et industrielles ou les tracés d’infrastructures majeures.

entrepôt Macdonald

© Philippe Guignard AIR IMAGE

Un site-clé du GPRU

le lancement, en 2001, du Grand Projet de renouvellement urbain (GPru) concernant onze sites parisiens a concrétisé cette vision et fait de Paris nord-est un site-clé de l’évolution de la capitale.

inscrits dans le vaste territoire métropolitain du nord-est francilien, les 200 ha de Paris nord-est s’étendent sur deux arrondissements de la capitale, le 18e et le 19e, de la Porte de la Chapelle à la Porte de la Villette, à proximité immédiate de Pantin, aubervilliers et Saint-Denis. Caractéristique des confins de la ville des XiX et XXe siècles, ce vaste secteur concentre infrastructures routières (boulevard périphérique et boulevard

des Maréchaux), ferroviaires (faisceau ferré de la gare de l’est, petite ceinture), et voies navigables (canal de Saint-Denis) entre lesquelles se sont nichés, au fil des décennies, activités industrielles et logistiques — dont l’entrepôt Macdonald — grands équipements publics et habitat social.

le GPRU Paris Nord-Est

9 Secteurs :

Porte de la Chapelle-Condorcet, Chapelle international, Gare Mines-Fillettes (intercommunal), Chapelle Charbon-hébert,

Porte d’aubervilliers, Zac Claude Bernard, Macdonald-évangile, Porte de la Villette, la halle aux cuirs

1,3 Million m2 neufs et réhabilités

_ 500 000 m2 de logements, sociaux pour la moitié

_ 330 000 m2 de bureaux

_ 180 000 m2 d’activités

_ 80 000 m2 de commerces

_ 110 000 m2 d’équipements publics

_ 27 ha d’espaces verts

les secteurs du GPRU Paris nord-est

S’appuyant sur le renouveau de l’offre de transports publics et la dynamique de mutation de la Plaine Saint-Denis, la Ville de Paris et ses partenaires se sont donnés trois priorités inscrites dans une vision métropolitaine : l’amélioration de la qualité de la vie, le désenclavement et la création de nouveaux pôles économiques. un programme aux équilibres marqués a donc été défini, notamment en faveur du logement, social en particulier, et de la diversité des activités économiques.

en 2002, la Ville de Paris définit le périmètre d’étude de ce qui deviendra Paris nord- est, ainsi que les grandes orientations du territoire. la Semavip réalise les études préalables et en 2004, le scénario urbain de l’agence Dusapin-leclercq (urbanistes) associée à l’agence Ter (paysagistes) est retenu par le Maire de Paris. le projet se caractérise par une progressivité et une adaptabilité marquées, très appréciables au regard des contraintes de disponibilité foncière et de limitation des capacités d’investissement public.

L’entrepôt Macdonald représente à lui seul près de 15 % des surfaces constructibles prévues à terme dans le périmètre ; il inclut tous les programmes caractéristiques de la mixité du GPru ; il occupe une position pivot entre plusieurs secteurs opérationnels, notamment entre la ZaC Claude Bernard et les futurs quartiers de Paris nord-est.

Macdonald-Evangile nouvelle porte d’accès métropolitaine

Jusque-là physiquement pénalisé par l’omniprésence des réseaux d’infrastructures sans en tirer le moindre bénéfice, Paris nord-est, en découvre progressivement les avantages décisifs. une nouvelle génération de liaisons ferroviaires convergeant autour du pôle Macdonald-Rosa Parks ancre Paris nord-est dans une dimension métropolitaine. le nord-est parisien se trouve désormais en relation directe avec la Seine-Saint-Denis aussi bien qu’avec les arrondissements centraux, Saint-lazare ou demain la Défense.

