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La consommation de terres varie considérablement d’un pays à l’autre et d’une région du monde à l’autre.

La consommation de terres varie considérablement d’un pays à l’autre et d’une région du monde à l’autre.

La consommation de terres varie considérablement d’un pays à l’autre et d’une région du monde à l’autre.

C’est à travers un rapport « Comment la surconsommation en europe alimente les conflits fonciers dans le monde » édité par Les Amis de la Terre qui étudie les liens entre nos pratiques de consommation et les besoins en terres qui en découlent, vise à éclairer les relations entre différents types de ressources naturelles.

En effet, après Overconsumption? Our use of the world‘s natural resources, axé sur les tendances d’utilisation de matières premières, et Surconsommation, une menace sur l’eau, qui soulignait le lien entre usage de matières premières et besoins en eau, ce rapport se concentre sur l’Europe et sur son rôle en tant qu’utilisatrice de ressources foncières planétaires.

Dans notre monde globalisé, les produits que nous consommons viennent de plus en plus souvent d’ailleurs, et ils apportent avec eux une certaine quantité de « terres incorporées ». En fait, l’Europe n’a ni assez de matières premières ni assez de terres pour subvenir à ses niveaux actuels de consommation de produits agricoles ou autres. en important d’autres régions du monde des quantités croissantes de biomasse, ainsi que de matériaux et produits industriels, nous importons aussi indirectement les surfaces de terres considérables qu’il a fallu pour cultiver, extraire ou transformer ces produits. Cette interdépendance entre le commerce mondial des produits et les demandes foncières qui en résultent est souvent sous-estimée ou ignorée, mais n’en est pas moins cruciale pour comprendre les évolutions et tendances actuelles en matière d’occupation des sols.

Usage des terres et consommation

La consommation de terres varie considérablement d’un pays à l’autre et d’une région du monde à l’autre. Selon les produits, la surface de terres nécessaires tout au long du processus de production diffère aussi beaucoup. A l’échelle mondiale, c’est la production de viande et de produits d’origine animale qui a la plus forte empreinte terres : en surfaces absolues, 1,2 million d’hectares par an. si l’on examine dans le détail les différents groupes de produits relativement à leur rendement économique, ce sont les bovins, les moutons, les chèvres et les chevaux qui exigent le plus de terres par euro gagné. L’empreinte terres par habitant, elle, varie d’un facteur 8 : d’environ 0,3 ha/an en Asie à 2,1 ha/an en Océanie.

Outre notre utilisation directe de terres, pour nous loger par exemple, nous en utilisons aussi beaucoup indirectement, « incorporées » dans tout ce que nous consommons. Un ménage occidental type n’emploie directement qu’une quantité réduite de terres pour son habitat et ses jardins : en Europe, 400 m2 environ (0,04 ha) par personne servent au logement. Cependant, nous consommons bien plus de terres indirectement, par le biais des biens et services que nous achetons. Un européen consomme en moyenne chaque année 0,6 ha de terres cultivées. Dans des sociétés plus pauvres, aux niveaux de consommation inférieurs et reposant davantage sur l’autosuffisance, la consommation directe de terres est supérieure. Toutefois, la consommation indirecte y est nettement moindre, d’où une empreinte terres globale faible, comme l’empreinte moyenne d’un Africain (0,5 ha/an) ou d’un Asiatique (0,3 ha par an).

Le Graphique 4.1 montre les terres cultivées mobilisées pour satisfaire la consommation finale par habitant dans le monde. on voit que la quantité requise par personne varie énormément selon les pays. Il faut souligner que, sur ce graphique, les différences d’intensité d’usage des terres ne sont pas prises en compte. Une production agricole avec utilisation peu intensive des sols et productivité réduite à l’hectare (cas de l’agriculture extensive) correspond donc à une forte consommation de terres, qui peut toutefois être contrebalancée par une moindre consommation d’autres ressources telles que l’eau, ou les matériaux, combustibles fossiles et intrants chimiques. A l’inverse, des utilisations intensives et une forte productivité des sols donnent une faible consommation de terres, mais avec des incidences écologiques majeures, dues à des consommations d’intrants plus élevées. Comme on l’a vu dans les chapitres précédents, l’usage des terres n’est pas forcément corrélé avec la quantité de biomasse consommée. Une forte empreinte terres par habitant peut aussi bien résulter de niveaux de consommation élevés que d’un usage peu intensif des terres.

