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LA « MERVEILLE » DE L’ABBAYE DU MONT-SAINT-MICHEL

LA MAQUETTE DE LA « MERVEILLE » DE L’ABBAYE DU MONT-SAINT-MICHEL

« L’abbaye escarpée, poussée là-bas, loin de terre, comme un manoir fantastique, stupéfiante comme un palais de rêve, invraisemblablement étrange et belle » Guy de Maupassant

À l’occasion du retour dans les salles d’une maquette monumentale de la Merveille, la Cité consacre une exposition-dossier au monument. Le modèle en pierre a été réalisé en 1884 pour défendre le projet de restauration de l’abbaye du Mont-Saint-Michel par l’architecte Corroyer, alors en butte à toutes les critiques.
Héroïne d’une vie mouvementée, ponctuée d’interventions parfois traumatisantes, cette maquette a, à son tour, imposé aux restaurateurs des contraintes et questionnements qui sont les enjeux du chantier à peine achevé. Pour revenir au site lui-même et à son actualité architecturale, l’exposition trouvera sa conclusion  dans le projet de la passerelle de Dietmar Feichtinger qui remplace aujourd’hui l’ancienne digue.

Le Mont-Saint-Michel, une abbaye entre terre et mer

Sur un îlot granitique au milieu de grèves immenses soumises au va-et-vient des marées, à la limite de la Normandie et de la Bretagne, s’élève la « merveille de l’Occident ». Cette abbaye bénédictine est dédiée depuis le VIIIème siècle à l’archange saint Michel, « prince de la milice céleste ». La construction de l’abbaye, qui s’est poursuivie du XIème au XVIème siècles, en s’adaptant à un site naturel complexe, a constitué une remarquable prouesse technique et artistique. Le Mont-Saint- Michel, classé au titre des monument historiques en 1874, est inscrit au patrimoine mondial de l’humanité de l’Unesco depuis 1979. Avec trois millions de visiteurs annuels, le Mont-Saint-Michel se place parmi les sites touristiques majeurs en France.

« La Merveille de l’Occident »

Le qualificatif de « Merveille » désigne les constructions gigantesques, d’une stupéfiante audace architecturale, s’élevant au nord et au sud du Mont-Saint-Michel. « Les grands bâtiments qui donnent sur la pleine mer, au nord, peuvent passer pour le plus bel exemple que nous possédons de l’architecture religieuse et militaire au Moyen-âge, aussi les a-t-on nommés de tous temps la Merveille » écrit Eugène Viollet-le-Duc, dans son Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècles.

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L’ORIGINE DE LA MAQUETTE

A la fin du XlXème siècle, la « Merveille » se trouve dans un état inquiétant, menaçant de tomber en ruine. La conservation de l’édifice, utilisé alors comme prison, préoccupe les pouvoirs publics. Un projet de restauration est lancé et c’est dans ce contexte qu’une maquette en pierre est réalisée.

Edouard-Jules Corroyer, architecte des monuments historiques

Né à Amiens en 1835 et mort à Paris en 1904, Édouard Corroyer est issu d’une famille des corps de métier du bâtiment : son père est charpentier, son oncle maternel et son aïeul, couvreurs. Il est l’élève d’Eugène Viollet-le-Duc, qu’il aurait rencontré en 1855 lors de la restauration de la cathédrale d’Amiens.

Il intègre en 1871 la Commission des monuments historiques et mène plusieurs études sur l’architecture médiévale.

En 1872, il est chargé d’évaluer l’état du Mont, et obtient son classement au titre des Monuments historiques en 1874.

En 1878, il reçoit pour mission de restaurer le Mont-Saint-Michel. Sous sa direction, des travaux gigantesques sont entrepris, en commençant par les plus urgents. Il s’agit d’abord de consolider plusieurs parties du monument comme les remparts du village et les bâtiments romans, avant d’entreprendre la restauration du troisième niveau gothique comprenant notamment la Merveille, avec le cloître et le réfectoire.

Il se consacre pendant une quinzaine d’année à la restauration de « la Merveille » et écrit quatre ouvrages sur l’édifice. En 1888, il est révoqué du service des monuments historiques alors que sont nées des dissensions avec son dessinateur Émile Sagot et avec les Montois eux-mêmes qui ne lui pardonnent pas son opposition à la digue qu’il appelait « le remblai », et à la demande des députés Lockroy et Bassé qui le considéraient trop proche des idées cléricales.

