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Poussières de bois aux pieds vaut mieux que poussières dans les bronches

Poussières de bois aux pieds vaut mieux que poussières dans les bronches

Poussières de bois aux pieds vaut mieux que poussières dans les bronches

En France, 337 400 salariés sont exposés aux poussières de bois (enquête Sumer 2010). Près de la moitié appartiennent au secteur du BTP. Ils travaillent dans les métiers de la menuiserie, de la fabrication de parquets, d’escaliers, de charpentes… Pour réduire l’empoussièrement, responsable de risques sanitaires majeurs (les poussières de bois sont la deuxième cause de cancers professionnels reconnus et indemnisés, après l’amiante), d’importantes mesures de prévention sont préconisées.

Les poussières de bois et ses risques

En France, plus de 150 000 opérateurs du secteur du bâtiment seraient exposés aux poussières de bois. En 2003, l’enquête Sumer précisait que ces expositions sont souvent longues : 38 % durent plus de 20 heures par semaine. Aux risques propres au bois doivent être ajoutés ceux liés aux produits utilisés pour le travailler (colles, vernis, peintures, solvants, décapants…). Non ou mal identifiés, ces produits sont d’autant plus dangereux.

Poussières de bois : quels travaux sont concernés ?

Les salariés les plus exposés aux poussières de bois dans le BTP réalisent :

  •  des travaux sur des machines insuffisamment capotées ou reliées à des installations d’aspiration insuffisamment performantes,
  •  des travaux de finition au moyen d’outils portatifs non reliés à un réseau d’aspiration, notamment lors du ponçage de parquet,
  •  des opérations de nettoyage au balai ou à la soufflette.

Poussières de bois : de l’allergie au cancer

L’exposition aux poussières de bois peut entraîner :

  • des atteintes cutanées,
  • des affections des voies respiratoires (rhinites allergiques et/ou irritatives, sinusites, asthme, en particulier via les bois tropicaux mais également le thuya),
  • des cancers de l’ethmoïde (os situé sur la partie supérieure des fosses nasales), et des sinus par inhalation. Elles sont classées comme « cancérogène reconnu pour l’homme » (catégorie 1) par la Centre international de recherche contre le cancer (Circ).

Cancers naso-sinusiens : les chiffres

Chaque année, 60 à 70 cancers naso-sinusiens sont reconnus comme maladies professionnelles par le régime général de la sécurité sociale. En 2009 dans le BTP, pour 16 maladies professionnelles reconnues au titre du tableau 47 « poussières de bois », six étaient des cancers naso-sinusiens. L’évolution du cancer naso-sinusien est lente et peut apparaître de longues années après la période d’exposition. En fréquence, il s’agit du deuxième cancer professionnel après les tumeurs liées à l’amiante.

Poussières de bois, cancer et prévention : des partenaires engagés

En 2008, le ministère du Travail (DGT), le ministère de l’Agriculture, la CNAMTS, l’INRS et l’OPPBTP ont organisé une campagne nationale de contrôle et de sensibilisation sur le risque cancérogène lié aux poussières de bois. Résultat : si des dispositifs d’aspiration existent dans la majorité des entreprises, la prise en compte du risque cancérogène est rare (évaluation des risques, contrôle de la valeur limite d’exposition professionnelle, vérification des équipements d’aspiration, etc.). L’enquête montre également que la prise en compte des risques liés aux poussières de bois est moins évidente dans les entreprises de moins de 50 salariés.
En 2012, une convention nationale a été signée entre la DGT et les partenaires impliqués dans la filière bois (organisations professionnelles, OPPBTP, INRS, le ministère de l’Agriculture, la CNAMTS). Objectif : confirmer la volonté de chacun d’améliorer la prévention dans les entreprises exerçant une activité susceptible d’exposer les travailleurs aux poussières de bois.

Empoussièrement sur chantier : les mesures

Sur le terrain, des  mesures indiquent qu’un compagnon travaillant en atelier est soumis à un empoussièrement proche d’1 mg/m3, valeur devenue la norme depuis le 1er juillet 2005. A l’inverse, on a pu vérifier expérimentalement sur chantier que la valeur d’exposition d’un opérateur qui réalisait des travaux de ponçage à l’extérieur était de 2,5 mg/m3.

