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Une ruée vers les ressources en Arctique en raison de la fonte de la banquise, un appel à la prudence…

Une ruée vers les ressources en Arctique en raison de la fonte de la banquise, un appel à la prudence…

Il est impératif de renforcer la gouvernance et la gestion pour éviter que la ruée vers les ressources ne dégrade l’environnement fragile de l’Arctique, explique l’Annuaire du PNUE 2013…

Selon l’Annuaire 2013 du Programme des Nations Unies pour l’environnement, la ruée vers les ressources, motivée par l’apparente accélération de la fonte de la banquise, appelle à la prudence et à une gouvernance efficace afin d’empêcher tout dommage à l’environnement fragile de l’Arctique.

Le rapport, qui chaque année souligne les principaux problèmes émergents auxquels est confronté l’environnement mondial, met également en évidence la nécessité d’une meilleure information et d’une gestion rationnelle, et ce, afin de minimiser les risques liés aux produits chimiques. Il soulève par ailleurs la question de la récente recrudescence du commerce illicite d’ivoire et de cornes de rhinocéros.

Ces dernières années, la couverture de glace pendant l’été en Arctique s’est encore réduite, atteignant 3,4 millions de kilomètres carré en 2012, le plus bas niveau jamais constaté : 18 % inférieur au minimum enregistré en 2007 et 50 % inférieur à la moyenne des années 1980 et 1990. Les glaces des terres émergées reculent également et le pergélisol fond.

Selon le rapport, ce recul des glaces engendre un accès plus facile aux ressources naturelles, telles que le gaz et les hydrocarbures, provoquant ainsi une augmentation des activités humaines susceptibles de mettre en péril les écosystèmes et la faune d’ores et déjà fragiles.

« En Arctique, l’évolution des conditions environnementales, souvent considérée comme un indicateur du changement climatique mondial, est une source de préoccupation depuis de nombreuses années. Pourtant, cette prise de conscience ne s’est pas encore traduite par des mesures urgentes », explique Achim Steiner, Sous-secrétaire général des Nations Unies et Directeur exécutif du PNUE.

Et d’ajouter : « Nous constatons en effet que la fonte des glaces provoque une ruée vers les énergies fossiles qui sont justement à l’origine de la fonte ». « Comme le souligne l’Annuaire du PNUE 2013, l’empressement à vouloir tirer parti de ces importantes réserves inexploitées a des conséquences auxquelles les pays du monde entier doivent mûrement réfléchir, au vu des implications et incidences en jeu au niveau mondial. »

La disparition de la glace et de la neige facilitant l’accès et les transports, l’Arctique devrait jouer un rôle bien plus important à l’avenir dans l’approvisionnement en énergie et en minéraux.

L’United States Geological Survey (« Institut d’études géologiques des États-Unis ») estime que 30 % des ressources mondiales en gaz naturel non découvertes se trouvent dans cette région, principalement sur les plateaux continentaux situés sous l’océan Arctique. Selon les évaluations, plus de 70 % du pétrole non encore découvert en Arctique se trouve au nord de l’Alaska, dans le bassin amérasien, l’est du Groenland et dans d’autres zones encore.

Une compagnie d’assurance prévoit que jusqu’à 100 milliards de dollars US y seront investis au cours de la prochaine décennie, principalement dans le secteur des minéraux. L’exploration et l’exploitation minière s’accélèrent, entraînant la construction de routes, de ports et de nouvelles installations.

En outre, la Route du Nord et le Passage du nord-ouest sont ouverts au transport maritime à certaines périodes de l’année en raison de la fonte de la banquise. Certains pays ont estimé que la Route du Nord deviendrait une autoroute maritime « d’importance mondiale » avec un trafic 40 fois supérieur d’ici 2020.

La pêche devrait également augmenter de façon considérable, car l’on constate actuellement le déplacement, largement annoncé, vers le nord des espèces de poissons subarctiques (morue de l’Atlantique et du Pacifique y compris). Une étude prévoit une possible hausse de 30 à 70 % des captures de poissons dans les hautes latitudes, y compris l’Arctique, d’ici 2055.

