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Qui veut acheter le charbon d’EDF ?

Qui veut acheter le charbon d’EDF ?

Qui veut acheter le charbon d’EDF ?

Le charbon, la plus noire des énergies fossiles, est responsable de plus de 40 % des émissions de CO2 au niveau mondial. C’est donc l’une des principales causes du changement climatique. Pour pouvoir limiter le réchauffement en dessous de 2°C et si possible 1,5°C par rapport à la période préindustrielle, comme les pays s’y sont engagés à la COP21, le charbon est la première énergie fossile à laquelle il faut rapidement renoncer. D’après l’Agence internationale de l’énergie (AIE), aucune nouvelle centrale à charbon ne doit être construite pour pouvoir encore atteindre les objectifs de la COP21. En 2016, l’ONG Oil Change International a publié un rapport démontrant que les gisements déjà exploités d’énergies fossiles (dont le charbon) ne pourraient être intégralement consommés, sinon nous courons le risque de réchauffer le climat au- delà de 1,5 ou 2°C.

En parallèle, l’AIE vient de confirmer que les capacités de production électrique à partir d’énergies renouvelables ont dépassé, en 2015, celles fonctionnant à partir de charbon. La tendance au déclin du secteur du charbon se confirme, mais la transition énergétique n’est pas assez rapide pour enrayer la crise climatique, qui, elle s’accélère. Chaque jour, de nouveaux impacts des changements climatiques nous rappellent l’urgence d’agir : multiplication des événements climatiques extrêmes, nouveaux records de température, diminution des rendements agricoles et des ressources en eau, bouleversement des écosystèmes.

Le monde vient de franchir en 2015 la barre des 400 parties par million (ppm) en concentration de CO2 d’après l’Organisation météorologique mondiale (OMM). C’est le niveau le plus haut depuis plusieurs millions d’années, et de 40 % supérieur aux niveaux précédant la révolution industrielle.

Les populations les plus vulnérables sont en première ligne de ces impacts dévastateurs, alors qu’elles sont les moins responsables de cette situation. Au rythme actuel des émissions, nous aurons atteint les limites fixées par l’accord de Paris autour de 2030. Au-delà de 2°C de réchauffement, c’est nos sociétés et nos économies tout entières qui seront bouleversées, et notre capacité à lutter contre la pauvreté et les inégalités, et à réduire la faim dans le monde, qui sera mise à mal.

Le géant français de l’énergie,EDF, détient toujours 15 centrales à charbon dans le monde. L’Etat français porte une part de responsabilité importante dans ces investissements et choix stratégiques, puisqu’il est actionnaire à 84,9 % d’EDF.

EDF : toujours 15 centrales à charbon, dont une nouvelle et une vendue

Pour EDF, la COP21 n’a eu aucun effet d’entraînement. L’énergéticien français a beau être détenu à hauteur de 84 % par l’État, il est à la traîne de la transition énergétique mondiale. Alors que le monde se tourne vers les énergies renouvelables (et en particulier le solaire et l’éolien), EDF est le principal verrou de la transition énergétique en France, notamment en ce qui concerne la baisse de la part du nucléaire. L’entreprise est aussi incapable pour l’instant de prendre ses responsabilités et de fermer ses 15 centrales au charbon dans le monde, dont deux en France (à Cordemais et au Havre) malgré les annonces de l’entreprise concernant son intention de réduire la part du charbon dans sa production d’électricité. Pire, l’entreprise a vendu une centrale en Chine, qui continuera ainsi de rejeter son CO2 et sa pollution, et elle en a ouvert une nouvelle, en Chine également. En outre, une centrale chinoise dans laquelle EDF avait investi (via l’achat de part d’une entreprise chinoise) a été agrandie pour la transformer en méga-centrale entre n 2015 et 2016, augmentant ainsi la quantité de CO2 qu’elle rejette.

EDF reste aussi très positionnée sur le charbon en Europe, et en particulier en Pologne, pays qui dépend du charbon à 90 % pour sa production d’électricité, et principal pays bloquant de la transition énergétique et climatique européenne. L’entreprise a annoncé vouloir revendre tout son parc thermique en Pologne, soit 6 centrales à charbon qui représentent près de 12 millions de tonnes de CO2 par an – soit l’équivalent des émissions liées au secteur de l’énergie d’un pays comme le Kenya.

Au Royaume-Uni :

Dans le cadre d’une politique gouvernementale, le Royaume-Uni va sortir du charbon mais entend miser sur le nucléaire, et non pas seulement les énergies renouvelables et les économies d’énergie. Les deux centrales au charbon d’EDF vont devoir fermer d’ici à 2025. Ce sera un test pour l’entreprise : sera-t-elle capable d’assurer les transitions professionnelles des salariés concernés et ne laisser personne sur le bas-côté ?

