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Quelles solutions alternatives à l’automobile pour faire ses courses alimentaires…

Quelles solutions alternatives à l’automobile pour faire ses courses alimentaires…

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Quelles solutions alternatives à l’automobile pour faire ses courses alimentaires…

Après avoir publié une du service de l’observation et des statistiques (SOeS) confirmant la prépondérance de la voiture dans les déplacements, faire ses courses, lorsque le foyer se situe en zone périurbaine, nécessitent un moyen de déplacement, mais la pratique vertueuse visant à laisser la voiture individuelle au garage est-elle envisageable ? Faut-il repenser les déplacement urbains…?

A cette question, le CREDOC,  centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie, a réalisé une recherche sur les pratiques d’approvisionnement alimentaire des ménages périurbains.

Deux réflexions ont fixé le tracé de l’enquête.

Ces ménages développent-ils des pratiques d’approvisionnement alimentaire peu dépendantes de la voiture individuelle ? Quelles sont les conditions d’adoption de «pratiques vertueuses» et les obstacles à leur diffusion ?

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Une enquête de terrain auprès de ménages périurbains d’une agglomération de taille moyenne, a permis d’identifier une série de pratiques potentiellement vertueuses: chaînage des courses avec d’autres déplacements, regroupement spatial et/ou temporel des achats, fréquentation de l’offre de proximité, recours à des modes de déplacement doux, mais aussi achat à distance, achat direct auprès des producteurs et autoproduction. Les préoccupations écologistes jouent. Elle montre, toutefois, que l’adoption de ces pratiques est tout autant liée à d’autres objectifs ou contraintes: la gestion du budget familial, si ce n’est les difficultés financières, l’impératif de gagner du temps, le souhait d’avoir un meilleur contrôle sur la qualité des denrées alimentaires.

Même si le constat de la prédominance de la voiture individuelle dans les déplacements liés aux courses, l’usage de la voiture est un peu moins fréquent que pour les déplacements liés au travail. Mais tout au plus un tiers des déplacements liés aux courses, alimentaires et non alimentaires confondues, est réalisé avec des modes doux: marche à pied (25%), transports en commun (4%) ou vélo (2%).

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Plusieurs possibilités s’offrent au consommateur qui souhaite limiter l’importance des déplacements automobiles liés à ses courses alimentaires. Il peut:

• réduire le nombre de ses déplacements automobiles, en chaînant ses courses avec d’autres déplacements ou en regroupant ses achats dans le temps ou dans l’espace ;

• minorer l’étendue de ses déplacements, en fréquentant l’offre commerciale à proximité de son domicile;

• recourir, pour ses courses, à des modes de déplacement doux : transports en commun, marche à pied, vélo ou covoiturage. L’approvisionnement alimentaire prend le plus souvent la forme d’un déplacement du consommateur vers des commerces. Mais d’autres formes d’approvisionnement, potentiellement «vertueuses» en termes de durabilité, existent :

• la vente à distance exempte le consommateur du déplacement en magasin ;

• l’achat direct auprès du producteur supprime l’étape de la distribution et réduit le transport des produits alimentaires ;

• l’autoproduction permet enfin de devenir soi-même producteur de denrées alimentaires: ni le consommateur ni le produit alimentaire ne font l’objet de déplacements.

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L’enquête réalisée par le CRÉDOC montre que les ménages développent peu de solutions alternatives à la voiture individuelle pour faire leurs courses alimentaires: ils sous-estiment le coût temporel, financier et environnemental de la mobilité automobile. Une première manière de réduire le nombre de kilomètres parcourus en voiture pour son approvisionnement alimentaire est de profiter d’un déplacement, ayant à l’origine un autre motif – le travail, les activités des enfants, les loisirs, les soins médicaux, la sociabilité… L’observation révèle que les possibilités de chaînage des courses avec d’autres déplacements sont étroitement liées aux modes de vie, et, plus précisément, à la localisation de la résidence, à la position dans le cycle de vie et aux conditions de travail. Pour éviter de trop fréquents déplacements, certains ménages optent pour le regroupement de leurs courses alimentaires en un seul lieu ou en un seul moment de la semaine, de la quinzaine ou même du mois. Un tel regroupement nécessite la fréquentation des grandes surfaces, mais également un recours important aux conserves ou aux produits congelés. Il est privilégié par les ménages confrontés à des contraintes temporelles fortes qui disposent d’espaces de stockage (rangements, congélateur), et montrent peu de goût pour les courses, si ce n’est pour la cuisine.

Le recours à l’offre commerciale de proximité proche de l’habitat est développé pour les courses de dépannage et par les consommateurs peu mobiles, notamment les personnes âgées ou celles ne possédant pas de voiture. Mais ces ménages sont alors dépendants de l’équipement commercial du territoire périurbain où ils habitent.