L’association de la transformation rapide de l’environnement et de la ruée vers les ressources peut rompre les cycles hydrologiques, mettre en danger les écosystèmes, empêcher la migration des caribous et des rennes et gravement perturber les modes de vie traditionnels des peuples autochtones. Ce point soulève aussi d’importantes questions géopolitiques avec de possibles répercussions bien au-delà de l’Arctique.

Constitué du Canada, du Danemark, des États-Unis, de la Finlande, de l’Islande, de la Norvège et de la Russie, le Conseil de l’Arctique a un rôle crucial à jouer afin de garantir une exploitation responsable des ressources.

Le Conseil aborde la question du développement durable de l’Arctique dans des rapports sur la neige et la glace, la pollution, les conséquences du changement climatique, le transport maritime, le développement humain et la biodiversité ; et a pris des mesures visant à améliorer la gouvernance environnementale.

La nécessité d’améliorer la gouvernance est d’autant plus cruciale aujourd’hui que la fonte de la banquise a été plus rapide que ce qu’avait prévu le rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). En effet, le rapport prévoyait une possible disparition de la glace de l’Arctique à l’horizon 2100, mais les prévisions actuelles indiquent plus fréquemment 2035.

La fonte de la banquise s’est accompagnée de celle de la calotte glaciaire du Groenland, du dégel du pergélisol de la toundra et d’une disparation partielle de la neige sur les terres causée par une fonte précoce et le dégel de la couverture neigeuse de certains glaciers.

De multiples raisons expliquent que le réchauffement de l’Arctique soit deux fois plus rapide que dans le reste de la planète. Les courants atmosphériques et marins apportent une chaleur supplémentaire en Arctique alors que la fonte elle-même, réduisant la réflexion de la lumière du soleil, entraîne un dégel encore plus important.

La neige et la glace blanches agissent comme des miroirs et réfléchissent 85 % du rayonnement solaire. Mais les zones de l’océan dépourvues de glace ne renvoient que 10 % du rayonnement solaire et la toundra nue seulement 20 %.

Il semblerait également que le carbone noir (suie), un polluant climatique de courte durée de vie, contribue au réchauffement en assombrissant la neige et la glace, réduisant ainsi la surface réfléchissante. L’an dernier, le PNUE et ses partenaires ont lancé la Coalition pour le climat et l’air pur visant à réduire le carbone noir et autres polluants climatiques de courte durée de vie.

Le dégel du pergélisol participera également à une nouvelle hausse des températures. En effet, les matières organiques qu’il contient (jusqu’à 1 700 gigatonnes de carbone dans l’hémisphère nord) fondent et se décomposent, libérant le carbone emprisonné sous forme de CO2 et de méthane.

 

Impact de l’accélération de la fonte sur les terres et les océans

Le rapport met en avant un grand nombre de conséquences possibles liées au changement climatique. En voici quelques-unes :

– La fonte des glaces et des neiges sur les terres arctiques vient s’ajouter à l’eau des océans du monde, élevant leur niveau.

– Le Groenland constitue la première source d’inquiétude à long terme. En effet, sa fonte pourrait élever le niveau des océans de sept mètres. Ce phénomène n’est pas imminent, car plusieurs centaines d’années au rythme actuel du réchauffement seraient nécessaires. Cependant, la fonte du Groenland s’est récemment accélérée et les prévisions actuelles concernant la couverture neigeuse et glacière du Groenland pourraient bien être dépassées.

– La perte de masse glaciaire du Groenland, le ruissellement dans l’océan du pergélisol dégelé et la fonte des petits glaciers contribuent à la modification des courants marins à travers le monde avec d’éventuelles conséquences majeures sur les systèmes météorologiques mondiaux.

– Le changement climatique est un facteur de stress majeur sur la biodiversité de l’Arctique, qui entraîne la disparition d’habitats uniques et perturbe le cycle de vie des espèces synchronisé sur la fonte des neiges et des glaces.

