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La restauration du boudoir Turc de Fontainebleau

La restauration du boudoir Turc de Fontainebleau

Le 11 mai 2015 a eu lieu l’ouverture au public, après 7 années de travaux, pour la première fois de son histoire.

Le boudoir Turc de Fontainebleau est le dernier témoignage existant des “turqueries royales” en vogue dans un XVIIIe siècle largement inspiré par l’Orient. Conçu en 1777 pour Marie-Antoinette par les frères Rousseau, il compte parmi les joyaux du château. L’originalité, la préciosité et la modernité des turqueries s’y expriment pleinement à travers une harmonie exceptionnelle entre le décor et le mobilier, mais aussi par la richesse extraordinaire des matériaux, le choix des motifs empruntés au répertoire oriental et les effets de lumière créés par les glaces mouvantes et la transparence des tissus.

Après les dispersions révolutionnaires, l’impératrice Joséphine redonne vie au boudoir en y installant, à partir de 1806, sa “petite chambre à coucher”. Elle commande alors à Jacob-Desmalter un nouveau mobilier garni d’un velours scintillant rappelant le fameux goût “à la turque” et orne la pièce de précieuses étoffes : mousselines brodées, taffetas ou encore festons lamés or à motifs vermiculés.

Le projet de restauration du boudoir a été lancé en 2007. Grâce au soutien de l’INSEAD, le décor de lambris sculptés et peints, semés d’ornements inspirés du “Levant”, a retrouvé son éclat, et les mécanismes des glaces mouvantes, leur fonction d’origine. Pour réunir les fonds nécessaires à la restauration du mobilier et des différentes étoffes qui garnissent le boudoir, le château de Fontainebleau a lancé en septembre 2012, en partenariat avec la galerie Aveline, une opération de souscription inédite, baptisée “Des Mécènes pour Fontainebleau”. La reconstitution du boudoir à Paris, rue du Faubourg-Saint-Honoré, et la présentation des pièces de mobilier originales ont permis de réunir la somme nécessaire à la restauration des textiles, véritable travail d’orfèvre, et au retissage de l’exceptionnel velours de soie qui recouvre le mobilier. Cette opération de grande technicité a été confiée à la maison lyonnaise Tassinari et Chatel, dont la veloutière a patiemment tissé, pendant 15 mois, les 26 mètres d’étoffe indispensables.

Cette restauration exemplaire, conduite par Vincent Cochet, conservateur du patrimoine au château de Fontainebleau, et Patrick Ponsot, architecte en chef des monuments historiques, permet aujourd’hui de découvrir le subtil éclat de ce lieu magique.

Boudoir Turc

LE BOUDOIR TURC

Joyau du château de fontainebleau

Le château de Fontainebleau est unique en France par sa très longue histoire et l’extraordinaire diversité de ses ensembles décoratifs. Ses collections comprennent plus de 30 000 œuvres, réunies dans près de 1 500 pièces. Encore inconnu du grand public, le boudoir Turc, espace intime niché dans les hauteurs du château, fait partie des trésors que dévoile progressivement Fontainebleau. Cet écrin délicat est conçu en 1777 pour Marie-Antoinette qui fait aménager les anciens appartements de Marie Leszcynska, épouse de Louis XV. Le boudoir Turc ne perd ni son éclat, ni sa fantaisie, lorsqu’au XIXe siècle, l’impératrice Joséphine en fait sa petite chambre à coucher, ornée d’un mobilier somptueux et atypique.

Boudoir Turc2

De marie antoinette à joséphine

Marie-Antoinette fait appel aux plus grands artistes pour aménager ce lieu de retraite où elle échappe à l’étiquette. Richard Mique, son architecte attitré, également maître d’œuvre du théâtre et du hameau du petit Trianon, en dessine les plans pour en faire un écrin ouvrant sur le jardin de Diane. Les frères Rousseau, grands décorateurs de l’époque, exécutent le décor de lambris sculptés et peints, semés d’ornements inspirés du Levant. Le Garde-Meuble personnel de la reine, dirigé par Pierre-Charles Bonnefoy Du Plan, fournit un précieux mobilier, dont seuls les feux à sujet de dromadaire demeurent aujourd’hui conservés au musée du Louvre, les autres pièces ayant été vendues à la Révolution. À ces merveilles s’ajoutent quelques trésors : la cheminée du marbrier Bocciardi et du bronzier Gouthière qui présente une frise de bronze associant, sur fond de rinceaux, croissants, étoiles, turbans et épis de maïs dits “blé de Turquie”, ainsi que le mécanisme de la glace mouvante conçu par le général Mercklein qui permet d’occulter la fenêtre, ou encore celui des stores qui tamisent la lumière grâce à un système de poulies.