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Une maquette à l’histoire tourmentée

Les recherches historiques ont permis de déterminer que la maquette a été réalisée au début des années 1880, sans doute à la fois pour expliciter et défendre le projet de restauration, alors contesté, et pour mettre en valeur la virtuosité technique de l’entrepreneur chargé du chantier, Théodore Fouché. Son échelle est au 1/20 e (5cm/m) et elle réalisée avec une extrême précision, qualités qui expliquent que, en 1884, Fouché remporte une médaille à l’exposition des Arts décoratifs et que, dans la foulée, la maquette soit donnée au musée de Sculpture comparée, comme le précise le registre d’inventaire, par « M. Corroyer architecte et Foucher entrepreneur ».

Exposée tout au long de l’histoire du musée puis du Centre de recherche sur les monuments historiques, auquel la collection de maquettes est rattachée, la Merveille du Mont-Saint-Michel a néanmoins connu plusieurs déménagements, démontages et remontages successifs qui ont modifié et parfois altéré sa structure et son aspect, entre 1892 et 1995.

Présentée au musée à partir de 1884 jusqu’en 1997, la maquette est aujourd’hui en réserve. Son état préoccupant a fait l’objet d’une étude préalable très détaillée qui permet néanmoins d’envisager aujourd’hui sa restauration et son retour au sein des collections permanentes.

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LA MERVEILLE, UNE MAQUETTE HORS DU COMMUN

Que représente la maquette?

La maquette présente les architectures de l’abbaye, de manière à rendre perceptible l’audace extraordinaire de cette construction. Elle en donne une vision restaurée, dans l’esprit du projet défendu par Corroyer.

La maquette montre l’étagement de la partie nord-est de l’abbaye, les différents systèmes de construction et l’allègement progressif des structures architecturales depuis la tour de défense et la barbacane* du châtelet* jusqu’au réfectoire.

Elle offre également une coupe sur le bâtiment est comprenant trois niveaux superposés. À l’étage inférieur se trouvent l’aumônerie, où les pèlerins recevaient le gîte et le couvert, et le cellier. Le niveau intermédiaire abrite, quant à lui, le réfectoire des moines et la salle des chevaliers. Le dortoir et le cloître se situent au dernier niveau.

Eléments techniques

Contrairement aux autres maquettes de la collection du musée qui sont en plâtre, la maquette de la Merveille est en pierre. Elle est composée d’un certain nombre de blocs (30cm de hauteur environ) assemblés et sculptés de chaque détail du monument, depuis les assises des parements et les éléments défensifs des parties fortifiées jusqu’à la reproduction de certains aménagements et décors de la Merveille elle-même (chapiteaux*, fenestrages*…), présentée en coupe. Quelques petits éléments sont même taillés à part et assemblés (meneaux des fenêtres, gargouilles*…). Des charpentes viennent compléter cette représentation, donnant à cette maquette toute sa majesté et son élégance verticale.

Certaines parties du monument sont montrées en écorché*, le « mur » étant laissé ouvert pour permettre de voir et comprendre l’architecture en profondeur. En outre, il est possible que, dans sa conception originale, la maquette ait été au moins partiellement démontable pour les besoins de l’argumentation et de la description du projet de restauration d’Édouard Corroyer. En effet, certains détails sont sculptés dans des zones presque invisibles lorsque la maquette est assemblée. C’est le cas par exemple des entailles* des marches de l’escalier de la Tour des Corbins.

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FICHE DESCRIPTIVE

Titre : Maquette du châtelet* d’entrée et d’une partie de la « Merveille » du Mont- Saint-Michel

Statut : maquette appartenant aux collections de la Médiathèque de l’Architecture et du Patrimoine, en dépôt au musée des Monuments français, département Patrimoine de la Cité de l’architecture & du patrimoine, inv. CRMH 37

Matériaux et techniques : Maquette en calcaire de l’Oise (analyse réalisée par le Laboratoire des Monuments historiques en 1980) pour le bâti et en bois pour les charpentes et toitures, avec des compléments en plâtre (joints, escarpements) dus à des restaurations antérieures

Date : réalisée avant 1884 par l’entrepreneur en maçonnerie Théodore Fouché, sur les indications d’Édouard Corroyer (1835 – 1904), architecte des monuments historiques chargé de la restauration du Mont-Saint-Michel

Dimensions (cm) : L. 228 ; P. 169 ; H. 260 ; H. socle : 50

Echelle : 1/20e (5 cm pour 1 m)

LEXIQUE D’ARCHITECTURE GOTHIQUE

Barbacane : désignait au Moyen Âge un ouvrage de fortification avancé qui protégeait un passage ou une porte, et qui permettait à la garnison d’une forteresse de se réunir sur un point saillant à couvert, pour faire des sorties, pour protéger une retraite ou l’introduction d’un corps de secours.