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En fait, une forte empreinte terres par habitant n’est pas intrinsèquement négative, car une utilisation moins intensive des sols (due à une agriculture extensive) va souvent de pair avec une pression moindre sur l’environnement. Il n’en reste pas moins que, dans un nombre de pays développés, un usage des terres important est synonyme de forte consommation, plutôt que de faible consommation de produits issus d’un usage extensif des sols (Graphique 4.2).

Les pays aux plus fortes empreintes terres par habitant ont tous une proportion importante de pâturages (ex. : 92 % de pâturages en Mongolie pour l’alimentation extensive des troupeaux, et 58 % en Australie). en Inde, un des pays où l’empreinte terres par habitant est la plus faible, légumes et riz en représentent la majeure partie (Graphique 4.2).

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En Europe, les terres cultivées mobilisées pour produire les marchandises et services consommés comprennent des terres incorporées aussi bien dans des produits européens (60%) que dans des produits importés (40%). le Graphique 4.3 ventile ces pourcentages entre les principaux groupes de produits alimentaires consommés en Europe. Il apparaît que la consommation de sucre (betterave et canne) et de blé est largement assurée (à environ 75 %) par une utilisation de terres (et une production) locales, alors que des denrées comme le riz, pour lesquelles les conditions de culture sont moins favorables en Europe, comportent une forte proportion de terres incorporées d’importation (près de 90 %).

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Les besoins en terres diffèrent considérablement suivant les groupes de produits et les régions du monde. En Europe, la plus forte empreinte terres est celle du lait cru (62 millions d’hectares par an), suivi par les produits laitiers et le blé (59 et 54 millions d’hectares par an). A titre de comparaison, au niveau mondial, c’est la production de viande qui a la plus grande empreinte terres, suivie par le lait cru (respectivement 997 et 620 millions d’hectares par an). Il est à noter que ces chiffres intègrent aussi les terres fournissant le fourrage, etc.

Les surfaces requises diffèrent fortement selon les produits. le Graphique 4.4 montre quelques exemples d’empreintes terres associées à diverses catégories de produits, en Europe et en moyenne mondiale. le Graphique 4.5 indique l’empreinte terres de groupes de produits ordinaires. on voit que les produits que nous consommons couramment peuvent être convertis en une surface de terres déterminée qu’il a fallu pour les obtenir. les chiffres peuvent varier suivant les techniques de production adoptées, mais cela donne déjà une idée des points névralgiques de nos comportements d’achat.

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L’origine des importations indirectes de terres en Europe est liée à certains produits particuliers. Pour faire face à la consommation des européens, de vastes superficies sont mobilisées sur toute la planète. le Graphique 4.6 croise les types de produits consommés en Europe avec géographique des terres qu’il a fallu pour les obtenir en 2007. Les lignes correspondent aux catégories de produits, les colonnes ventilent par régions d’origine les exigences correspondantes en terres. on voit que, si l’élevage du bétail et la culture des céréales s’effectuent dans une large mesure en Europe même, les services, les produits manufacturés et l’habillement nécessitent en revanche, de façon indirecte, une grande quantité de terres asiatiques qui sont consommées dans des secteurs comme l’administration, la défense, l’éducation, la santé, la construction automobile ou la fabrication d’équipements électroniques.

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EXTRACTION DE BAUXITE ET PRODUCTION D’ALUMINIUM AU BRÉSIL

Avec plus de 8,5 millions de km2, le brésil est le cinquième pays du monde pour la superficie et le plus grand d’Amérique du sud. il a des frontières avec tous les autres pays du continent, excepté le Chili et l’équateur. L’utilisation des terres y est diversifiée. le graphique 4.7 donne une estimation de leur répartition.

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La grande majorité des terres du brésil servent à élever du bétail. plus de 200 millions d’animaux occupent quelque 1,9 million de km– près du quart de la superficie nationale. Environ 680 000 km2 sont affectés à des cultures, dont plus du tiers pour la production de graines de soja60. Cela équivaut à la totalité des terres du Royaume-Uni. quelque 210 000 km2 des terres brésiliennes correspondent à des zones urbanisées. près de 84 % de la population du pays y vit, en raison d’une migration rurale vers les centres urbains en grande partie due aux inégalités sociales engendrées dans les campagnes par la révolution verte. le secteur minier brésilien occupe davantage d’espace que les plantations forestières (70 000 km2). plus de 80 000 km2 – la superficie de l’Autriche environ – sont dévolus aux activités minières.