Au début du XIXe siècle, l’impératrice Joséphine transfigure le précieux boudoir de Marie-Antoinette en chambre à coucher, avec un nouveau mobilier et un nouveau décor caractérisés par la profusion et le raffinement des textiles scintillants d’or.

Le lit en acajou signé Jacob-Desmalter est un hommage au sommeil avec ses chiens en bronze doré qui veillent sur le repos de l’impératrice. Il appartient à un ensemble de meubles réalisé spécifiquement pour le boudoir en 1806 : une chaise longue avec ses coussins, deux bergères, un tabouret de pied, quatre chaises en gondole, un guéridon et un écran de cheminée. Une superposition d’étoffes évoque à son tour la magie de l’Orient : les mousselines encadrées de frises de palmettes brodées d’or, les rideaux de taffetas à motifs de croissants de lune et d’étoiles, l’exceptionnel velours de soie qui recouvre les sièges et qui s’inspire des étoffes les plus précieuses façonnées à Fès, le tapis de la manufacture de Tournai semé de fleurs.

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Un témoignage unique au monde du goût “à la turc”

Ce boudoir est unique au monde car il est le dernier témoignage subsistant intégralement dans son décor des turqueries royales qui fascinent tant le XVIIIe siècle français, les boudoirs turcs du comte d’Artois – frère de Louis XVI – et de la reine à Versailles ayant aujourd’hui disparu. Sous l’Empire, la vogue des boudoirs turcs connaît une seconde faveur, comme en témoignent celui aménagé sous le Consulat dans l’hôtel parisien du général Moreau – dont le mobilier sera acquis par Napoléon Ier en 1804 et envoyé à Fontainebleau – et celui créé à l’hôtel de Beauharnais à Paris. Les relations diplomatiques nouées entre la France et l’Empire ottoman depuis Louis XV expliquent cette mode orientalisante dans les arts – décoration, peinture, tapisserie, ballet, littérature… – dont le boudoir Turc du château de Fontainebleau est le meilleur exemple par l’évocation d’un Orient de fantaisie. L’originalité, la préciosité et la modernité de la turquerie de l’époque s’y expriment pleinement à l’aide d’une harmonie exceptionnelle entre le décor et le mobilier, la richesse extraordinaire des matériaux, le choix des motifs empruntés aux arts de l’Islam. Les effets d’ombres créés par les tissus ou les jeux de lumières des glaces rappellent la magie de l’Orient.

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Après 1815

Le boudoir Turc n’est que peu utilisé après 1815. Il conserve sa fonction de petite chambre à coucher, pour une femme de chambre et pour Mme Pollet, trésorière de la cassette de l’Impératrice Eugénie. Les usages épisodiques du boudoir ont permis d’en préserver le mobilier et certains ornements du décor. Les altérations subies provoquent, entre autres, un ternissement des bronzes, un encrassement de l’acajou, la décoloration et l’usure des étoffes. Ces détériorations, dues au temps et à la poussière, nécessitent d’importantes restaurations, commencées en 2008 par des actions ponctuelles et achevées aujourd’hui grâce aux dons de nos mécènes. Le boudoir Turc retrouve, après plus d’un siècle de fermeture, son état du premier Empire et son éclat du temps des reines.