– Les mammifères de l’Arctique, comme les ours polaires, les morses et certains phoques, sont particulièrement vulnérables à la fonte de la banquise pendant l’été, cette dernière leur servant de base et de zone de repos pendant la chasse. À titre d’exemple, les morses sont de plus en plus nombreux à se regrouper sur les quelques parcelles de terre pourtant éloignées de leurs zones de recherche de nourriture.

– La fonte de la banquise offre de nouvelles possibilités en matière de pêche pour une partie des quelque 4 millions d’habitants de l’Arctique. Cependant, elle implique également une moins bonne protection des communautés côtières en cas de tempêtes. Le dégel du pergélisol détruit l’infrastructure vitale et les modifications que subit l’Arctique peuvent menacer les modes de subsistance traditionnels des communautés autochtones.

Le rapport fournit de nombreuses recommandations pour répondre à ces nouveaux problèmes, par exemple :

– La réduction des gaz à effet de serre demeure une des mesures les plus importantes. Dans le processus des Nations Unies sur le changement climatique, l’action est un point essentiel. Des actions complémentaires pour réduire les émissions régionales de polluants de courte durée de vie, tels que le carbone noir, pourraient être intégrées.

– Le risque de dommages majeurs sur l’environnement est élevé. Il est donc crucial de ne prendre aucune mesure liée à l’exploitation de l’environnement actuel de l’Arctique sans évaluer au préalable son incidence sur les écosystèmes ainsi que sur les peuples du Nord et le reste du monde.

– Dans l’Arctique, les enjeux du changement climatique et du développement économique et social nécessitent une vision à long terme et des réponses politiques innovantes. Les peuples autochtones et autres parties prenantes devraient participer ouvertement à l’évaluation des options concernant l’Arctique.

– Il est essentiel de renforcer les systèmes de surveillance et d’alerte rapide concernant toute nouvelle évolution du fait de la rapidité du changement. Il est urgent, notamment, de réaliser des recherches environnementales sur l’impact des polluants de courte durée de vie, sur les mécanismes des évolutions des neiges et des glaces et leurs conséquences, sur les changements actuels et futurs de la biosphère et sur l’utilisation des connaissances traditionnelles pour éclairer les mesures politiques et de gestion.

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Le commerce illicite d’espèces sauvages

Un autre point clé de ce rapport est l’accent mis sur l’importante recrudescence du commerce illicite d’espèces sauvages.

Les données du programme de surveillance de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES) ont montré que, depuis les premiers relevés effectués en 2002, le braconnage avait atteint un niveau record en 2011. D’après les premières indications, des dizaines de milliers d’éléphants auraient été tués en 2012, tout comme 2011, et 668 rhinocéros, un chiffre record, auraient été illégalement chassés en Afrique du Sud cette même année.

Des groupes criminels organisés et parfois même des milices lourdement armées sont de plus en plus souvent impliqués dans la chasse illégale d’un grand nombre d’éléphants. Jusqu’à 450 éléphants ont par exemple été tués au Cameroun au début de l’année 2012. On présume que l’ivoire braconné est échangé contre de l’argent, des armes et des munitions pour soutenir les conflits dans la région.

La CITES et ses partenaires soutiennent le renforcement des capacités nationales de lutte contre les activités criminelles à l’encontre de la faune. Le PNUE et la CITES lancent également une campagne destinée à réduire la demande de produits issus du commerce illicite d’espèces sauvages.

Atteindre l’objectif de 2020 : une gestion rationnelle des produits chimiques

L’Annuaire du PNUE 2013 souligne également que, malgré les nombreux avantages des produits chimiques, il est nécessaire d’améliorer l’information et de coordonner l’action des gouvernements et de l’industrie pour réduire les risques croissants pour la santé humaine et l’environnement d’une gestion non durable des produits chimiques à travers le monde.

D’après le rapport, ces risques peuvent être aggravés par le transfert continu de la production, de l’utilisation et de l’élimination des produits chimiques des pays développés vers les économies des pays émergents et en voie de développement.

Entre 2000 et 2009, les ventes annuelles de produits chimiques ont doublé alors que la part fabriquée dans les pays hautement industrialisés chute de 77 à 63 %. Et pourtant, nous sommes en retard en ce qui concerne les essais pré-commercialisation et en savons peu sur les produits chimiques déjà en circulation.

