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Mésoamérique : l’effet ouragan – Edgardo Aragón

Mésoamérique : l’effet ouragan – Edgardo Aragón

« Notre océan, votre horizon », telle est la programmation de la neuvième édition Satellite proposée par le Jeu de Paume. La mise en regard des notions d’identité océanique et d’identité terrestre, deux prismes à travers lesquels chacun peut envisager sa relation au monde, constitue le point de départ de la programmation satellite 9.

Si l’identité terrestre repose sur une vision du monde tournée vers l’intérieur, préoccupée d’espaces finis délimités par des frontières et une souveraineté, l’identité océanique est tout autre. une identité liée à un « espace aquatique » engendre une perspective ouverte sur l’extérieur, fluide, ample et sans exclusive, axée sur les horizons et sur ce qui se trouve au-delà. vue sous cet angle, l’identité est définie par la navigation et le mouvement, ce qui correspond à un renversement de l’interprétation statique de l’espace.

Ce renversement, c’est l’un des initiateurs de la notion d’identité océanique, le scientifique fidjien Epeli Hau’ofa, qui en est à l’origine. Dans l’essai Notre mer d’îles qu’il publie en 1994, il s’élève contre la vision territoriale réductrice imposée aux îles du Pacifique, selon laquelle celles-ci seraient trop petites pour être viables. en renouant avec le principe pré-colonial soutenant que les îles feraient partie d’un espace de vie interconnecté, Hau’ofa remet en cause les interprétations déterministes occidentales qui voient dans l’océan un non-espace, une simple absence de terre.

Les artistes Edgardo Aragón, Patrick Bernier & Olive Martin, Guan Xiao et Basim Magdy naviguent au gré d’identités qui, échappant à la dichotomie traditionnelle entre terre et eau, sont hybrides ou fluides, grâce peut-être en partie à internet. Cette série de quatre expositions personnelles propose des profils alternatifs et imaginaires allant à l’encontre des règles classiques d’une cartographie restrictive pour inclure des acceptions plus souples de la notion d’identité.

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Mésoamérique : l’effet ouragan 2015 (détail de la vidéo) Edgardo Aragón Vidéo HD, couleur, son, et série de 10 cartes. Coproduction : Jeu de Paume, Paris, Fondation Nationale des Arts Graphiques et Plastiques et CAPC musée d’art contemporain de Bordeaux

L’artiste mexicain Edgardo Aragón s’intéresse aux systèmes économiques et politiques mexicains et internationaux et met en lumière leurs effets sur certains groupes sociaux de son pays. Dans sa nouvelle œuvre Mesoamerica: The Hurricane Effect [Mésoamérique : l’effet ouragan], il propose une cartographie critique où l’on découvre les leviers de pouvoir qui régissent le Mexique ainsi que le projet d’aménagement international « Mésoamérique » et ses répercussions sur Cachimbo, village situé sur une péninsule aux confins des États d’Oaxaca et du Chiapas.

Souvent centré autour du crime organisé et de conflits précis, le travail d’aragón ressuscite parfois des pans de sa propre histoire familiale marqués par la violence. Baignant dans un calme trompeur, ses vidéos montrent des paysages paisibles et ensoleillés, mais, au fur et à mesure de leur déroulement, des détails s’accumulent pour raconter des histoires très troubles sur le pouvoir et ses relations corrompues. les portraits paysagers d’Aragón rappellent le Fûkeiron ou la « théorie du paysage » élaborés à la fin des années 1960 par des cinéastes japonais qui considéraient que tous les paysages que l’on rencontre au quotidien, même ceux d’une beauté de carte postale, reflètent les structures du pouvoir en place. Dans ses œuvres, Aragón donne à voir le pouvoir des cartels de la drogue, des partis politiques, des sociétés étrangères et la façon dont leurs activités s’interpénètrent par le biais d’ententes illicites.

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Mésoamérique : l’effet ouragan 2015 (détail de la vidéo) Edgardo Aragón Vidéo HD, couleur, son, et série de 10 cartes. Coproduction : Jeu de Paume, Paris, Fondation Nationale des Arts Graphiques et Plastiques et CAPC musée d’art contemporain de Bordeaux