La Desserte en transports en commun

Macdonald – rosa Parks constituera un pôle multimodal desservi par :

– le RER E (gare rosa Parks, anciennement Eole-Evangile ouverture 2015 et prolongement vers la Défense en 2020)

– le T8, prolongation en 2022 du Tram’y, Saint-Denis/epinay-sur-Seine/Villetaneuse

– le T3b, portion de la ligne T3 du tramway des Maréchaux qui reliera en 2017 la Porte de la Chapelle à la Porte d’asnières

60 000 voyageurs transiteront quotidiennement par la station de tramway et la gare rosa Parks

Rosa_Parks

UN QUARTIER EN INTERACTIONS

Physiquement, l’entrepôt Macdonald et les voies ferrées avoisinantes forment jusqu’à présent un écran entre la résidence Michelet au sud et la ZaC Claude Bernard au nord. il interrompt fonctionnellement et visuellement les relations entre les différents composants du secteur jusqu’à en faire, en plein Paris, des isolats. un des enjeux urbains fondamentaux du projet est de mettre à profit la reconversion de l’entrepôt Macdonald pour faire émerger une série d’externalités positives bénéfiques à un environnement urbain plus large. Cette évolution cruciale pour le 19e arrondissement et ses vis-à-vis, aubervilliers et Pantin, se joue sur le plan de la programmation, de la composition urbaine et de la desserte du site.

La programmation de l’entrepôt Macdonald a été pensée à l’échelle d’un plus vaste contexte urbain afin d’apporter, en qualité mais également en quantité, les fonctions qui lui faisaient défaut. Cette approche a recherché, dans le même temps, les complémentarités possibles avec les autres secteurs du GPru Paris nord-est.

Il aurait été paradoxal que l’émergence d’un nouveau pôle urbain fragilise l’existant ou ralentisse le développement de ces derniers. Par exemple, le plus proche d’entre eux, la ZaC Claude Bernard compte, parmi sa programmation mixte, 40 000 m2 de bureaux et 6 100 m2 d’activités artisanales et de service. avec 42 000 m2 supplémentaires de bureaux et d’activités, l’entrepôt Macdonald vient conforter et crédibiliser l’affirmation d’une nouvelle adresse parisienne pour les entreprises. les 3 000 salariés de la

ZaC Claude Bernard trouveront, eux, dans la proximité de l’entrepôt Macdonald de nombreuses ressources du quotidien : restauration, services, équipements publics, commerces…

Pour les utilisateurs extérieurs, l’attractivité de l’entrepôt Macdonald se situera notamment dans l’offre d’équipements publics comme de commerces et services qu’il abrite.

Programmation générale de l’Entrepôt Macdonald

74 300 M2 DE LOGEMENTS

16 300 M2 D’ÉQUIPEMENTS PUBLICS

32 500 M2 DE COMMERCES

26 000 M2 DE BUREAUX

16 000 M2 DE LOCAUX D’ACTIVITÉS

1 300 PlACES DE STATIONNEMENT

Programmation des équipements publics

Collège de 24 classes (600 élèves) sur4 250M2

Ecole primaire de 12 Classes sur 2 150 M2

Gymnase et salles de sport sur 2 200 M2

Crèche de 60 berceaux

Local associatif de 630 M2

Local du Service propreté de la Ville de Paris sur 425 M2 (50 agents)

l’entrepôt

Le volet commercial de l’entrepôt Macdonald, 32 500 m2, vise à satisfaire prioritairement les attentes des 10 000 résidents et salariés du nouvel ensemble de même que de milliers d’utilisateurs des transports en commun en transit. néanmoins, son attractivité ne peut se limiter à cette seule clientèle. Sa zone de chalandise est largement commune avec celle du centre commercial du Millénaire à aubervilliers dont icade est le propriétaire. en affirmant les complémentarités de segments commerciaux, la SaS ParisnordeST a soutenu l’articulation des deux offres. elles se trouvent reliées par un cheminement piéton et bientôt par une passerelle au-dessus du périphérique, sous maîtrise d’ouvrage de la Semavip et livrée en 2015.

le projet de reconversion de l’entrepôt Macdonald constitue, à deux titres, un acte urbain majeur. il concrétise, comme rarement jusqu’ici, certaines des thèses fondamentales du développement durable à l’échelle de la ville. il condense, en un même objet, l’ensemble des affirmations de la politique urbaine parisienne et livre, du coup, une des images du Paris de demain.

Les vertus du dialogue périphérique

la barrière physique, autant que symbolique, du boulevard périphérique s’est largement estompée au cours des dernières années à travers une politique active de rapprochement menée par la Ville de Paris et ses homologues des départements limitrophes, invitant à « s’appuyer sur la couronne, nouveau territoire stratégique ». ainsi, le programme établi par la Ville pour l’entrepôt Macdonald a-t-il été soumis à l’avis des Villes d’Aubervilliers et de Pantin posant, par exemple, des principes de complémentarité commerciale avec la ZaC du Millénaire en limite du 19e arrondissement et d’Aubervilliers.