Le nombre de produits chimiques fabriqués par l’homme et présents dans l’environnement est en hausse ; les résultats d’une étude de 2009 ont mis en évidence la présence de 212 produits chimiques dans le sang et l’urine d’un échantillon de la population américaine. Parmi ces produits chimiques, 75 n’avaient pas été détectés auparavant.

De nouveaux problèmes apparaissent, notamment les risques de mélange de produits chimiques, d’exposition à faible dose, de substitution d’une substance chimique dangereuse par une autre et la nanotechnologie.

Les coûts liés aux risques des produits chimiques sont difficiles à évaluer. De nombreuses études reconnaissent néanmoins qu’il est urgent de réduire les risques. Une étude récente a par exemple montré que réduire l’exposition à la neurotoxine méthylmercure chez les enfants pourrait permettre à l’Union européenne d’économiser des milliards d’euros chaque année.

Le PNUE s’est largement engagé dans la réduction des risques liés au mercure et, en janvier 2013, la communauté internationale a approuvé un traité mondial sur le mercure porté par le PNUE, la convention de Minamata, qui sera ouvert pour signature en octobre.

Le rapport recommandait l’utilisation d’instruments économiques afin de créer des incitations financières pour améliorer la sécurité chimique, accroître la capacité du gouvernement à réglementer les produits chimiques et à fournir une information claire et cohérente au public sur les dangers et l’utilisation de produits chimiques spécifiques.

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L’historique du climat reconstitué au Groenland

Un épisode chaud du passé décrit grâce au forage des glaces les plus anciennes du Groenland. L’Histoire du climat vient d’être reconstituée sur 130 000 ans au Groenland grâce à l’analyse de carottes de glace extraites lors du forage NEEM mené par une équipe internationale de scientifiques impliquant en France, le CNRS, le CEA, l’UVSQ, l’université Joseph Fourier et l’IPEV.

Les chercheurs ont pu récupérer pour la première fois en Arctique de la glace formée lors de la dernière période interglaciaire, il y a 130 000 à 125 000 ans, marquée par un important réchauffement arctique. Selon leurs travaux, la calotte du Groenland aurait contribué seulement de 2 mètres aux 4 à 8 mètres de montée du niveau marin caractéristique de cette période. Publiée le 24 janvier dans Nature, cette étude apporte des informations précieuses pour comprendre les relations entre climat et montée du niveau des mers.

NEEM est un projet de forage international visant à extraire des carottes de glace au nord-ouest du Groenland, afin d’obtenir pour la première fois en Arctique des échantillons couvrant les derniers 130 000 ans donnant accès à la dernière période interglaciaire, l’Eemien, un épisode chaud du passé.

Pilotée par l’Université de Copenhague et impliquant 14 pays, dont la France, l’équipe de NEEM a foré plus de 2,5 km jusqu’au socle rocheux en deux ans, entre 2010 et 2012. Elle a ainsi extrait le premier enregistrement complet de l’Eemien, fournissant des estimations des changements de température, de quantité de précipitations et de composition atmosphérique.

Les carottes de glace du Groenland, formées par l’accumulation et le tassement de couches de neige, ont été scrutées par une palette d’analyses effectuée sur la glace elle-même mais aussi sur l’air piégé dans cette dernière. La mesure des isotopes stables de l’eau informe sur les changements de température à la surface de la calotte et de transport d’humidité au cours du temps.

Composition isotopique de l’eau et composition atmosphérique de l’air piégé ont permis aux scientifiques de caractériser les variations passées du climat, enregistrées au Groenland année après année, comme dans les anneaux de croissance des arbres. La quantité de gaz présente dans la glace renseigne enfin sur les variations d’épaisseur de la calotte de glace, la teneur en air piégé variant en fonction de l’altitude du site.

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A partir de ces analyses, les scientifiques ont été en mesure de décrire les changements climatiques sur les derniers 130 000 ans au Groenland. Résultats : durant l’Eemien, il y a 130 000 à 125 000 ans, le climat du nord du Groenland aurait été de 4°C à 8°C plus chaud qu’actuellement. Ces températures sont plus élevées que celles simulées par les modèles de climat pour cette période.