« De tous les meubles qui décorent l’appartement d’une femme galante, il n’en est pas dont elle fasse un plus fréquent usage, et qui soit plus tourmenté que les rideaux de sa croisée. Qui pourrait décrire le chemin qu’ils font dans une journée ! Ils sont en effet comme l’ombre de leur maîtresse, dont ils suivent tous les mouvements, toutes les démarches. »  Journal des dames et des modes, 25 Fructidor an VIII (12 septembre 1800)

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La restauration du boudoir turc, sept ans de travaux

Si le boudoir Turc connaît diverses transformations au cours du XIXe siècle, dont la plus importante est la suppression de la cloison séparant les deux premières pièces, un projet de restauration amorcé dans les années 1950 est vite arrêté. Ce n’est qu’en 2007 que le projet renaît grâce au mécénat de l’INSEAD. Il a pour objectif de restituer le boudoir Turc dans son état de 1806. L’objectif est de rendre compte de son dernier état connu et meublé, dans la mesure où cet ensemble a continué à être en usage sous les impératrices Joséphine et Marie-Louise et qu’il n’a été que sensiblement modifié à cette période. Cette opération inclut également le traitement de deux pièces annexes, à savoir une antichambre aveugle et un cabinet contigu.

Le programme de restauration a porté sur : l’achèvement de la restauration des lambris, des fenêtres et des parquets, la restauration des corniches et plafonds, la restauration des cheminées (celles des deux premiers cabinets ont été localisées dans le château et remises en place) la restauration des peintures et décors, la mise en place des installations électriques et de sécurité. la réinstallation des miroirs, glaces sans tain et glaces claires.

La maîtrise d’œuvre a été assurée par Patrick Ponsot, architecte en chef des monuments historiques, pour toutes les structures, les fluides, la marbrerie, la menuiserie et les décors peints et sculptés. Les travaux se sont achevés en juillet 2013.

Vincent Cochet, conservateur du patrimoine, a étudié et rédigé le cahier des charges de la restauration du mobilier et des décors textiles. Grâce à diverses aides et aux fonds propres du château, une partie du mobilier a pu être restaurée, notamment le tapis, le lit d’alcôve, les rideaux en mousseline et en taffetas. Tous les bronzes dorés (bras de lumière, chenets et patères) ainsi que le mobilier en acajou ont été nettoyés par l’atelier d’ébénisterie du château.

En septembre 2012, l’opération baptisée “Des mécènes pour Fontainebleau”, organisée en partenariat avec la galerie Aveline, a permis de rassembler les sommes nécessaires à la restauration complète du mobilier. En effet, le poste le plus important de cette opération est le retissage à l’identique du velours façonné lamé or qui doit être substitué à l’étoffe ancienne, très usée, décolorée et lacunaire. Après des essais de retissage, les premiers mètres de velours ont été livrés en décembre 2013 chez le tapissier avec la passementerie en soie et fil d’or. Le métier à bras a continué de fonctionner jusqu’en juin 2014. Ces derniers métrages d’étoffe ont permis de recouvrir le mobilier de Joséphine et d’en disposer les divers éléments dans le boudoir en novembre 2014.

Parallèlement, le dépoussiérage des grandes écharpes lamées or et brodées a été effectué ainsi que leur préparation au lavage par brumisation sur table aspirante. Les opérations de consolidation et de restauration ont été achevées en juillet 2014 et suivies de leur installation dans le boudoir le mois suivant, permettant de retrouver l’opulence des effets tapissiers du Premier Empire.

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La restauration du boudoir turc

Maîtrise d’ouvrage

Maître d’ouvrage

Établissement public du château de Fontainebleau

Maître d’ouvrage délégué

Opérateur du patrimoine et des projets immobiliers de la Culture, Oppic

Maîtrise d’œuvre Décors immobiliers et réseaux techniques : Patrick Ponsot, architecte en chef des Monuments Historiques Restauration du mobilier et du retissage : Vincent Cochet, conservateur du patrimoine

Entreprises

Maçonnerie – installations de chantier Guy Broussail

Plâtrerie – Marbrerie : TOLLIS

Menuiserie bois : Ateliers de la Chapelle

Peinture décorative : Atelier Staskiewicz

Restauration de décors peints : Atelier Staskiewicz

Électricité – Sûreté : SDEL ITT

Glaces et miroirs : VERALBANE

Velours : Tassinari et Chatel

Passementerie : Declercq Passementiers

Restauration des étoffes anciennes : ECAT – Isabelle Bedat

Confection et garniture : Marion Brazet

Restauration du tapis : Chevalier Conservation

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