Le brésil est le troisième producteur mondial de bauxite, le minerai qui sert à produire l’aluminium – un matériau désormais très répandu. On trouve l’aluminium dans quantité d’articles d’usage courant, des canettes de soda aux bicyclettes, ainsi que dans l’industrie automobile et celle du bâtiment. Au brésil comme au plan mondial, la production d’aluminium croît chaque année (graphique 4.8). au cours de la dernière décennie, le brésil a extrait quelque 240 millions de tonnes de bauxite, et les réserves exploitables tournent autour de 1,1 milliard de tonnes. la production d’aluminium dans ce pays est dominée par des multinationales étrangères. Cela renforce un modèle de développement économique où le brésil reste un exportateur de matières premières, tandis que les lingots d’aluminium sont envoyés pour transformation en Norvège, aux Etats-Unis, au Canada et au Japon. Du coup, la majeure partie de la valeur ajoutée est créée hors du brésil.

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Concernant l’occupation des sols, on estime que l’extraction de bauxite et l’industrie de l’aluminium au brésil prennent environ 16 000 km2 (dont des pipelines et d’autres infrastructures), soit un peu moins que la surface couverte par l’aire métropolitaine du grand New York. Ce chiffre devient encore plus critique quand on sait que les réserves brésiliennes de bauxite sont situées au cœur de l’Amazonie. les mines de bauxite se trouvent donc dans des zones reculées de la forêt tropicale, peuplées de communautés traditionnelles et indigènes. Ces populations, qui dépendent des ressources naturelles et de la faune que forêts et fleuves leur fournissent, ont créé avec la nature des relations harmonieuses, dans lesquelles leur impact sur le milieu est minime. les mines de bauxite provoquent des dégradations écologiques considérables (déforestation, pollution du sol, de l’eau…), privant les communautés indigènes de ce dont elles ont besoin pour survivre et réduisant leurs possibilités de préserver leur mode de vie traditionnel.

Il y a souvent eu au brésil des conflits entre compagnies minières et populations indigènes, où les premières faisaient pression sur les secondes pour qu’elles quittent leurs terres et partent s’installer ailleurs. Cependant, un nouveau paramètre qui chasse les gens de leurs terres est la création de réserves écologiques, sur laquelle le gouvernement brésilien a légiféré pour répondre aux exigences de donateurs comme la banque mondiale. Certains détracteurs ont beau soupçonner que cela vise surtout à mettre la main sur les zones correspondantes en vue d’une exploitation future, les compagnies minières n’en ont pas moins, en vertu de ces nouvelles dispositions législatives, acheté des centaines d’hectares pour la conservation de la biodiversité. Or les communautés indigènes ne sont pas autorisées à y vivre, pas plus qu’à y chasser ou y pêcher. Cela revient à exproprier des familles de leurs terres, puis à les empêcher de s’adonner à leurs pratiques traditionnelles sur un territoire qui leur appartenait jusque-là.

A cause des activités minières et de la création de réserves, les populations locales dépendent d’une assistance sociale du gouvernement fédéral, et beaucoup de familles finissent par migrer vers les périphéries urbaines, en quête de meilleures conditions de vie. une quête généralement vaine, car le chômage, le manque d’instruction, les mauvaises conditions d’hygiène et la prostitution des enfants comme des adultes sont fréquentes dans les communautés indigènes qui vivent en lisière des villes.

Alors que, auparavant, les peuples indigènes étaient large- ment autosuffisants, tirant de la forêt du gibier, des noix, du poisson et d’autres aliments, ces populations doivent désormais acheter de la nourriture. Cela modifie leur alimentation, avec entre autres une hausse de la consommation d’œufs, de saucisses et de poulet. les familles perdent aussi souvent leurs aires de plantation de manioc et leurs açaï (palmier donnant un fruit typique du brésil), une des rares sources de revenu et de nourriture des familles rurales d’Amazonie. au bout du compte, les conséquences sont graves pour les communautés affectées, qui ont le sentiment que l’état les a trompées au bénéfice des compagnies minières. Ceux qui s’organisent pour combattre cet état de fait sont parfaitement conscients qu’ils mettent leur vie et celles de leurs proches en danger.