Pour autant et de manière surprenante, l’altitude de la calotte, au voisinage de NEEM, n’a baissé que de quelques centaines de mètres sous le niveau actuel. En effet, au début de la période interglaciaire, il y a environ 128 000 ans, elle était 200 mètres plus élevée que le niveau actuel, puis l’épaisseur de la calotte a diminué à un rythme d’en moyenne 6 cm par an.

Ensuite, il y a près de 122 000 ans, l’altitude de la surface était environ 130 mètres sous le niveau actuel. L’épaisseur de la calotte est alors restée stable (autour de 2 400 mètres) jusqu’au début de la dernière glaciation, il y a près de 115 000 ans. La calotte du Groenland n’a donc pu contribuer que de 2 mètres aux 4 à 8 mètres de la montée du niveau marin caractéristique de l’Eemien.

Par ailleurs, les chercheurs estiment que le volume de la calotte du Groenland a diminué d’environ 25% en 6 000 ans durant l’Eemien. Au cours de cette période, une intense fonte de surface est enregistrée dans les carottes de glace par des couches de regel. Ces dernières résultent de l’eau de fonte, fournie par la neige de surface, qui s’est infiltrée dans les couches de neige plus profondes puis a regelé.

De tels évènements de fonte sont très rares au cours des derniers 5 000 ans, confirmant que la température de surface au site de NEEM était nettement plus chaude pendant l’Eemien qu’actuellement. Ce phénomène a tout de même été observé durant l’été 2012 par l’équipe présente sur le site du forage NEEM.

Ces résultats confirment la vulnérabilité de la calotte du Groenland aux augmentations de température. Cependant, le fait qu’elle n’ait pas entièrement disparu au cours de l’Eemien implique que la calotte de l’Antarctique serait responsable d’une part importante des 4 à 8 mètres de la montée du niveau marin qui s’est produite au cours de l’Eemien.

La calotte de l’Antarctique, dont l’évolution passée reste mal connue, serait donc susceptible de réagir de manière significative au réchauffement climatique. Cette reconstitution du climat de l’Eemien fournit des données de référence qui seront confrontées aux simulations du climat et de l’évolution des calottes de glace, seuls outils disponibles pour évaluer les risques d’évolution future du climat et du niveau des mers.

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La banquise de l’Arctique a perdu quelque 11,83 millions de km2 entre mars et septembre 2012.

Selon l’OMM, Organisation Météorologique Mondiale, l’année 2012 a vu une fonte record des glaces de l’Arctique.

Les données enregistrées sur les périodes 2001 et 2011 sur les températures ont montré qu’elles étaient les plus chaudes jamais enregistrées et, d’après l’Organisation météorologique mondiale, les dix premiers mois de 2012 laissent à penser que selon toute vraisemblance, la courbe suit son tracé malgré l’influence, en début de période, du phénomène La Niña qui a normalement pour effet de refroidir le climat.

La déclaration provisoire de l’OMM sur l’état du climat mondial en 2012 fait aussi état d’une fonte record de la banquise de l’Arctique et d’une multiplication des extrêmes météorologiques et climatiques dans de nombreuses régions du monde.

La période janvier-octobre 2012 se classe au neuvième rang des périodes les plus chaudes jamais observées depuis le début des relevés, en 1850. La température moyenne à la surface du globe (terres émergées et océans confondus) pour cette période présente une anomalie estimée à environ 0,45°C (0,81°F) au-dessus de la normale calculée pour les années 1961 à 1990 (14,2°C), d’après la déclaration.

L’année a débuté par un épisode La Niña d’intensité faible à modérée, qui était apparu en octobre 2011. En début d’année, un tel phénomène a tendance à faire baisser la moyenne mondiale des températures, et 2012 n’a pas fait exception à la règle. Après la dissipation de La Niña, en avril2012, la température moyenne à la surface des terres et des océans a continué d’augmenter mois après mois, creusant l’écart par rapport à la normale. La moyenne semestrielle pour les mois de mai à octobre 2012 se classe parmi les quatre plus élevées jamais enregistrées pour cette période de l’année.

