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La MUSE, fidèle demeure, accorde autant d’esprit que de substance

Muse comme Maison individuelle à ossature bois industrialisées par modules tridimensionnels

Vert-Saint-Denis, situé à une cinquantaine de kilomètres au sud de Paris, sur le plateau de la Brie, est membre du groupement de communes constituant la ville nouvelle de Sénart. La commune, qui regroupe sept mille deux cents habitants, entend proposer un habitat abordable aux jeunes ménages tout en conservant une identité marquée par un habitat pavillonnaire et de rares petits collectifs. Les Marches de Bréviande ouvriront un nouveau quartier, un éco- quartier de soixante-quinze logements situés face à la forêt d’un côté, à une école de l’autre. Chaque maison disposera d’une terrasse et d’un jardin pourvu d’une « cabane ». Contrairement à une idée reçue, la population, vieillissante, est en décroissance : attirer de jeunes ménages pour revivifier la commune devenait une nécessité.

Le procédé Muse permet de s’adapter à tout type de site et de contrainte urbaine. À Vert- Saint-Denis le terrain très difficile – une ancienne carrière devenue déchetterie – n’aurait sans doute pas supporté des maisons traditionnelles lourdes.

L’opération de Vert-Saint-Denis, avec soixante-quinze logements, est à ce jour la plus grande menée par Bénéteau (pour sept opérations « muse », la moyenne est de quatorze logements): l’amplitude de ce chantier est donc, pour l’industriel, une innovation en soi. innovation aussi pour le maître d’ouvrage et pour la collectivité locale. Pour FSM, les Foyers de Seine et Marne, il s’agit de poursuivre une démarche d’innovation notamment sur le plan énergétique, pour l’ensemble des acteurs tester un système constructif industrialisé sur une opération d’une taille significative. Pour le maire, la rapidité d’exécution est le critère premier. Tout le monde innove donc… en même temps !

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La MUSE, fidèle demeure, accorde autant d’esprit que de substance

Le procédé Muse permet de s’adapter à tout type de site et de contrainte urbaine. À Vert- Saint-Denis le terrain très difficile – une ancienne carrière devenue déchetterie – n’aurait sans doute pas supporté des maisons traditionnelles lourdes.

Les maisons Muse sont des maisons individuelles à ossature bois industrialisées par modules tridimensionnels. Les modules permettent la construction de petits bâtiments collectifs. Muse procédé constructif innovant est lauréat de l’appel à projet CQFD.1

– Fondations : plots béton (vide sanitaire ventilé)

– Modules 3D planchers et murs en ossature en bois massif, isolation laine de verre

– Logements séparés par une lame d’air

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L’industriel à l’initiative de la maison Muse est Bénéteau, plus connu pour l’excellence de ses bateaux et pour l’habitat de loisirs qui peu à peu remplace la toile dans les campings. Sa filiale BH est à l’origine du concept Muse, et c’est à travers la société Habitat d’Avenir, à laquelle participe le groupe SNI, que Bénéteau commercialise d’une part la maison Muse, d’autre part les constructions « Eve » (logement étudiant et résidences sociales). BH a une autre filiale, BH services, entreprise de bâtiment qui travaille en sous-traitance pour BH.

L’architecte a, dans le cas de la maison Muse, un rôle initial de concepteur au sens fort : c’est lui qui, après un appel à projets lancé par l’industriel, a assuré la conception des modules, mais n’en assurera pas obligatoirement, in fine, le dessin, ce dernier pouvant être délégué, selon les cas, à des architectes choisis par le maître d’ouvrage.

Cette dépossession d’un rôle fort est à souligner. Si, à Vert-Saint-Denis, le concepteur des modules se confond avec l’architecte du nouveau quartier, ce n’est pas le cas sur le chantier de Villepinte. Dans le premier cas, François Pélegrin, concepteur des modules, est aussi architecte de l’opération, dans le second l’architecte est Lionel Blancard de Léry (Atelier BLM).