A retenir : Une ponceuse dotée d’un filtre réservoir n’arrête pas les poussières fines – les plus dangereuses – qui passent au travers.

Attention aux colles et aux nouveaux isolants

Des colles entrent dans la fabrication des panneaux de bois de type aggloméré ou « médium ». Lors de la découpe, les effets nocifs des colles (urée-formol) s’ajoutent à ceux des poussières de bois. Un risque émergent est également lié à l’utilisation de panneaux isolants en laine de bois. Alternative à la laine de verre, ce matériau dégage jusqu’à 10 mg/m3 de poussière lorsqu’on le découpe alors que la norme est à 1 mg/m3. Ces laines ignifugées peuvent également contenir des produits chimiques, notamment du formaldéhyde susceptible de potentialiser l’effet des poussières de bois.

poussières bois

La réglementation

Les obligations de l’employeur

1. Évaluer les risques
Comme pour toute activité exposant les salariés à un agent cancérogène, le travail du bois exige du chef d’entreprise qu’il procède à une évaluation des risques consignée dans le document unique (Décret n° 2001-97 du 1er février 2001 et Décret n° 2003-1254 du 23 décembre 2003 relatif à la prévention du risque chimique et modifiant le Code du travail).

2. Réduire les risques
Substitution dans la mesure du possible, prévention collective, réduction du nombre de salariés exposés, limitation des niveaux d’exposition, mise à disposition d’EPI…

3. Mesurer
L’empoussièrement du local de travail doit être mesuré chaque année par un organisme accrédité. Les résultats sont transmis au médecin du travail, au CHSCT ou aux délégués du personnel. Cette mesure doit être renouvelée à chaque modification des installations.

Valeur limite d’exposition
La valeur limite d’exposition professionnelle (VLEP) aux poussières de bois, pendant une période de 8 heures consécutives, est de 1 mg/m3 d’air. En cas de dépassement de VLEP, il est nécessaire de modifier les installations et de procéder à une nouvelle mesure. Si le dépassement est confirmé, les postes de travail doivent être arrêtés et des mesures de prévention mises en place.

4. Informer et former le personnel

5. S’assurer que les salariés exposés bénéficient d’une surveillance médicale renforcée

  • Visite médicale avant le début de l’exposition, renouvelée tous les ans et à la demande du salarié qui se dit incommodé.
  • Examens complémentaires (entre autres : examen par un ORL et/ou scanner si nécessaire).
  • Information du médecin du travail en cas d’absence supérieure à 10 jours.

Les principaux textes

  • Code du travail

R4313-49 –  Machines neuves ou considérées comme neuves soumises à la procédure d’examen CE.
R4323-18 – Machines à bois.
R4412-149 – Valeur limite d’exposition professionnelle. VLEP pour les poussières de bois : 1 mg/m3.

  • Code de la Sécurité sociale

Article D461-25 – Exposition aux agents cancérogènes durant l’activité salariée.

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Les bonnes pratiques

Protection collective

  • Relier les machines fixes à un système d’aspiration centralisé.
  • Relier les outils électroportatifs à une aspiration haute dépression ou à un aspirateur mobile de classe M
  • Isoler les postes de ponçage des zones de montage.
  • Nettoyer l’atelier par aspiration, proscrire l’utilisation du balai et de la soufflette, qui remettent les poussières en suspension.
  • Entretenir et contrôler les systèmes d’aspiration (débit, filtre…).
  • Mesurer l’empoussièrement de l’atelier chaque année.
  • Lire attentivement la fiche de données de sécurité (FDS) et les étiquettes des panneaux d’isolation.

Protection individuelle

  • En cas d’efficacité insuffisante ou d’absence des protections collectives, porter une protection respiratoire (masque antipoussières de type FFP3).
  • Ne pas boire, manger, fumer sur les lieux de travail.
  • Porter une tenue de travail fermée au cou et aux poignets pour la manipulation des bois exotiques très allergisants.
  • Respecter les règles d’hygiène (lavage des mains, douche en fin de travail, vestiaire séparé pour les tenues de travail et les vêtements de ville, lavage et changement fréquent des tenues de travail).

A retenir
Le nettoyage de l’atelier et l’évacuation des sacs sont les activités qui exposent le plus les opérateurs aux poussières de bois.

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