«La variabilité naturelle du climat est due à des phénomènes comme El Niño et La Niña qui ont une incidence sur les températures et les précipitations aux échelles saisonnières et annuelles mais ne remettent pas en cause la tendance générale au réchauffement sur le long terme imputable aux changements climatiques anthropiques», a déclaré le Secrétaire général de l’OMM, Michel Jarraud.

«L’étendue des glaces de l’Arctique a atteint un nouveau minimum record. La banquise a fondu cette année à un rythme alarmant qui met en lumière les profonds bouleversements survenant dans les océans et la biosphère», a ajouté M. Jarraud. «Le climat évolue sous nos yeux et continuera de le faire à cause des gaz à effet de serre dont la concentration dans l’atmosphère ne cesse d’augmenter, atteignant une fois encore des niveaux records».

La banquise de l’Arctique a atteint le 16 septembre son minimum saisonnier – 3,41 millions de km2, soit l’étendue la plus réduite qui ait été constatée depuis le début des observations par satellite. Inférieur de 18% au précédent minimum record observé le 18 septembre 2007, le chiffre de cette année représente une diminution de 49%, soit près de 3,3 millions de km2 (environ la superficie de l’Inde), par rapport à la moyenne des minima saisonniers calculée pour la période 1979-2000.

La banquise de l’Arctique a perdu quelque 11,83 millions de km2 entre mars et septembre 2012.

L’OMM publiera le 4 décembre prochain un rapport décennal sur l’état du climat mondial intitulé «2001-2010, A Decade of Extremes» (2001-2010, la décennie des extrêmes). Ce rapport met en lumière la tendance au réchauffement de la planète entière, des continents et des océans durant la décennie écoulée, en soulignant les répercussions sur la santé, la sécurité alimentaire et le développement socio-économique.

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Anomalie de la température près de la surface (°C) par rapport à la période de référence 1961-1990

Phénomènes marquants mentionnés dans la déclaration provisoire sur l’état du climat mondial en 2012

Températures: Pendant les dix premiers mois de l’année, des températures supérieures à la moyenne ont été constatées sur la majeure partie des terres émergées, plus particulièrement en Amérique du Nord (la partie continentale des États-Unis d’Amérique, à l’exception de l’Alaska, est en passe de connaître l’année la plus chaude de son histoire), en Europe méridionale, dans l’ouest et le centre de la Fédération de Russie et dans le nord-ouest de l’Asie. Une grande partie de l’Amérique du Sud et de l’Afrique ont connu durant les dix premiers mois de l’année des températures supérieures à la normale, les anomalies positives les plus marquées concernant certaines régions du nord de l’Argentine et de l’Afrique. Les températures ont également dépassé la moyenne dans la majeure partie de l’Asie, avec toutefois des anomalies négatives dans le nord de la Chine. Enfin, l’Asie méridionale et la région du Pacifique ont connu dans l’ensemble un temps anormalement chaud, à l’exception de l’Australie.

Extrêmes: Des phénomènes extrêmes ont été observés un peu partout dans le monde, mais certaines régions de l’hémisphère Nord ont connu une multiplication des extrêmes entre janvier et octobre 2012.

Vagues de chaleur: de grandes vagues de chaleur se sont abattues sur l’hémisphère Nord pendant l’année; les plus importantes sont survenues entre mars et mai sur le territoire continental des États-Unis d’Amérique (à l’exception de l’Alaska) ainsi qu’en Europe. En mars, de nombreux records de chaleur ont été battus en Europe et près de 15000 nouveaux records quotidiens de température ont été enregistrés aux États-Unis. La Fédération de Russie a connu le deuxième été le plus chaud de son histoire, après celui de 2010, et de nombreux records de chaleur ont été battus au Maroc pendant l’été.