«  Le procédé Muse c’est zéro invention technique, c’est le DTU 31.2. Ce qui est audacieux c’est la préfabrication totale de modules en trois dimensionnels terminés dans l’usine et assemblés en une journée sur le site. Ensuite il y a trois ou quatre jours de parachèvement pour une maison de quatre pièces, soit quatre modules. Il y a un vrai gain de temps… » explique l’architecte, François Pélegrin 

Lors de la discussion avec Bénéteau, après mise en concurrence d’équipes de concepteurs, la question du transport est vite arrivée : allait-on transporter du vide ? Quand on veut maîtriser les coûts, les délais, la qualité et la fiabilité, « une solution aussi radicale est dérangeante, mais la plus efficace ». Va-t-on pour la commodité du transport opter pour des petits gabarits, mettre les modules sur des péniches, sur des wagons, de telle sorte qu’ils passent sous tous les ponts ? « Non, notre démarche est anti-conteneur ».

«  On s’est dit qu’il fallait dessiner une maison, où il ferait bon vivre, mais qu’il fallait transporter. Transporter quatre mètres cinquante de large, c’est possible, Bénéteau transporte des catamarans… C’est bien sûr un transport exceptionnel qui a un coût… On a dessiné des boîtes de quatre mètres cinquante, ouvertes latéralement : cela peut faire une maison de neuf mètres. Les modules peuvent d’ailleurs être différents. On a regardé les invariants : les fluides, les locaux humides, les escaliers… Le reste peut bouger en fonction du site, des demandes des élus, du PLU… On a une liberté pour la toiture, pour les ouvertures, pour les peaux de façade (enduit, briques, bois). L’écriture architecturale n’est pas donnée avec le concept. » rajoute François Pélegrin. 

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Les interfaces entre usine et chantier, bien que les modules soient livrés « sous sticker », emballés dans un grand sac blanc, restent nombreuses : c’est un charpentier local qui fabrique et pose les « faux » toits prévus par l’architecte et termine la pose des bardages à la jonction des modules. De même, c’est un menuisier qui pose les rails destinés aux cloisons coulissantes, cloisons qui ne supporteraient évidemment pas le transport. Tous les corps d’état de second œuvre sont sollicités pour diverses « retouches » : une poignée de porte à déplacer, un joint de baignoire à consolider, une porte à changer. Il restera ensuite à aménager la terrasse et les espaces verts.

« Transporter du vide » implique qu’il faut, à l’arrivée, remplir ce vide relatif. Les équipements techniques, chaudière, toilettes, baignoire, évier, de même que portes et fenêtres, sont déjà en place. Il reste essentiellement à installer les cloisons mobiles et à effectuer des contrôles : le transport en effet est susceptible de voiler une porte. Les contrôles ont été réalisés d’abord avant la sortie d’usine, mais un second contrôle est réalisé après que les modules aient été assemblés sur site.

Le maître d’ouvrage, dès son choix de BH, a délégué à l’usine son conducteur de travaux. Qui a visité attentivement le module, a particulièrement regardé l’étanchéité et réglé différents petits points. Le bureau de contrôle est également allé à l’usine, sans rendre de rapport formel. Il s’agissait seulement d’une intervention de conseil. Mais sur le chantier, Socotec réalise une mission complète. La réception de chantier a lieu plus tard.

En vitesse de croisière, une convention entre Cerqual et BH devrait permettre des économies sur la certification de l’opération. Les choses se mettent en place…

Le rôle du maire dans le montage de l’opération a été décisif. Malgré quelques perplexités de la part du conseil municipal, qui redoutait que des constructions arrivant de Vendée, outre leur caractère innovant (donc risqué ?), soient mal perçues par le tissu local d’entreprises, le projet a été adopté rapidement. Venant de l’industrie, le maire s’est déclaré intéressé par un mode constructif modulaire qui représente une façon de voir différemment l’avenir au niveau de l’habitat. Et les entreprises locales n’ont pas été éjectées du projet, puisque fondations, VRD, et achèvement du second œuvre leur sont revenus. Pour Éric Bareille, maire de Vert-Saint- Denis, les élus locaux ont une responsabilité, celle de sortir des sentiers battus, des habitudes acquises, de la reproduction.