Les contrecoups écologiques du changement d’affectation des sols de la forêt primaire à l’extraction de bauxite sont très importants. la perte de biodiversité due aux mines de bauxite est surtout liée à la déforestation. Celle-ci est indispensable pour mettre la terre à nu avant de démarrer l’extraction à ciel ouvert, pour construire des voies ferrées et des ports (transport de minerai), pour installer des usines de traitement et pour édifier les mégabarrages destinés à fournir l’énergie requise, pour la fusion du métal en particulier. la réhabilitation des sols et le retour à la forêt n’interviennent que dans des cas très rares. une autre conséquence majeure de la déforestation en Amazonie est son effet sur le climat local, régional et planétaire, avec une baisse de la capacité d’absorption du Co2 et un affaiblissement croissant du « poumon vert » de la planète. on estime en outre que la production de méthane (Ch4) dans les réservoirs des centrales hydroélectriques n’a rien de négligeable. souvent, lors du remplissage du lac artificiel, les arbres sur pied ne sont pas abattus, ce qui entraîne la décomposition d’une grande quantité de biomasse, avec dégagement de volumes importants de méthane. résultat, selon la technique employée, entre 1,8 et 8,7 tonnes de Co2 par tonne de métal sont émises au cours de la production d’aluminium. la déforestation et les émissions de gaz à effet de serre ne constituent toutefois qu’une partie des incidences de l’extraction de bauxite et de la production d’aluminium en Amazonie. un des déchets de cette indus- trie est en effet une boue rouge toxique qui s’insinue dans les eaux de surface, tuant les poissons et d’autres formes de vie aquatique, ou faisant chuter leurs taux de reproduction. les vibrations du sol engendrées par les machines-outil dans la zone minière affectent également la vie sauvage et déséquilibrent l’écosystème terrestre, en faisant fuir les petits animaux ainsi que les oiseaux des environs.

Il est ironique que certains des plus grands gisements mondiaux de bauxite – matière première d’un des principaux métaux actuellement utilisés dans le monde – se trouvent dans une région d’une importance cruciale non seulement pour les populations locales, mais aussi pour tous les humains. Chaque canette de boisson ajoute à la pression exercée sur ce milieu vital. une baisse du nombre de canettes achetées, une meilleure conception des produits et une forte hausse des taux de recyclage de l’aluminium, dans les pays européens et ailleurs, contribueraient à réduire cette pression.

bauxite-l'aluminium

En Novembre 2015, le Brésil subit une catastrophe écologique sans précédent

Une coulée de boue polluée provoquée par la rupture d’un barrage minier a atteint les rivages de l’océan Atlantique.

Le 5 novembre dernier, un barrage minier s’est rompu près de Mariana, dans l’État de Minas Gerais, au sud-est du Brésil. Une gigantesque coulée de boue à forte densité de déchets miniers a ravagé Bento Rodrigues, un village de 620 habitants.

D’après le ministère de l’environnement, « ce véritable tsunami de boue » a parcouru 650km en 16 jours sur le fleuve Dolce. Samedi après-midi, le littorale de Regencia (État d’Espirito Santo) était atteint. Une barrière de protection de 9 km a été montée pour protéger la faune et la flore.

Des animaux morts et des terres stériles

Selon le président de l’Institut brésilien à l’Environnement (Ibama), Luciano Evaristo, la boue à forte densité de déchets miniers a porté atteinte à la vie aquatique sur son parcours. Près de 60 millions de litres d’un mélange constitué de terre, de silice, de résidus de fer, d’aluminium et de manganèse se sont déversés dans le fleuve.

Des millions de poissons sont morts asphyxiés. « En arrivant à l’estuaire du Rio Doce, elle pourrait affecter la nidification des tortues marines », explique M. Evaristo.

Les habitants appellent maintenant ce fleuve « Rio Morto » (la rivière morte).

« C’est la pire catastrophe environnementale de l’histoire du pays », avait alors déclaré la ministre de l’Environnement, Izabella Teixeira.

consommation de terres

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