Chapiteau : élément décoratif de forme évasée qui couronne une colonne et lui transmet les charges qu’elle doit porter.

Châtelet : ouvrage de défense construit au devant d’une place forte ou d’un pont. Le sens est alors proche de celui de barbacane. On parle également de châtelet pour désigner un ensemble fortifié compact destiné à défendre une porte.

Ecorché : représentation d’une maquette permettant de faire apparaître les parties importantes de la structure intérieure d’un bâtiment.

Entaille : ouverture plus ou moins grande que l’on fait pour lier une pièce avec une autre.

Fenestrage : élément décoratif composant et subdivisant les grandes baies des édifices religieux de l’époque gothique.

Gargouille : canalisation placée au sommet d’un édifice à l’extrémité d’une gouttière et permettant l’évacuation des eaux de ruissellement à bonne portée d’un mur. Les gargouilles sont généralement soigneusement sculptées.

LA MAQUETTE DE LA « MERVEILLE » DE L’ABBAYE DU MONT-SAINT-MICHEL

CAPA/MMF/Anne Chauvet

LA RESTAURATION

Un état de conservation alarmant et dégradé

L’étude préalable, réalisée par un restaurateur de sculptures, a montré l’importance des altérations structurelles liées aux défauts du calage actuel des éléments de pierre constitutifs de la maquette et à l’insuffisance de son support en bois.

Quelles interventions réaliser?

Un démontage partiel et une reprise très importante de ces calages sont indispensables pour stabiliser la maquette et permettre de la transporter et de la présenter à nouveau malgré son poids (une tonne environ) et sa fragilité.

Par la suite, la restauration de la surface, aujourd’hui très hétérogène du fait des interventions antérieures successives et de nombreux ajouts en plâtre, rendra à la maquette un aspect proche de celui qu’elle avait à l’origine, celui d’une pierre blonde, mettant ainsi en valeur l’extraordinaire qualité de la mise en œuvre, et soulignant l’élégance de l’ensemble et la finesse des détails.

L’intervention de conservation-restauration est estimée à 155 jours de travail.

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Façade nord, détail de la Tour Claudine, CAPA/MMF/Anne Chauvet

L’EXPOSITION MERVEILLE D’ARCHITECTURE GOTHIQUE

Le retour de la maquette à la Cité s’accompagnera d’une exposition-dossier dans les galeries du musée. Cet événement permettra d’illustrer les caractéristiques de l’architecture gothique classique parfaitement maîtrisée de cette première moitié du XIIIème siècle.

La maquette révèle les enjeux des restaurations menées par Édouard Corroyer, épisode clé de la politique de sauvegarde des Monuments historiques qui a tant marqué le XIXème siècle et qui conduit en partie à la création du musée de Sculpture comparée, ancêtre du musée des Monuments français.

On peut pour cela évoquer l’état du monument avant sa restauration à partir de 1874 (fonds photographique aux archives départementales de la Manche) et le projet d’Edouard Corroyer (fonds conservé à la MAP).

Différents fonds témoignent de cette page de l’histoire du monument : fonds Hyacinthe-César Delmaet (1828-1862), fonds Louis-Emile Durandelle (1839-1917), service des collections de l’ENSBA, etc.

Grâce à un reportage photographique et audiovisuel, l’exposition retrace les étapes de la restauration de la maquette et la nécessité imposée aux restaurateurs de trouver des solutions novatrices et tout spécialement adaptées pour pallier les désordres structurels et les altérations de surface de cette œuvre exceptionnelle.

Enfin, l’exposition rend hommage à tous les mécènes, entreprises et individuels, qui ont accepté de soutenir ce projet.

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Galerie des moulages, Salle Davioud, CAPA, photo Nicolas Borel

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