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Eric Bareille, maire de Vert-Saint-Denis, s’exprime au sujet de la conception, « Concevoir des maisons individuelles à haute performance énergétique, avec un assemblage rapide permettant des coûts intéressants, offre des perspectives, notamment pour l’accession à la propriété. Et pour cet ensemble qui s’intègre dans un environnement particulier on est allé loin sur l’aspect environnemental : récupérateur d’eau, chauffe-eau solaire sur chaque bâtiment, six cents arbres plantés, un mode particulier de gestion des flux automobiles pour la majorité des maisons, avec des parkings déplacés par petites zones, ce qui a pour conséquence une sécurisation des circuits piétons. Concernant l’industrialisation, j’ai l’habitude de voir des chaînes de montage. Des méthodes de fabrication performantes pour réduire les coûts, c’est une bonne chose pour le bâtiment à une époque où l’accession à la propriété est complexe et où les difficultés financières touchent tout le monde. Il faut un changement dans la façon d’imaginer l’habitat. L’ossature bois est connue depuis longtemps dans les Vosges, mais avant on faisait cela sur place et maintenant on industrialise, on optimise… Je n’ai pas de réticence, il faut que les élus responsables avancent. »

FSM a déjà réalisé deux opérations innovantes, l’une composée de vingt-et-un logements locatifs individuels et collectifs avec ossature et bardage bois à Courty (77) et l’autre de trente et un éco-logements (THPE ENR) dans l’éco-quartier de Lieusaint (77). Cet opérateur social est certifié ISO 14001 pour ses activités de construction, réhabilitation et gros entretien de son parc. Passé l’effet de surprise, FSM a adhéré au système Muse.

Du point de vue de FSM, « L’idée de modules arrivant sur un camion, cela surprend. Mais la maison témoin à l’usine nous a convaincus. La mairie qui voulait quelque chose de performant a été partante. Nous craignions bien sûr la réaction des clients face à de la construction modulaire. Le coût pour une maison BBC a été déterminant, nous n’étions pas sûrs d’y parvenir en traditionnel. Or nous démarrions notre activité accession qui implique une bonne maîtrise des coûts. »

Le premier jour de la commercialisation, la moitié des maisons a été vendue. Les candidats au logement sont indifférents au mode constructif, c’est le résultat et la performance thermique qui leur importent, même s’il est impossible de changer les options, de faire du « sur mesure ».

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Quant au chantier, le maître d’ouvrage fait état d’un début de chantier difficile. Il semble que la maîtrise par l’industriel de la complexité de l’industrie de la construction ne soit pas acquise d’avance. Il est vrai que l’on n’exige pas d’un constructeur automobile de créer les routes, ni à un constructeur de bateaux de soulever la mer. FSM explique d’ailleurs, qu’ils avaient « un problème avec les fondations, or BH vend une maison fondée. FSM a remis en temps utile une étude de sol, mais l’entreprise a travaillé tardivement sur la base de l’étude et a remis son offre huit jours seulement avant la signature du marché, fin août. BH n’a consulté les entreprises de fondation qu’en novembre avec la contrainte de délais courts, ce qui a conduit à un renchérissement des coûts. On s’est trouvé face à un surcoût de fondation de 580 000 euros. Ce qui a entraîné la recherche d’économies sur différents postes, notamment sur les VRD. Finalement le surcoût a été réduit à 300 000 euros. »

Des pénalités de retard ont du être appliquées, dix jours avant l’inauguration officielle du chantier – que l’on appelle encore, de manière impropre, « pose de la première pierre » – le 1er février 2011. L’entreprise a évoqué des intempéries pour expliquer ce retard, alors que le système constructif était présenté comme permettant d’y échapper.

La gestion, d’un bout à l’autre, d’un chantier, est affaire compliquée : BH en est encore à un stade d’apprentissage, aussi bien en ce qui concerne les fondations que le management des sous-traitants et des équipes sur site.

FSM s’explique « La coordination inter entreprises est ratée… Quand l’architecte prévoit de faire les EPR sur une maison, le jour J l’appartement n’est pas libéré. On a même fait un jour des EPR sans l’entreprise ! Ils se sont débrouillés pour les sous- traitants, mais comme ils avaient un problème avec le peintre on leur a donné un nom. Après ils ont tergiversé ! Le plombier passe d’un pavillon à un autre sans avoir fini, c’est très morcelé. Il faudrait industrialiser le chantier. Le conducteur de BH n’est là qu’un seul jour car il doit gérer un autre chantier à Caen. Quant au chef de chantier, il n’a aucun pouvoir. »

De nombreux acteurs d’un chantier de construction sont encore méconnus de BH : l’inspection du travail, l’OPPBTP, les concessionnaires, ce qui a produit des contre-performances : un arrêt de chantier pour BH, un pour le ravaleur, un pour le poseur d’échafaudage.