Sa nouvelle œuvre, Mesoamerica: The Hurricane Effect, examine de près l’action des pouvoirs d’origine étrangère dans le Mexique actuel, qui rappelle la mainmise étrangère en vigueur voici plusieurs siècles. La Mésoamérique désigne une riche civilisation d’Amérique centrale apparue environ dix mille ans av. J.-C. et à l’origine notamment des florissantes cultures maya, aztèque et zapotèque. Ces cultures furent anéanties aux XVe et XVIe siècles par l’arrivée des espagnols, qui utilisèrent la chrétienté comme un outil de discrimination et de soumission des autochtones. aujourd’hui, « Mésoamérique » est donc aussi le surnom d’un projet d’aménagement de plusieurs millions de dollars baptisé officiellement « Projet mésoaméricain d’intégration et d’aménagement », financé et mis en œuvre par les États-unis. selon son acte de naissance officiel, il a pour but d’aider la région à se développer par le biais d’investissements dans les réseaux d’infrastructure, d’électricité, de télécommunications et de transport, mais, à cause d’une corruption endémique à tous les niveaux, cette initiative ne bénéficie pas aux populations pauvres et favorise au contraire les sociétés étrangères implantées dans la région.

Dans cette vidéo, Aragón oriente son objectif sur un point précis de la carte du Mexique, la localité de Cachimbo, un lieu situé sur une péninsule méridionale, juste à la frontière des provinces d’Oaxaca et du Chiapas. très exposée aux ouragans, Cachimbo est obligée de reconstruire son infrastructure chaque année après la saison des ouragans. de par sa situation frontalière, elle est aussi le théâtre de toutes sortes de commerces clandestins. Bien que toute proche d’une des centrales électriques appartenant au Projet mésoamérique, elle n’est pas alimentée en électricité, si ce n’est par un fragile réseau à énergie solaire offert par une ong indienne. Car le courant produit par les éoliennes du site du Projet mésoamérique part directement vers le nord, vers le centre d’oaxaca, d’où il est transféré au profit de sociétés sous contrôle étranger.

Dans la vidéo d’Aragón, on voit un personnage porter une batterie du centre d’Oaxaca jusqu’à Cachimbo. Aragón tente de corriger les injustices du système du Projet Mésoamérique et, par un geste poétique, apporte l’électricité à ceux vers qui elle aurait dû aller en premier lieu. le personnage traverse le paysage et les éoliennes, témoins des investissements du Projet Mésoamérique, en franchissant le lac qui conduit à la péninsule. arrivé à Cachimbo, à la fin de la vidéo, il lit un passage du livre d’Andrés Henestrosa, Los hombres que disperso la danza [les hommes que la danse dispersa].

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Mésoamérique : l’effet ouragan 2015 (détail de la vidéo) Edgardo Aragón Vidéo HD, couleur, son, et série de 10 cartes. Coproduction : Jeu de Paume, Paris, Fondation Nationale des Arts Graphiques et Plastiques et CAPC musée d’art contemporain de Bordeaux

Écrivain et homme politique natif de la région de Cachimbo, Andrés Henestrosa a joué un rôle important dans la préservation de la culture zapotèque en collectant ses légendes et en les publiant. Écrit en 1929, Los hombres que disperso la danza en constitue le plus célèbre recueil. dans l’extrait lu dans la vidéo, les forces naturelles s’entredéchirent tandis qu’au milieu d’elles se tient un homme. après les catastrophes vient le temps du renouveau. Aragón a choisi cette légende car elle rompt avec la tradition judéo-chrétienne que le colonialisme espagnol a laissée derrière lui dans la région et qui incite à voir les événements funestes et les injustices – tels que les effets du Projet Mésoamérique – comme des fatalités.

Il dresse un parallèle avec la façon dont le néolibéralisme est aujourd’hui partout accepté comme la seule option valable. Aragón réintroduit cette légende dans la communauté de Cachimbo et renoue avec l’idée de renouveau en rendant ce récit sous sa forme orale originelle à ceux qui l’on vu naître.

Le projet d’Aragón comporte une vidéo et une série de cartes. dessinées à la main, ces dernières procèdent d’une vision décalée pour mieux dévoiler les structures de pouvoir au Mexique et les effets de la mise en œuvre du Projet Mésoamérique au sein de ces structures.

« Le vent du sud triompha de celui du sud-est et poussa les nuages jusqu’à les faire s’amonceler au-dessus de nos champs, et la pluie largua bruyamment ses cordes et descendit laver la douleur de la terre ; la déroute des éclairs ennemis fut définitive et le ciel ne tonna plus car durant toute cette époque, ces derniers avaient disparu. Les zapotèques tracèrent de nouveaux chemins car les vieillards se noyèrent dans les eaux de pluie et quittèrent le village pour semer, et la terre qui était restée sèche pendant deux ans féconda la semence qu’en son ventre avaient jetée des mains reconnaissantes. »

Fragment tiré de Los hombres que dispersó la danza [les hommes que la danse dispersa]. Andrés Henestrosa.