Les périurbains rencontrés par le CRÉDOC qui font leurs courses à pied, en bus, à vélo, ou ont recours aux solidarités familiales, de voisinage, ou encore à l’offre marchande des services à domicile, y sont le plus souvent contraints: ils n’ont pas le permis de conduire, ne sont pas propriétaires d’une voiture, connaissent des difficultés financières, sont âgés, invalides… L’existence d’une offre commerciale importante et diversifiée à proximité du domicile, mais également d’une offre publique de déplacements doux (transports en commun, pistes cyclables) facilite toutefois de telles solutions alternatives.

Pour éviter de se déplacer, certains ménages ont recours à la vente à distance. À l’heure d’Internet, la vente à distance est de plus en plus associée au e-commerce. L’offre en ligne connaît un développement manifeste, mais reste limitée dans le secteur alimentaire. Surtout, elle est encore cantonnée aux centres-villes. Les ménages périurbains ne peuvent y avoir recours : leur commune de résidence n’est pas desservie par les livraisons des grands distributeurs. Ils peuvent opter pour la solution du drive : celle-ci leur permet de gagner du temps, mais non d’éviter un déplacement. L’enquête révèle par contre que certains périurbains bénéficient de tournées de commerçants se perpétuant sous une forme résiduelle. Surtout, nombre de ménages sont clients de grandes entreprises spécialisées dans la livraison à domicile de produits surgelés. Les mobilités liées à l’approvisionnement alimentaire incluent le transport des denrées, du lieu de production au lieu de consommation. Pour une frange des consommateurs, le lieu de production est devenu un critère d’achat ou, à l’inverse, de boycott des produits alimentaires, en raison à la fois du coût écologique lié au transport, notamment en avion, de la volonté de soutenir «l’agriculture locale» ou de contrôler la qualité ou les conditions de production, environnementales, mais aussi sociales, des denrées. L’achat de « produits locaux » peut se faire dans la grande distribution, dans des petits commerces spécialisés ou directement auprès des producteurs, sur les marchés ou dans le cadre de la « vente à la ferme », sans oublier les « paniers » proposés par les Associations pour le Maintien de l’Agriculture Paysanne (AMAP).

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Le jardin reste dans les représentations, et le plus souvent dans la pratique, associé au périurbain. Outre la culture des vergers et potagers, l’élevage, si ce n’est la chasse, la cueillette et la pêche peuvent être intégrées dans l’autoproduction. Jouant un rôle compensateur pour les ménages les moins aisés, l’autoproduction répond aussi au plaisir de cultiver ses propres légumes ou encore au souci de consommer des produits sûrs. L’adoption de pratiques d’achat à distance, d’achat direct auprès des producteurs et d’autoproduction est facilitée par un contexte favorable, du point de vue de l’offre (possibilité d’avoir recours à l’achat à distance ou à la vente directe auprès des producteurs), de l’habitat (capacité de stockage, existence d’un jardin), du temps disponible, si ce n’est de la transmission des savoir-faire liés à l’autoproduction. Elle n’est qu’en partie soutenue par des préoccupations liées à la santé ainsi qu’à l’environnement, et plus largement au développement durable.

L’adoption de pratiques vertueuses est souvent liée à d’autres objectifs et/ou contraintes : les ménages cherchent à limiter les dépenses consacrées à l’alimentation, à gagner du temps, à contrôler la qualité des denrées alimentaires, pour des raisons de santé ou de goût.

Les préoccupations écologistes progressent et une part certainement croissante des ménages souhaiterait mettre en cohérence ces préoccupations avec ses pratiques quotidiennes. Toutefois, compte tenu de la diversité des injonctions auxquelles ils sont soumis, à la fois nutritionnelles, budgétaires, environnementales, sociales et politiques, les consommateurs, sans renoncer forcément à leurs valeurs et leurs idéaux, sont obligés d’opérer des choix pragmatiques intégrant leurs contraintes quotidiennes. Ils sont à la fois des agents économiques susceptibles de favoriser leur propre intérêt à court terme et des citoyens pouvant agir de manière désintéressée. Cette combinaison explique la cohabitation de pratiques individualistes, valorisant la recherche du plus bas prix ou du plaisir personnel, avec des pratiques, ou des aspirations citoyennes, ayant trait à la préservation de l’environnement et, plus largement, au développement durable.

Plus ou moins sciemment, les consommateurs se réservent la possibilité de mettre en place des « accommodements raisonnables ». Ne pouvant avoir en tous points un comportement vertueux, ils « compensent » leurs pratiques les moins recommandables par des pratiques plus vertueuses.

 

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