Cette réalisation fait face à une industrialisation. On est face à une industrialisation des plans, à la fabrication des modules en usine mais avec un chantier qui reste encore un lieu d’empirisme et de gestion d’aléas divers. L’industrialisation du plan fait faire des économies. L’APS, l’APD sont établis, il n’y a pas de DCE, pas d’appel d’offres, pas de relance des entreprises. L’architecte fait le projet, le dépôt du PC et l’adaptation au sol.

Le maître d’ouvrage explique que « cela bouleverse toutes les pratiques. Tout remonte vers l’usine. À l’usine on voit les modules, au départ cela n’est pas évident ! Après sur le chantier on voit le bon emboîtement de ces modules. Une pré-réception est réalisée au départ de l’usine. C’est stressant car on ne peut pas tout réinventer. Quand l’OS de fabrication est lancé on ne peut rien changer, alors qu’en filière humide on s’autorise tout. Là, il faut penser le tout et le détail en même temps. »

L’industriel, enraciné dans le monde nautique, a découvert partiellement le monde de la construction en fabriquant plus de dix mille mobil homes. Il maîtrise un outil performant en développement. L’usine, en service depuis septembre 2009, monte en puissance. Il lui reste, au- delà du montage des modules réalisé par ses équipes, à maîtriser l’organisation du chantier, à anticiper, à coordonner les corps d’État.

Les maîtres d’ouvrage sont séduits par les avantages : liberté architecturale, produit sécurisé, prise en compte de l’environnement, suppression des nuisances pour les riverains, délais maîtrisés… Le procédé permet également de faire de petites opérations de six à dix logements, ou des opérations moyennes de soixante-dix/quatre-vingts logements. Il est possible d’aller jusqu’à R+3, mais pas plus en raison de la sécurité incendie.

« Avec ce procédé on tourne en BBC à 1 200 euros du m2. Le maître d’ouvrage comme le maître d’œuvre travaillent avec des prix connus à l’avance, avant même la première esquisse. Le maître d’œuvre ne redoute plus l’appel d’offres et ses conséquences. La technique est maîtrisée y compris la thermique, il n’y a plus d’ingénieur structure qui râle ! » précise François Pélegrin. 

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Malgré les retards dus aux apprentissages, l’opération reste performante en termes de délais par rapport à une opération classique qui sur ce terrain très difficile auraient nécessité quatorze mois de VRD et de préparation et dix-huit mois de construction.

Le conducteur de travaux de FSM « Pour la partie accession, on va réussir à livrer pour la seconde quinzaine de septembre, mais pour le locatif on va avoir du retard. Lelocatif sera livré fin octobre, début novembre (alors que l’on pensait livrer en septembre soit une durée de douze mois. Cela perturbe la rentrée scolaire pour les enfants des locataires). L’entreprise de VRD ne peut plus morceler son activité, elle boucle l’accession et après elle arrête. Elle reviendra quand cela sera suffisamment avancé sur les autres tranches. Elle ne peut pas facturer selon le rythme prévu. »

Pour BH, le chantier pourrait aboutir à un résultat négatif, en tenant compte des pénalités pour les retards, du surcoût de fondations, de la prise en charge des pertes de VRD et d’espaces verts.

 Honoraires : 814 856 € ht

 VRD : 3 220 000 € ht

 Espaces verts : 1 004 393 € ht

BH:  6 732 123 € ht

Pour 5 163 m2 de SHAB, le coût de construction pour FSM est de 1 304 € ht/m2 SHAB, soit un léger dépassement par rapport aux prévisions. Mais, comparé à des opérations classiques menées par le maître d’ouvrage, le coût au m2 semble nettement inférieur au coût attendu.

Les points forts comme les points faibles devront être discutés lorsque le chantier sera achevé et qu’un bilan aura été fait par chacun et collectivement.

 

Fiche technique de la MUSE

Opération : Les Marches de Bréviande

Lieu : Vert-Saint-Denis (Seine et Marne)

Maître d’ouvrage : Les Foyers de Seine et Marne (FSM)

Architecte : François Pélegrin

Entreprise : BH (Bénéteau)

L’opération : 75 logements BBC (55 locatifs / 20 en accession)

Coût : 1 304 € ht/m2 SHAB

crédits photographiques@ GC

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