La mixité multiforme

la mixité des fonctions est garante de la vitalité et de l’attractivité d’un quartier. le programme élaboré par la Ville de Paris pour l’entrepôt Macdonald adopte cette philosophie de la ville pour en livrer toutes les interprétations. les principales composantes urbaines — logements, équipements, activités, commerces, bureaux — s’y trouvent réunies et réparties à l’échelle du projet en différents programmes immobiliers.

Au sein même de chaque catégorie de fonction urbaine, le programme s’attache à prolonger la logique de mixité en diversifiant les types de produits immobiliers. il en est ainsi pour le logement (locatif social, accession libre, locatif intermédiaire, hébergement avec résidence étudiante et foyers de travailleurs), pour les activités économiques (bureaux, pépinière d’entreprises destinée aux PMe et TPe), pour le commerce (petites, moyennes et grandes surfaces avec commerce de proximité et de destination). Cette mixité fonctionnelle et sociale trouve écho dans une diversité d’expressions architecturales revendiquée au sein du projet d’ensemble. quinze agences d’architecture ont été retenues pour la conception des différents programmes.

Une contribution à l’effort parisien de logement

avec 1 126 logements répartis conformément aux seuils fixés par la Ville de Paris pour le GPru Paris nord-est, l’entrepôt Macdonald offre aux arrondissements concernés et, plus globalement à la ville, un nouveau pôle résidentiel. Cette offre se caractérise par une grande diversité tant sur un plan typologique que sur celui des statuts d’occu- pation. un parti-pris qui participe directement à la mixité sociale.

Les enclaves Réinvesties

Le constat est établi depuis bien longtemps : la densité bâtie de Paris est une des plus élevées d’Europe ; intra-muros, les emprises foncières significatives disponibles se font extrêmement rares. les acteurs parisiens de l’aménagement se sont donc intéressés à des sites urbains de plus en plus contraints en termes de potentiel de transformation. en premier lieu, les enclaves ferroviaires, industrielles, logistiques enserrées dans les réseaux d’infrastructures. Ces « opportunités » conjuguent néanmoins a priori des handicaps sérieux : accessibilité médiocre, pollutions des sols, constructions en superstructure et en infrastructure…

La mutation urbaine de l’entrepôt Macdonald illustre de manière emblématique l’inversion du regard porté sur les enclaves parisiennes et le potentiel qu’elles recèlent sous réserve d’inventivité.

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© sergio grazia

L’AVENIR D’UN ENTREPÔT

Il est extrêmement rare qu’on se confronte, à Paris ou ailleurs, à un édifice tel que l’entrepôt Macdonald. Pour s’en tenir à des références locales, sa longueur égale deux fois celle de la tour eiffel et sa surface globale approche la superficie de l’île Saint-louis. la destination de la construction éclaire évidemment ses proportions exceptionnelles : un entrepôt logistique d’interface rail/route accueillant d’un côté des trains, de l’autre des files de poids lourds.

Après la disparition de nombreux édifices industriels dont les abattoirs et l’usine à gaz de la Villette au début des années 70, Paris confirme dans ses documents d’urbanisme cette vocation pour ce secteur. Deux gigantesques entrepôts sont construits de part et d’autre de la porte d’aubervilliers, boulevard Macdonald en 1970 et boulevard ney, en 1976. Tous deux sont signés Marcel Forest (1910-1998), architecte spécialiste des grands bâtiments industriels, pour le compte de la Société de fret S.n.T.r. Calberson.

Soucieuse de ne pas compromettre définitivement le potentiel urbain du site, la Ville de Paris prend la précaution d’une prescription garantissant l’évolutivité du bâtiment. Dès sa conception, l’entrepôt est donc pensé comme un « bâtiment-socle » capable de supporter une surélévation ultérieure de quatre à cinq niveaux. la puissante ossature béton de poteaux et de poutres, largement dimensionnée, capable de supporter une charge d’environ 2 t/m2, s’affirme ainsi comme une construction durable avant l’heure.

