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Si « aucun lieu n’est poétique ou non poétique par nature », un regard posé sur le Hameau ‘ »Le Clos des Fées » peut le rendre tel

Le Hameau ‘’Le Clos des Fées’’ à Paluel, un écovillage pensé entre habitat et paysage…

Situé dans le pays de Caux en Normandie, Paluel est surtout connue pour les quatre tranches de sa centrale nucléaire située au pied des falaises de craie le long des côtes de la Manche. Aujourd’hui, elle accueille par ailleurs Le Clos des Fées, premier écovillage de la région et surprenant mariage entre une architecture contemporaine vernaculaire et un manifeste de paysage.

Implanté à quelques pas de la mer, le clos a été pensé comme une extension du hameau de Conteville. « Pour lutter contre les mécanismes de repli sur soi des quartiers fermés et l’isolement de la population, le projet offre une programmation mixte et originale, dit Alexandre Jonvel, directeur du projet chez CO-BE.

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Crédits photographiques : ©Luc Boegly

Ainsi, dix-huit chaumières et leur maison commune partagent le site avec un jardin public qui inscrit le quartier et l’ouvre sur le territoire ». L’agence CO-BE a pris le parti de condenser le programme sur la moitié du terrain initialement alloué à l’opération, permettant ainsi de constituer une réserve foncière pour de futurs arrivants. Pour la tranquillité des résidents, la partie habitation qui prolonge le lotissement de l’éperon existant est séparée du jardin public. Un chemin marque la limite entre ces deux univers. « Celui-ci ne constitue pas une barrière infranchissable, juste une ligne garantissant la tranquillité des uns et des autres, gage de coexistence pacifique de tous », explique Johan Dessay, chef de projet chez CO-BE.

La partie habitation compte des chaumières allant du T2 de 92m2 au T4 de 140m2. Elles reprennent l’implantation des maisons traditionnelles, formant des courées protégées des vents dominants d’ouest. Toutes de plain-pied, elles ouvrent largement sur le paysage. Le chaume et le pan de bois des longères normandes habillent ces chaumières réinterprétées. À structure à ossature bois, elles se parent d’un bardage en mélèze.

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En toiture, l’utilisation du chaume, matériau naturel, permet également de soutenir un savoir-faire régional. Il couvre les parties les plus exposées aux intempéries versant nord-ouest. Les autres pans sont en zinc et servent notamment de support aux capteurs solaires thermiques tournés vers le sud qui assurent la production d’eau chaude sanitaire.

Pas de clôture au Clos des Fées : chaque terrain est délimité par des haies arbustives et des noues. Ces dernières maillent l’ensemble. Elles collectent et transfèrent les eaux pluviales à l’extrémité du terrain où elles sont traitées. Une éolienne agricole actionne également un système hydraulique pour alimenter un bassin d’agrément. Enfin, deux zones sont dédiées aux jeux pour les petits et les grands. Les habitants peuvent notamment pratiquer un sport régional : la boule cauchoise.

Les noues prennent place de part et d’autre des parcelles afin de récupérer toutes les eaux de toitures, et participent ainsi au système de gestion alternative des eaux pluviales. Sous les places de parking, les eaux pluviales sont stockées puis rejetées vers les noues latérales. Ces noues sont situées à l’extérieur du parcellaire des maisons et leur entretien (faible) est à la charge de la commune.

Le Clos des Fées

Crédits photographiques : ©Luc Boegly

Autre élément du Clos des Fées, le parc fédère un ensemble d’activités très variées. Conçu par l’agence paysagiste Mutabilis, il doit devenir un centre d’attraction touristique, voguant sur la mode du tourisme de jardin très développé en Normandie. Le public pourra s’initier à la botanique, acheter des plantes et se sensibiliser au développement durable.

Ainsi, trois ateliers d’artiste, des jardins ouvriers, un atelier de rempotage, deux gîtes et une maison commune y sont intégrés. Cette dernière, située au nord-ouest de la parcelle, fait face à la côte d’Albâtre, peu visible des maisons protégées des vents par un talus. Pièce maîtresse des infrastructures du jardin, elle offre une salle polyvalente ainsi qu’un parvis couvert qui accueillera des manifestations extérieures. Séminaires, marché couvert et réceptions pourront s’y dérouler. Le parc comprend également plusieurs jardins thématiques. Élément indissociable des jardins, l’eau est un acteur majeur dans deux d’entre eux. Le troisième illustre le lien entre Paluel et la production d’électricité. En clin d’œil au tableau de Dufy intitulé La Fée électricité, ce jardin donne son nom au programme. Au milieu de créations de la paysagiste Stéphanie Buttier – « Les Nids des fées » –, et de la végétation, l’éclairage joue avec les ombres et les lumières.

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Crédits photographiques : ©Luc Boegly

Le Clos des Fées possède une filiation avec l’architecture régionale. Ainsi, il utilise comme référence la typologie des longères normandes à travers un élément récurrent : la nef à toiture double pente. Véritable leitmotiv du projet, celle-ci est à la base de l’ensemble des constructions. En fonction des besoins de la programmation, les nefs s’assemblent, et leurs structures créent des espaces couverts plus vastes. La largeur de ces nefs varie en fonction de l’usage. De 4,49 m pour les logements, elle passe à 6,64 m pour l’atelier de rempotage, les ateliers d’artiste et la maison commune.