Centrales France :

Ces centrales font partie des 4 centrales à charbon encore en activité en France et émettent chaque année 8 millions de tonnes de CO2. Le gouvernement avait initialement annoncé leur fermeture d’ici 2019, fermeture repoussée à plus tard. En e et, n octobre 2016, le gouvernement français est revenu sur sa décision de surtaxer la production d’électricité provenant des centrales à charbon, mesure qui devait être intégrée au budget 2017. La feuille de route énergétique de la France jusqu’à 20238, publiée le 28 octobre 2016, mentionne toujours la fermeture de toutes les centrales à charbon françaises d’ici à cette date, mais on voit mal comment le gouvernement y arriverait sans mesure spécifique pour renchérir le prix du charbon. C’est d’ailleurs ce que reconnaît cette même feuille de route. Ce revirement sur la fermeture des centrales au charbon françaises porte un coup grave à la crédibilité de la France qui s’enorgueillit de l’entrée en vigueur rapide de l’Accord de Paris. Le gouvernement avait pourtant la responsabilité de planifier la transition a n de réussir à conjuguer ses devoirs climatiques et des solutions négociées et adaptées pou l’emploi.

Elle cherche notamment à se débarrasser de la centrale de Rybnik, la cinquième centrale la plus polluante d’Europe. Cette dernière pourrait être rachetée par EPH, une entreprise tchèque à la réputation douteuse (voir encadré ci-après). En Grande-Bretagne, le gouvernement a pris des mesures pour sortir du charbon au plus tard en 2025. EDF va devoir y fermer ses deux centrales.

Confrontée à cette réalité, EDF a tenu des propos inacceptables, dans l’après COP21 : « Le charbon demeure une part importante du mix énergétique dans le marché énergétique mondial et la demande va augmenter en Asie alors qu’elle se réduit en Europe » (https://www.ft.com/content/4f8e86a0-8fb0- 11e6-a72e-b428cb934b78?ftcamp=crm/ email/_2016___10___20161011__/emailalerts/ Keyword_alert/product). Non seulement les scientifiques nous disent qu’il faut absolu- ment renoncer au charbon rapidement, mais le charbon est aussi une énergie qui tue, dont la pollution et les émissions ne connaissent pas de frontières. Il n’est pas acceptable que les pays riches puissent, eux, se passer progressivement de cette énergie du 19e siècle, et que les pays en développement soient voués à accroître leur dépendance vis-à-vis du charbon. Le charbon n’est pas une réponse au besoin de fournir un accès à l’électricité aux populations qui n’en ont pas – plus d’un milliard de personnes dans le monde. Plusieurs études montrent que les énergies renouvelables sont la solution la plus rapide et la moins chère à déployer, notamment dans les zones rurale.

Centrale de Datang Sanmenxia :

Cette énorme centrale dans la province du Henan, qui avait déjà une capacité de 1800 MW (pour près de 5 millions de tonnes de CO2 rejetées par an), est en train d’être agrandie. D’ici fin 2016, 1 000 GW supplémentaires seront raccordés au réseau (pour un total de 2800 MW, ce qui en fait une méga centrale) et 1 000 GW supplémentaire sont en cours de planification. C’est l’entreprise Datang Sanmenxia Power Generation Company, qu’EDF détient à 35 %, qui investit.

Centrale de Laibin-B en Chine (“cédée”) :

Mise en service en 2000, la centrale de Laibin-B en Chine qu’EDF détenait à 100 % vient d’être cédée au gouvernement du Guangxi, selon un accord contractuel. Elle continuera d’émettre plus de 3 millions de tonnes de CO2 par an, au détriment de la santé des Chinois et du climat.

Nouvelle centrale de Fuzhou :

Quelques mois après la COP21, EDF vient tout juste de mettre en service cette grosse centrale, en collaboration avec le groupe chinois Datang. EDF met en avant le fait que cette centrale “nouvelle génération” (ultra-supercritique) pollue moins que les centrales au charbon traditionnelles. La centrale aura bien un rendement de 44 % au lieu de 35 %9, mais c’est encore deux fois plus d’émissions de CO2 que les centrales au gaz, et sept fois plus que les énergies renouvelables, pour lesquelles la Chine a un potentiel énorme. 

Qui veut acheter le charbon d’EDF ?

EDF a publié la liste des acheteurs potentiels avec lesquels elle était en pourparlers pour la revente de ses actifs charbonniers en Pologne. L’énergéticien français est en train de négocier la revente d’une des centrales au charbon les plus polluantes d’Europe, la centrale de Rybnik, à l’entreprise tchèque EPH, encore peu connue mais qui est en passe de devenir le troisième producteur d’électricité le plus polluant d’Europe. Créée en 2009, EPH s’est fait une spécialité de racheter les actifs fossiles d’autres entreprises en Europe. Début juillet, elle a notamment racheté des actifs charbonniers du suédois Vattenfall, soit l’ensemble des mines de charbon et centrales thermiques du groupe situés en Allemagne.