Si les caractéristiques constructives de l’entrepôt Macdonald autorisent la reconversion à terme, son apparence aussi. Car le bâtiment de Marcel Forest conserve aujourd’hui une élégance sobre. l’immense volume s’allège en façades par la répétition à l’infini du quadrillage léger d’un claustra de béton.

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© sergio grazia

Mobilisation immédiate

Alors que, face à l’entrepôt Macdonald, l’aménagement de la ZaC Claude Bernard a été lancé depuis 2005 par la Ville de Paris et la Semavip, l’entrepôt ne fait jusqu’alors l’objet que de réflexions préliminaires. aussi, lorsqu’au mois de juillet 2006, il est soudainement mis en vente par la SOVaFiM (Société de valorisation foncière et immobilière), créée par l’état dans ce but, la Caisse des Dépôts et la Semavip auxquels se joint le promoteur icade, filiale de la Caisse des Dépôts, réagissent instantanément. Malgré les handicaps d’un entrepôt encore partiellement occupé et un prix de vente élevé, la concurrence s’annonce vive autour de ce bâtiment à multiples potentiels. réunis depuis le 24 novembre 2006 dans la SaS ParisnordeST, les trois partenaires estiment que, malgré les risques techniques et financiers liés à l’opération, celle-ci s’impose au nom de la cohérence, et même de la viabilité du grand projet urbain.

Le bilan prévisionnel de l’opération, l’accord sur ses modalités juridiques et financières, les principes de gouvernance du partenariat sont élaborés en quelques semaines.

Un pilotage pluriel et singulier

Techniquement les trois associés ont misé, dès la négociation initiale, sur la complémentarité des métiers et des rôles : aménageur, investisseur et promoteur. la SaS ParisnordeST mobilise les moyens de chacun des partenaires auxquels elle délègue des missions. ainsi la Semavip assure une mission d’assistance à maîtrise d’ouvrage — pilotage de la coordination architecturale, pilotage des études et travaux, coordination inter-chantier, commercialisation des droits à construire — pour laquelle elle dédie une équipe opérationnelle.

Innover face à la complexité

Les urbanistes ont développé depuis quelques années la notion de « projet complexe ». avec l’entrepôt Macdonald, elle prend une signification toute particulière à laquelle les partenaires publics se sont confrontés.

Toute la complexité de l’opération tient à sa nature même. au lieu de se répartir, comme le plus souvent, sur le sol, les différents programmes sont construits ici dans et au-dessus d’un bâtiment existant. le projet Macdonald est à la fois une opération d’aménagement et une opération immobilière. la particularité de SaS ParisnordeST est donc de vendre, à l’intérieur d’un même programme, du bâti et des droits à construire.

Sur un plan opérationnel, cette situation particulière incite la SaS ParisnordeST à une approche inédite. un découpage simplifié attribuant à chacun des six types de programme (logements, bureaux, activités, commerces, infrastructures et immeuble- pont) un permis de construire déposé par son opérateur. un « dossier-chapeau » servant d’introduction commune aux différents permis a été inventé à l’occasion. le Conseil d’état, par une décision du 17 juillet 2009, a entériné pour la première fois en France ce dispositif juridique. lors de l’instruction de chacun des permis, il permet à la Ville de Paris d’apprécier le projet dans son ensemble et les règles d’urbanisme qui s’appliquent, garantissant la cohérence du projet global tout en préservant l’indépendance juridique des autorisations de construire.

Inscrit au sein d’un Masterplan urbain —unique pour un même bâtiment — conçu par l’agence OMa (Floris alkemade en directeur de projet) et mis en œuvre par une équipe d’architectes coordonnateurs (Floris alkemade associé à Xaveer De Geyter), l’ouvrage existant est conservé et reconverti par cette même équipe, associé à une entreprise générale du bâtiment mandatée par SaS ParisnordeST. les lots construits en superstructure, ont été, eux, conçus par quinze architectes et réalisés, pour les logements par une entreprise générale et, pour les autres lots, par des entreprises mandatées par les opérateurs.