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Mésoamérique : l’effet ouragan 2015 (détail de la vidéo) Edgardo Aragón Vidéo HD, couleur, son, et série de 10 cartes. Coproduction : Jeu de Paume, Paris, Fondation Nationale des Arts Graphiques et Plastiques et CAPC musée d’art contemporain de Bordeaux

Edgardo Aragón, né en 1985 à Oaxaca, Mexique…

Dans le travail d’Edgardo Aragón (Oaxaca, Mexique, 1985), les structures du pouvoir, de la violence et de la politique sont abordées à travers des performances enregistrées qui recréent des événements du passé où se mêlent librement des éléments de l’histoire familiale et de l’histoire politique. À propos de son œuvre, l’artiste déclare : « mon travail s’articule souvent autour de la façon dont les hautes sphères utilisent le pouvoir pour segmenter la majeure partie de la population. » d’apparence sereine, ses vidéos s’appuient sur des scénarios qui, bien que centrés sur les paysages, dévoilent un discours politique. elles développent des récits inspirés par le contexte du quotidien et par la dureté des réalités sociales, généralement celles du mexique, terre natale d’aragón. Prenant la forme de documents à la sensibilité mélancolique, elles provoquent par leur silence dérangeant une prise de conscience sur un mode particulièrement pénétrant.

Récemment, les œuvres d’Edgardo Aragón ont été présentées, entre autres, au Jewish Museum de New York (2015), à la biennale Contour de Malines, Belgique (2013), au Moma Ps1 de New York (2012), à l’international Biennal for Young art de Moscou (2012) et à la 9e Biennal do Mercosul à Porto Allegre, Brésil (2012).

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Mésoamérique : l’effet ouragan 2015 (détail de la vidéo) Edgardo Aragón Vidéo HD, couleur, son, et série de 10 cartes. Coproduction : Jeu de Paume, Paris, Fondation Nationale des Arts Graphiques et Plastiques et CAPC musée d’art contemporain de Bordeaux

Sélection d’expositions

Expositions collectives

2015

« Sights and sounds: global film and video », Jewish museum, new York, États-unis

2014

« The act of seeing with one’s own eyes », Contemporary Art Gallery, Vancouver, Canada

2013

« Efectos de familia », Kadist art foundation, San Francisco, États-unis

Contour – Biennale de l’image en mouvement, Malins, Belgique

2012

« Resisting the Present. » Mexico 2000-2012, Museé d’Art Moderne de la Ville de Paris, Paris, France

Sélection officielle, FID Marseille, Marseille, France

IIIe Biennale internationale de jeunes artistes, Moscou, Russie

« Ourselves », ACCA – Australian Centre for Contemporary Art, Melbourne, Australie

« Solo Projects », de Rey Akdogan, Edgardo Aragón, Ilja Karilampi et Caitlin Keogh, Moma Ps1, New York, États-unis

2011

« Essays on Geopoetics » 9e Bienal do Mercosul, commissaire José Roca, Porto Alegre, Brésil

« Untitled » (12th Biennale d’Istanbul), commissaires : Adrianon Pedrosa et Jens Hoffmann, Istanbul, Turquie

Expositions personnelles

2013

« Tesoro », Laurel Gitlen Gallery, New York, États-unis

« Invasión », Proyectos Monclova, mexico City, mexique

2012

« La trampa », Luckman Gallery, LAXART, commissaire : Ruth Estévez, Los Angeles, États-Unis

Prix et résidences

2013

AIMIA-AGO photo prize, Art Gallery of Ontario, Toronto, Canada

Residence à AIR, Antwerp, Belgium

Residence à ISCP-FONCA, New York, USA

2011

Chronicle of a Tape Recorded Over: documentaire experimental, 30 minutes, vidéo, couleur

2010

Jóvenes Creadores FONCA

2009

Jóvenes CreadoresFONCA

Programa Arte Actual, Bancomer-MACG

2008

Programa para la producción de Arte y Medios, Centro multimedia, CENART

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Mésoamérique : l’effet ouragan 2015 (détail de la vidéo) Edgardo Aragón Vidéo HD, couleur, son, et série de 10 cartes. Coproduction : Jeu de Paume, Paris, Fondation Nationale des Arts Graphiques et Plastiques et CAPC musée d’art contemporain de Bordeaux

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Mésoamérique : l’effet ouragan 2015 (détail de la vidéo) Edgardo Aragón Vidéo HD, couleur, son, et série de 10 cartes. Coproduction : Jeu de Paume, Paris, Fondation Nationale des Arts Graphiques et Plastiques et CAPC musée d’art contemporain de Bordeaux

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