En fonction de la qualité du sol et de la charge utile des bâtiments, les constructions sont fondées sur dallage sur terre-plein (maisons, hébergements et atelier de rempotage) ou sur dalle portée par des longrines préfabriquées (ateliers d’artiste et maison commune). Les dalles sont isolées en sous-face par un PSE de 100 mm.

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Crédits photographiques : ©Luc Boegly

Les nefs sont constituées de panneaux ossature bois classiques comprenant une ossature verticale et des lisses hautes et basses en sapin 45 x 120 mm. Isolées à l’aide de laine de roche, elles sont habillées à l’extérieur d’un OSB 9 mm et d’un pare-pluie.

Le bardage vertical en mélèze est fixé sur un liteaunage discontinu 40 x 30 mm, permettant de ventiler sa sous-face. Les murs supportent un plancher constitué de pannes de rive et de solives en sapin 75 x 225 mm ainsi qu’un CTBH de 25 mm qui contrevente l’ensemble. Celui-ci joue également le rôle d’entrait de charpente. Deux arbalétriers et des pannes 225 x 75 mm forment la toiture à 45°.Le chaume est posé sur un liteaunage et un pare-pluie résistant aux UV, le tout repris par une série de chevrons en sapin 50 x 70 mm de 50 mm d’entraxe. Les chevrons permettent de ventiler la sous-face du chaume. En fonction de leur longueur, les nefs sont régulièrement entrecoupées par des murs de refend constitués d’une ossature bois habillée d’OSB sur ses deux faces.

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Crédits photographiques : ©Luc Boegly

La maison commune est composée de trois nefs à toiture double pente qui s’interconnectent à une extrémité pour former le volume dédié à la salle polyvalente. La présence d’ouvrants de grandes dimensions nécessite l’utilisation de pannes de rive de 540 x 160mm.
Le projet ne fige pas les constructions dans le temps, mais utilise des matériaux qui témoignent du temps qui passe : le bois se patine, le zinc varie du mat au brillant en fonction de l’humidité, le chaume accroche la lumière et sa teinte évolue en fonction de l’intensité lumineuse et de son âge, le vitrage apporte des reflets.

Aucune surface extérieure ne demande un entretien particulier (ni peinture, ni lasure, ni vernis), les menuiseries des fenêtres sont mixtes bois/aluminium. Le bardage bois utilise comme essence le Mélèze (finition brut de sciage), sans entretien, et qui devient gris argenté.

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Crédits photographiques : ©Luc Boegly

Le projet s’inscrit dans une démarche visant à minimiser ses impacts négatifs sur l’environnement, en privilégiant l’usage des matériaux naturels, locaux et recyclables.

Les choix techniques qui ont présidé à la conception répondent à un double enjeux, à la fois une approche tradi-tech et aux enjeux de la haute qualité environnementale, sans en réclamer la certification.

L’implantation des maisons dépend avant tout de l’orientation : inscrites comme des longères selon un axe est-ouest, les façades sud sont ouvertes à 60% sur les terrasses et les jardins. Elles offrent ainsi un maximum d’ensoleillement et protègent des vents dominants. Cette protection est renforcée par les murs Nord conçus sans aucune ouverture. Les toitures orientées au sud comprennent 3m² de panneaux solaires pour le préchauffage de l’eau chaude sanitaire. Notons cependant que l’orientation optimale de ces toitures en zinc nous permet d’envisager l’intégration, à long terme, de panneaux photovoltaïques.

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Crédits photographiques : ©Luc Boegly

Intervenants :

Architectes mandataire : CO-BE Architecture

Directeur du projet : Alexandre Jonvel

Chef de projet : Johan Dessay

Paysagiste : Mutabilis

BET structure : BERIM

Programme :

Maîtrise d’ouvrage : Ville de Paluel (76)

Parc paysager de 2ha

Maison commune : 840m2

Trois ateliers d’artiste : 330m2

Deux gîtes : 115m2

18 chaumières : 1976m2

Coût construction : 8,6 M€ TTC

Planning :

Durée du chantier : 24 mois

Livraison : fin 2012

Structure

Structure horizontale : Solivage traditionnel

Charpente : Charpente industrielle

Revêtement extérieur

Revêtement bois ou dérivé : Bardeau bois, Claire-voie

Autres revêtemet métalique : Zinc

Finition / traitement : Sans finition

Essence : MELEZE

Menuiserie

Menuiserie extérieure : Menuiserie mixte

Essence : CHENE

Menuiserie intérieure : Porte bois

Isolation

Isolation intérieure (entre montants) : Laine de roche

Epaisseur dans le mur (en mm) : 140

Consommation énergétique (en kWh/m².an – énergie primaire) : 203

Certification bois : PEFC

Ce texte comprend des extraits de l’article écrit par Bastien Lechevalier pour le Magazine Wood Surfer de Fév.- Mars 2013)

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