Cette structuration induit un empilement de compétences, d’acteurs et de règles participant fortement à la complexité de l’opération. les concepteurs sont tenus au respect de plusieurs niveaux de prescriptions : celles du Plan local d’urbanisme intégrant les modifications prévues par le GPru Paris nord-est, établi par Dusapin & leclercq, celles du Masterplan élaboré par Floris alkemade, et enfin les exigences programmatiques des différents opérateurs.

l’entrepôt © sergio grazia1

© sergio grazia

Pourquoi OMA

Fin octobre 2007, la SaS ParisnordeST lance une consultation internationale d’architectes coordonnateurs pour concrétiser son intention de reconversion de l’entrepôt Macdonald. elle aboutit en décembre de la même année à la désignation de l’agence néerlandaise OMa/rem Koolhaas avec Floris alkemade comme directeur de projet, retenue face aux agences Marc Mimram, Diener & Diener et alexandre Chemetoff. Sa proposition convainc les associés de la SaS ParisnordeST et la Ville de Paris, réunis au sein d‘un même jury, tant en termes de méthodologie d’élaboration du projet, qu’en termes de stratégie urbaine. le pragmatisme de l’équipe lauréate et la force des principes fondamentaux, tels que l’exigence d’insertion urbaine et la valeur accordée dans ce but aux espaces publics ont notamment été plébiscités.

Pour la SaS ParisNordEst, le Masterplan résout une équation pertinente entre la densité du programme, les enjeux de la reconversion, les exigences de perméabilité et le respect du Plan local d’urbanisme. Cette première étape du processus de conception, marque au regard des échelles concernées, un moment charnière : l’affirmation sans ambiguïté d’un projet global d’aménagement plus que d’un projet architectural fut-il de grande ampleur. Floris alkemade, concepteur du plan d’ensemble, s’associe à Xaveer De Geyter, pour son exécution.

De nouvelles connexions urbaines

Réponse première à la discontinuité urbaine engendrée par l’entrepôt, le Masterplan introduit des traversées physiques et visuelles. elles permettent la circulation au sein même du bâtiment comme en liaison avec son contexte urbain. au rez-de-chaussée, la place et les passages piétons nord-sud rythment le bâtiment d’est en ouest et le rendent perméable, ouvrant de nouvelles relations entre les cités Michelet au sud, Charles hermite à l’ouest, la ZaC Claude Bernard au nord, ou le parc de la Villette à l’est.

La place centrale

La place centrale, traversée par le tramway, forme un large espace ouvert au public dédié aux piétons. Son statut — au sein du nouveau quartier comme du secteur Paris nord-est — tient au moins autant à l’accueil de l’interconnexion du rer et du tramway qu’à ses larges dimensions (50 x 80 mètres). Pour autant la vocation de ce lieu passant ne se résume pas au transit. la programmation commerciale des rez-de-chaussée qui la bordent, cafés et restaurants ouverts en terrasses recherche une animation continuelle.

Les traversées

ainsi, le piéton peut éviter un long contournement du bâtiment et accéder directement au pôle de transport multimodal en empruntant soit la place publique, soit le passage est. Ce passage lumineux et confortable joue de la transparence de matériaux sophistiqués. Comme son homologue Ouest, accessible lui depuis la place centrale, il permet de rejoindre les parcs de stationnement éclairés d’une lumière naturelle zénithale.

L’esplanade, côté boulevard Macdonald

les nécessités de sa fonction logistique avaient situé les quais de l’entrepôt en contre- bas du boulevard. l’un des objectifs fondamentaux du projet a été de raccorder le rez-de-chaussée du bâtiment au niveau de la rue et d’organiser, sur la longueur du bâtiment, les transitions avec le boulevard Macdonald, malgré une variation de niveau de près de 4,5 mètres. C’est le rôle d’une esplanade, de 18,5 mètres de large, qui reconnecte l’entrepôt à la voirie par des rampes à faible pente à ses extrémités est et ouest et au niveau du passage du tramway, ainsi que par de grands emmarchements parallèles à la façade nord du bâtiment. entièrement minérale, cette longue promenade, à l’écart des flux automobiles, offre, tout le long de l’ouvrage, des accès de plain-pied aux commerces, logements, bureaux, activités et équipements publics, couvrant dans le même temps l’intégralité du tunnel de livraison. l’insertion urbaine du bâtiment est assurée fonctionnellement et esthétiquement, l’esplanade participant de sa mise en scène, tel un parvis monumental.