EDF est prêt à sacrifier le climat en bradant cette centrale – ainsi que le reste de son parc charbonnier en Pologne – à une entreprise douteuse, afin de financer son programme nucléaire en France et en Grande-Bretagne.

En effet, la revente de ses actifs charbonniers en Pologne ne devrait pas lui rapporter plus de 500 millions d’euros (selon une estimation très haute), alors que la dette de l’énergéticien français atteint 37 milliards ! Selon certaines sources locales EDF serait même prêt à céder cette centrale à EPH pour une somme symbolique, dans le but de se débarrasser des coûts liés à la responsabilité environnementale et sociale, en particulier ceux liés à la fermeture de la centrale et à la réhabilitation du site.

L’entreprise tchèque EPH agit comme un fonds vautour, pariant contre le marché actuel puisque le secteur du charbon s’effondre à l’échelle mondiale. Elle n’hésite pas à racheter les activités charbon les plus émettrices, donc les plus risquées et les moins rentables.

Ainsi, 75 % de la capacité électrique rachetée par EPH ces dernières années (14 GW) est constituée de centrales alimentées au lignite, la forme de charbon la plus polluante. Suite à ses nombreuses acquisitions en Italie, en Allemagne, en Grande-Bretagne et en Slovaquie, EPH émet désormais 82 millions de tonnes de CO2 par an – soit l’équivalent des émissions d’un pays comme les Philippines !

L’entreprise tchèque EPH est une entreprise jeune, fortement endettée. Il est à craindre que l’entreprise fasse fonctionner ses centrales à plein régime a n de les rentabiliser, et qu’elle maintienne ses centrales à charbon sur pied le plus longtemps possible, au détriment du climat, de l’environnement et de la santé des individus. On peut également douter de sa volonté de nancer, en cas de fermeture, les transitions professionnelles des salariés concernés, ainsi que la réhabilitation des zones minières et des terres polluées par les centrales.

EPH échappe à toute pression puisqu’elle n’a pas d’actionnaires – deux tiers des actions sont détenus par ses deux fondateurs et le tiers restant par un fonds d’investissement créé par un des fondateurs. Elle n’a pas non plus de clients, puisqu’elle vend l’électricité directement au réseau sur le marché de gros, et ne subit l’in uence d’aucun gouvernement.

Selon le rapport Dark Cloud Report, Rybnik, qui génère plus de 7 millions de tonnes de CO2 par an, causerait 480 morts prématurées chaque année.

EDF se déleste de sa bourse charbon !

Mi-octobre, EDF a annoncé qu’elle allait conclure d’ici décembre 2016 un accord de vente avec l’entreprise japonaise JERA pour sa filiale EDF Trading. EDF Trading est une entreprise spécialisée dans le négoce international d’énergie, y compris de charbon. Jusqu’en 2015, EDF Trading a vendu 845 millions de tonnes de charbon en bourse, soit l’équivalent de la consommation annuelle de charbon des Etats-Unis.

En revendant EDF Trading, EDF se débarrasse ainsi d’une autre activité embarrassante et néfaste pour le climat. Par contre, elle ne prend aucune mesure courageuse pour limiter son impact sur le climat et encourage la poursuite du charbon dans le monde, exposant des milliers de personnes à la pollution, alors que les émissions de CO2 ne connaissent pas de frontières et que les enjeux de qualité de l’air et de santé se font croissants partout dans le monde.

EDF ferme aussi les yeux sur les agissements de ses fournisseurs. Car les activités d’EDF Trading sont encore plus sales qu’il n’y paraît. L’entreprise achète du charbon auprès de Drummond et Prodeco/Glencore, deux entreprises accusées de complicité avec les paramilitaires ayant causé la mort de 3 100 personnes et le déplacement forcé de 55 000 autres. Ces activités ont été vivement dénoncées par Maira Mendez Barbosa, fille d’un syndicaliste colombien assassiné dans le bassin minier Cesar, lors de l’assemblée générale d’EDF en mai 2016. Elle demandait à l’entreprise de suspendre ses achats de charbon à Drummond et Prodeco/ Glencore.

Récemment, un nouveau rapport de l’ONG PAX a révélé que les violences étaient toujours en cours dans la région. Plus de 200 personnes, parmi lesquelles des représentants de la société civile, ont été victimes de tentatives d’assassinats et de menaces de mort par des néo-paramilitaires. Le 11 septembre 2016, Néstor Ivan Martinez, leader de la communauté afro-colombienne, résistant à l’expansion des mines détenues par la compagnie Drummond, a été assassiné sous les yeux de ses proches.

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