Browse By

Le site géothermique de Bouillante en Guadeloupe passe sous pavillon américain

Le site géothermique de Bouillante en Guadeloupe passe sous pavillon américain

Le site géothermique de Bouillante en Guadeloupe passe sous pavillon américain

En matière de production d’électricité géothermique française, les premiers forages ont été menés dans les années 70 sur le site de Bouillante en Guadeloupe. La centrale est basée sur un réservoir naturel d’eau très chaude (250 °C) enfoui à 1 000 mètres de profondeur dans la roche volcanique. Elle a longtemps été exploitée par Géo- thermie Bouillante, filiale du BRGM1, sans cependant parvenir à l’équilibre économique, faute d’investissements suffisants. Depuis fin 2015, la société d’exploitation a vu l’arrivée d’un nouvel actionnaire majoritaire en la présence d’Ormat Technologies, développeur américain de projets géothermiques depuis 30 ans à travers le monde. Le nouvel acteur détient 60 % des parts du site, alors que le BRGM, actionnaire unique depuis le retrait d’EDF il y a quelques années, en conserve 20 % et la Caisse des dépôts, les 20 % restants. Ormat se dit prêt à mobiliser des moyens pour permettre à l’usine de valoriser enfin le potentiel énergétique local révélé dans les années 80. Cela implique l’investissement de 70 millions d’euros pour porter à 45 MW la capacité installée du site, contre 15 MW actuellement.

Aujourd’hui, faute de pression suffisante dans le réservoir géothermie, Bouillante ne tourne qu’à 10-11 MW de puissance effective. La première étape de son développement va donc être de rétablir la puissance initiale en réinjectant une plus grande partie des rejets de la centrale dans le réservoir géothermique, au lieu de les libérer en mer. Cela devrait être réalisé d’ici mi-2017. Actuellement, seuls 20 % de l’eau puisée dans le réservoir y sont réinjectés, et un travail de recherches cofinancé par le BRGM et l’Ademe doit déterminer les limites de faisabilité d’une augmentation de ces volumes. Point positif pour le compte d’exploitation du site, Bouillante va pouvoir bénéficier du coup de pouce tarifaire accordé par EDF et accepté par la Commission de régulation de l’énergie (CRE) au 1er janvier 2016. Depuis cette date, le tarif d’achat de l’électricité se situe aux environs de 170 €/ MWh, contre 135 €/MWh auparavant. L’étape suivante, prévue pour 2020, doit permettre de porter la puissance électrique du site à 25 MW. Cela se fera grâce à un troisième forage de production, qui valorisera davantage le réservoir, et à une modification de l’alternateur pour optimiser la production d’électricité. Enfin, la troisième étape, à l’horizon 2021, va consister à exploiter un nouveau réservoir situé au nord de la baie de Bouillante pour porter à 45 MW la puissance installée.

L’ensemble de ces opérations s’inscrit dans un cadre plus large. Le conseil régio- nal de Guadeloupe a voté en octobre 2015 une motion pour le développement de la géothermie en Guadeloupe et dans les Caraïbes, en vue d’atteindre un objectif de 20 % d’électricité issue de la géothermie à l’horizon 2020 (contre 6 % aujourd’hui grâce à Bouillante). Sa volonté est également de développer un centre d’excellence sur la filière, dont les missions et l’organisation sont envisagées dans le cadre du projet Interreg Géothermie caraïbe phase 2, mené en partenariat avec l’Ademe.

NOUVEAUX PROJETS DANS LES CARAÏBES

La géothermie dans les Caraïbes françaises ne se limite pas au seul site de Bouillante. Un peu plus au sud, sur la commune de Vieux-Habitants, la société guadeloupéenne Teranov a obtenu en mai 2016 un permis exclusif de recherche. Sur ce site sera construit le démonstrateur du projet Geotref, retenu dans le cadre des Investissements d’avenir, qui associe, autour de Teranov, trois PME et neuf laboratoires de recherche. Avec un budget de 43 M€, le projet doit permettre de modéliser les échanges thermiques et les écoulements dans les roches fracturées en capitalisant sur les travaux conduits dans le secteur pétrolier. Sur l’île de Saint-Kitts, au nord de la Guadeloupe, Teranov a par ailleurs conclu un partenariat public privé avec le fournisseur d’électricité local afin de réaliser une centrale. Les forages d’exploration sont prévus en 2017. Enfin, le BRGM a signé un partenariat avec la République dominicaine, via un financement de la Banque interaméricaine de développement (BID), pour une évaluation de la ressource. Il poursuit aussi ses travaux d’exploration à la Martinique avec des soutiens de l’Ademe et du conseil régional. En revanche, l’ambitieux programme envisagé sur l’île de la Dominique est au point mort. Sur ce territoire à la ressource géothermale abondante, l’objectif était d’aménager une première centrale électrique d’une dizaine de MW destinée au marché local, puis d’en développer plusieurs autres, pour une centaine de MW, dont l’énergie aurait été dédiée à l’exportation par câbles sous-marins vers la Guadeloupe et la Martinique. Les abandons successifs des potentiels investisseurs qu’étaient EDF puis Engie ont stoppé toute poursuite du dossier.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Translate »