La bande sud

Directement ouvert sur le pôle intermodal tramway / gare éole-évangile, cet espace public joue un rôle majeur d’interface et bénéficie de l’animation continue de la proximité des transports. D’une largeur de 5 mètres tout le long de la façade, cette bande piétonne, exposée au sud, utilise les mêmes matériaux que le passage du tramway.

La transformation en îlot urbain – Doubler de volume

Témoignant des volontés de la Ville et de la SaS ParisNordEst, le Masterplan permet de transformer l’entrepôt tout en rendant possible le développement d’un nouveau quartier. le choix a ainsi été fait de préserver l’échelle et le volume du bâtiment, puis de doubler sa hauteur, de manière à répondre à l’ensemble du programme défini. Pas moins de 82 400 m2 répartis sur cinq à six niveaux sont créés sur la structure existante devenue socle urbain, totalisant ainsi 165 000 m2. les nouveaux volumes, alignés sur ce soubassement, respectent l’orientation de ses façades et forment une bande homogène, comparable aux alignements de la rue de Rivoli. le projet concrétise ainsi la vision de Marcel Forest sans renier ni la conception originelle du bâtiment ni l’histoire industrielle et logistique du nord-est parisien.

l’entrepôt © sergio grazia4

© sergio grazia

Faire peser une telle masse sur les fondations existantes relevait aussi de la prouesse technique, d’importants renforcements s’imposant. la propre charge de la superstructure et celle du bâti soumis au contreventement ont imposé de renforcer les pieux par des injections de béton entre 10 et 12 mètres de profondeur.

Ouvrir son cœur

Ce parti-pris très fort de conservation a motivé une autre orientation fondamentale du Masterplan : l’évidemment central du socle. à partir du premier niveau, il organise l’ensemble en deux parallélépipèdes séparés par une cour longitudinale sous forme d’un jardin d’agrément, au niveau des logements, et, pour les bureaux, activités et équipements publics, sous forme de grands patios. une alternance plein, vide, plein. Cette démolition du bâtiment, sur un tiers de la profondeur du 1er étage, s’est imposée pour introduire de la lumière naturelle au cœur d’un projet de nouveaux programmes, nécessitant des profondeurs différentes.

Habiter la densité

La restructuration de l’entrepôt Macdonald autour de la cour et des patios, autorise une densité bâtie accrue. le projet démontre que cette densité n’est pas opposée au confort des résidents et salariés. Car l’ouverture intérieure et l’espacement des plots habités favorisent l’éclairage naturel mais aussi une multitude de perceptions. Des vues d’autant plus variées que la morphologie des bâtiments est plurielle et que la largeur de la cour centrale n’est pas identique sur toute sa longueur. en raison de l’avancée de certains plots vers l’intérieur, celle-ci propose une largeur variable de 17 à 33 mètres.

Habiter la diversité

Développant plus de 71 000 m2 de logements, soit 1 126 logements, répartis en quinze bâtiments, le projet offre une rare diversité de typologies de logements, répondant à des segments larges de population. aucun n’est identique. un sentiment renforcé par la variété des espaces extérieurs – terrasses, toitures-terrasses, loggias, atriums, patios ou encore balcons – sur lesquels ils ouvrent.

Réinterprétation et valorisation du patrimoine originel

Le Masterplan propose de valoriser les caractères architecturaux fondamentaux de l’entrepôt, en s’autorisant des ajustements nécessaires à son futur usage. Dans l’existant, la hauteur des niveaux existants de 6 mètres environ permet l’ajout d’un niveau supplémentaire et d’obtenir des hauteurs libres supérieures aux hauteurs standard dans la construction du neuf. Dans la superstructure nouvelle soit la trame structurelle originelle du bâtiment est prolongée soit, pour les logements en particulier, un plancher de transfert est introduit, permettant aux programmes de s’affranchir de la trame de 8 mètres par 8,5 mètres.

l’entrepôt © sergio grazia

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Signature esthétique de l’œuvre de Marcel Forest, l’image de la façade nord au r+1 est respectée. Tout en autorisant le passage du tramway, la linéarité caractéristique du bâtiment est notamment préservée grâce à la création de l’immeuble-pont, construit au dessus de la faille. Dans la même perspective, la grille en béton est reconstituée sur toute la longueur du bâtiment. Cette immense dentelle de béton qui habille l’entrepôt devenu socle marque ses proportions hors normes autant qu’il concourt à les appréhender. il souligne, dans le même temps, son horizontalité. Celle-ci est jalonnée, en rez-de-chaussée de la façade nord, par des accès en correspondance avec les anciens noyaux de circulation verticale (escaliers et monte-charges). le rythme initial de la façade le long du boulevard Macdonald est ainsi confirmé.