Sécheresses: selon les critères de l’Observatoire américain de la sécheresse, près des deux tiers (65,5%) du territoire continental des États-Unis d’Amérique (à l’exception de l’Alaska) étaient dans une situation de sécheresse modérée à exceptionnelle au 25 septembre 2012. En Fédération de Russie, la sécheresse a frappé certaines régions du sud-ouest ainsi que l’ouest de la Sibérie en juin et juillet, tandis que le sud-est de l’Europe, les Balkans et certains pays méditerranéens ont été également touchés pendant l’été. En Chine, la province du Yunnan et le sud-ouest de la province du Sichuan ont connu une grave sécheresse en hiver et au printemps, et le nord du Brésil a été frappé par la pire sécheresse des 50 dernières années. En Australie, le cumul des précipitations pour la période avril-octobre a accusé un déficit de 31% par rapport à la normale.

Inondations: de nombreuses régions d’Afrique de l’Ouest et le Sahel, en particulier le Niger et le Tchad, ont été frappées par de graves inondations entre juillet et septembre à cause d’une mousson très active. Les fortes pluies survenues entre fin juillet et début octobre ont provoqué des inondations exceptionnelles au Nigéria. Certaines régions de Chine méridionale ont connu en avril et en mai les précipitations les plus abondantes des 32 dernières années, et en septembre des crues dévastatrices dues à la mousson ont frappé le Pakistan. Le centre et certaines régions du nord de l’Argentine ont connu en août des pluies et des inondations records, et des précipitations abondantes se sont abattues sur certaines régions de Colombie la majeure partie de l’année.

Chutes de neige et froid extrême: de fin janvier à mi-février, le continent eurasien a été frappé par une vague de froid remarquable par son intensité, sa durée et ses répercussions. Dans l’est de la Fédération de Russie, les températures étaient comprises entre -45 et -50°C à la fin du mois de janvier, et plusieurs régions d’Europe orientale ont enregistré des minima de -30°C. En Europe du Nord et dans le centre de la Fédération de Russie, des températures inférieures à -40°C ont été relevées par endroits.

Cyclones tropicaux: Avec un total de 81 tempêtes (vitesse du vent supérieure ou égale à 34 nœuds, ou 63 km/h) pour les dix premiers mois de l’année, l’activité cyclonique à l’échelle du globe a été proche de la moyenne calculée pour la période 1981-2010 (85 tempêtes). Le bassin de l’Atlantique a connu pour la troisième année consécutive une saison des ouragans plus active que la normale, le nombre total de tempêtes s’établissant à 19, dont dix ont atteint la force d’un ouragan. Le plus notoire a été Sandy, qui a eu des effets dévastateurs dans les Caraïbes et sur la côte est des États-Unis d’Amérique. L’Asie orientale a été durement frappée quant à elle par de puissants typhons qui se sont succédé tout au long de l’année. Le typhon Sanba, le plus puissant de l’année 2012 à l’échelle du globe, a frappé les Philippines, le Japon et la péninsule coréenne, déversant des pluies torrentielles et provoquant inondations et glissements de terrain qui ont touché des milliers de personnes et causé des dégâts se chiffrant en millions de dollars des États-Unis.

L’analyse des températures mondiales réalisée par l’OMM repose donc principalement sur trois ensembles de données complémentaires. L’un de ces ensembles est le jeu de données combiné tenu à jour par le Centre Hadley du Met Office du Royaume-Uni et l’Unité de recherche sur le climat de l’Université d’East Anglia (Royaume-Uni). Le deuxième ensemble est le jeu de données tenu à jour par l’Administration américaine pour les océans et l’atmosphère (NOAA), et le troisième est fourni par le Goddard Institute for Space Studies (GISS), qui relève de la NASA. D’autres informations sont tirées de l’ensemble de données fondé sur les réanalyses ERA-Interim, qui est tenu à jour par le Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme (CEPMMT).

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Anomalie de la température moyenne (°C) pour l’ensemble du globe / Année Centre Hadley et Section de recherche sur le climat (Royaume-Uni) Centre national de données climatologiques (NOAA) Goddard Institute for Space Studies (NASA)

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Anomalies de la température à la surface du globe (terres émergées et océans confondus) depuis le début de l’année par rapport à la normale calculée pour la période 1961-1990)

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