Diversité encadrée

Monolithe logistique, l’entrepôt va se transformer en quartier à part entière, par le biais d’une vision urbaine audacieuse et d’un jeu architectural collectif. non seulement les éléments les plus significatifs du patrimoine sont révélés et valorisés, mais l’existant s’enrichit d’une contribution architecturale aussi éclectique que maîtrisée. Car, le Masterplan pose les bases de la diversité architecturale en mobilisant une quinzaine de concepteurs différents auxquels il offre une certaine liberté d’écriture tout en garantissant une cohérence d’ensemble. la première des règles qu’établit le Masterplan est un cadre au sens propre. une partie des façades principales des plots s’inscrit physiquement dans un cadre de béton ou métal, d’un mètre d’épaisseur, qui en délimite les contours. l’architecte coordinateur définit ainsi un système ordonnancé très rigoureux en façade nord, moins en façade sud et en affranchit totalement les concepteurs pour les façades intérieures sur cour.

Stratification de matériaux

la revendication de l’horizontalité comme identité du bâtiment est accentuée dans le Masterplan. il propose de la traduire dans un choix de deux gammes de matériaux qui alternent en couches superposées, du socle aux volumes de superstructure : matières minérales qui absorbent la lumière, et cristallines, qui la réfléchissent à l’instar du rez- de-chaussée commerçant dont les vitrines plissées agissent comme un prisme. Chaque concepteur, tout en affirmant sa propre interprétation, participera de cette expression générale des façades de l’entrepôt.

Caractéristiques structurelles de l’entrepôt

Trame de poteaux de 8 X 8,5 mètres

Hauteur moyenne sous plafond de 6 mètres

Section des poteaux 65 X 65 cm au R+1, 75 X 75 cm au Rez-de-chaussée 85 X 85 cm au sous-sol

Section de la dalle alvéolaire : 41 cm

Grille de béton : 4 X 6 mètres

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© sergio grazia

ARCHITECTURE A XV

Le Masterplan établi, c’est tout naturellement à son auteur qu’incombe le soin de le faire vivre. Floris alkemade et son associé Xaveer De Geyter — réunis au sein du groupement d’intérêt momentané Faa + XDGa — se voient confier par la SaS ParisnordeST, la mission d’architecte coordinateur. Sous leur orchestration, quatorze équipes d’architectes, désignées avec la Ville de Paris, opèrent à la conception des différents programmes. un rôle fondamental pour veiller à l’équilibre entre le respect du Masterplan et la liberté de sa réinterprétation, motivation de la diversité architecturale.

Depuis 2009, l’ensemble des concepteurs et partenaires — promoteurs, investisseurs, bailleurs et maîtrise d’ouvrage — se réunissent en workshops. ils y abordent les questionnements indispensables à la mise en cohérence de leurs travaux respectifs : alignement, façades, noyaux de distribution… au fil des rencontres, l’expression initiale du Masterplan s’enrichit des propositions des équipes. l’atelier Christian de Portzamparc s’affranchit de la continuité de la façade nord pour proposer, sur l’aile ouest, une coupure franche du bâtiment. l’agence Hondelatte – laporte fusionne, elle, les deux plots qui lui ont été attribués pour offrir au bâtiment une nouvelle orientation et, dans le même temps, optimiser le nombre de logements traversant. l’auC, déroge aux règles d’alignement pour profiter d’un porte-à-faux, marquant la limite entre les logements et les bureaux.

A la suite de l’établissement des permis de construire, c’est par ensemble de plots voisins que les équipes se rencontrent avec toujours comme interface privilégiée, l’architecte coordinateur.

Equipe de coordination

Architecture : FAA + XDGA – FLORIS ALKEMADE, XAVEER DE GEYTER, MILENA WYSOCZYNSKA, ANTOINE CHAUDEMANCHE

Paysage : MICHEl DESVIGNE

BET: SETEC BATIMENT

Façade : T/E/S/S

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